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Avec sa Tech School, emlyon change d’échelle et devient une « Global Management & Tech University »

Plus de cent cinquante ans après sa fondation par la chambre de commerce de Lyon, emlyon business school ne veut plus être seulement une école de management. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le 13 octobre, sa directrice générale, Isabelle Huault, a présenté la transformation de l’établissement en « Global Management & Tech University », qui réunira trois écoles : la business school historique, une nouvelle emlyon tech school, dont les premiers programmes ouvriront à Paris en septembre 2027, et la London Interdisciplinary School, désormais contrôlée par emlyon. Une nouvelle implantation à Delhi, aux côtés de MDI Gurgaon, complète ce changement d’échelle.

Par Thibaud Arnoult

 

 

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Ouverture sociale, partenariats et exigence : l'empreinte d'un premier mandat

Reconduite en 2025 pour un deuxième mandat, Isabelle Huault, elle-même diplômée de l’école, qu’elle dirige depuis 2020 après avoir présidé l’université Paris Dauphine-PSL, a ouvert la conférence par une mise en perspective personnelle : « Durant cinq ans, nous avons reposé les fondations d’emlyon et réaffirmé ses atouts. Une fois ces progrès réalisés, nous entrons dans une autre phase de développement, avec la volonté d’ouvrir un nouveau chapitre au cours de ce deuxième mandat. »

Le premier marqueur de ces cinq années tient à l’ouverture sociale, engagée dès 2021 avec le passage au statut de société à mission et prolongée cette année par une décision structurante, la gratuité du programme Grande École pour les étudiants boursiers les plus modestes. « Cet engagement nous a obligés à arbitrer et à renoncer à certaines choses, mais il est essentiel pour promouvoir la diversité sociale », souligne-t-elle, en précisant que l’école ne prétend pas résoudre seule les inégalités. Un restaurant du Crous à tarif social ouvrira sur le campus lyonnais au début de l’année 2027, et un conseil consultatif étudiant associe désormais les élèves au suivi de la feuille de route stratégique.

Le renforcement des partenariats stratégiques constitue le deuxième levier du mandat, en direction des institutions académiques de premier plan comme des entreprises. Les doubles diplômes se sont multipliés, avec des écoles d’ingénieurs comme l’INSA de Lyon et avec de grandes universités internationales, tandis que de nouveaux accords ont été conclus en Chine et aux États-Unis. L’école est par ailleurs entrée dès 2023 comme actionnaire minoritaire au capital de la London Interdisciplinary School et a créé de nouvelles chaires de recherche avec des partenaires du monde socio-économique.

Troisième marqueur du mandat, l’exigence académique s’est d’abord traduite par un net resserrement des admissions parallèles au programme Grande École : dès le concours 2021, l’école a supprimé cent places en admission sur titres (AST), avec l’objectif de recruter des profils plus divers, au-delà des seules filières d’économie et de gestion. Cette exigence passe aussi par le recrutement d’une quarantaine de professeurs depuis 2024 et par un ancrage renforcé dans la recherche.

Remettre le management au carrefour des disciplines

Le projet de « Global Management & Tech University » prolonge l’un des piliers du plan stratégique, l’hybridation des savoirs. « Face aux grandes mutations technologiques, environnementales et géopolitiques, il nous a paru important de décloisonner les savoirs et de relier les connaissances et les compétences. La démarche interdisciplinaire est devenue une nécessité stratégique », résume Isabelle Huault.

La directrice y voit aussi un enjeu de citoyenneté, l’interdisciplinarité nourrissant, selon elle, la pensée critique et la pensée créative à un moment où les sociétés traversent une crise démocratique. Le nom retenu traduit cette ambition : « Il s’agit de resituer le management au carrefour d’autres disciplines, l’intelligence artificielle, la technologie, les sciences sociales et les humanités. »

Concrètement, emlyon se structure désormais autour de trois écoles et de cinq campus, à Lyon, Paris, Shanghai, Londres et Delhi. L’identité historique de l’établissement n’est pas remise en cause pour autant : « emlyon n’est plus seulement une business school, mais la business school reste la business school », précise-t-elle.

emlyon, Global Management & Tech University
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3 écoles, 5 campus à Lyon, Paris, Shanghai, Londres et Delhi, et un réseau de plus de 275 partenaires académiques dans le monde.

emlyon tech school, une école et non un programme

Premier axe de cette transformation, emlyon tech school, annoncée il y a un an, prend désormais forme, et Isabelle Huault insiste sur sa nature : « Ce ne sont pas de nouveaux programmes, c’est une nouvelle école au sein d’emlyon. » Une marque à part entière, avec sa signature, « Tech it. Make it. », et son propre corps professoral.

Le projet part du constat, partagé par les entreprises consultées par l’école, d’une pénurie de profils tech, et plus encore de profils tech capables de comprendre le monde de l’entreprise, du management et du business. Dans le communiqué diffusé le jour même, Isabelle Huault précise l’objectif : « La technologie transforme aujourd’hui l’ensemble des organisations et des métiers. Pour répondre à cette mutation, emlyon lance emlyon tech school avec l’ambition de former une nouvelle génération de décideurs capables de comprendre la technologie, de la piloter, de l’orienter et de l’intégrer dans la prise de décision, en tenant compte des enjeux économiques, organisationnels, sociaux et éthiques. »

Le profil visé n’est ni celui d’un pur expert technique ni celui d’un manager simplement initié à la technologie, comme l’explique Isabelle Huault : « Nous voulons former des leaders immergés dans le monde du business et capables de piloter, d’orienter et de décider autour de la technologie, en comprenant les deux mondes simultanément, et non parallèlement. » La pédagogie associe un solide socle scientifique, en mathématiques, en physique et en informatique, à des projets concrets menés avec des entreprises, dans l’esprit de la pédagogie « maker » qui fait la marque de l’école.

À ces deux piliers s’ajoute une troisième dimension, la « tech for good », revendiquée comme un marqueur fort de l’école : il ne s’agit pas de former des profils fascinés par la technologie, mais des esprits capables de réflexivité, dotés d’un regard éthique et critique sur leur pratique. Les sciences sociales et les humanités occupent ainsi une place importante dans les maquettes, et une anthropologue de la technologie interviendra dans les cours.

Plusieurs cours signatures illustrent cette approche, de la veille technologique au prototypage sous forte contrainte, en passant par l’évaluation du potentiel commercial d’une innovation ou l’arbitrage stratégique entre développer, acquérir ou abandonner une technologie. Les cursus se concluront par un rapport réflexif sur les effets sociaux, environnementaux et éthiques des technologies étudiées.

Une légitimité construite depuis une décennie

Sur la question de la légitimité d’une école de management dans ce domaine, la direction de l’école met en avant le chemin parcouru : « Nous avons déjà posé les fondations de la tech school à travers nos programmes hybrides. » L’école forme déjà plus de 1 000 étudiants aux enjeux technologiques, à travers des formations en science des données et en intelligence artificielle et des doubles diplômes avec plusieurs grandes écoles d’ingénieurs.

Le pilotage scientifique de la nouvelle école a été confié à Yacine Rekik, nommé doyen académique d’emlyon tech school. Professeur à emlyon et docteur en génie industriel, il a notamment été chercheur associé à l’université de Cambridge. Un directeur exécutif est en cours de recrutement.

Pour constituer sa faculté, la tech school s’appuie sur des ressources existantes : un département consacré aux opérations, aux données et à l’intelligence artificielle réunit déjà une vingtaine de professeurs, et deux recrutements de profil scientifique sont prévus chaque année. Elle s’adosse par ailleurs à deux laboratoires de recherche lyonnais spécialisés dans l’aide à la décision et l’informatique, tandis que les fonctions support resteront mutualisées avec emlyon.

Soucieux d’élargir la définition de la tech au-delà du seul engouement pour l’IA générative, Yacine Rekik précise : « Elle ne se résume pas à l’intelligence artificielle. Elle recouvre aussi la traçabilité, la blockchain, l’internet des objets, comme les puces RFID qui permettent de sortir d’un magasin sans passer en caisse, ou encore la cybersécurité. Ces technologies ne relèvent pas seulement de l’informatique : elles touchent l’organisation, la supply chain, le marketing. »

Lui-même issu d’une école d’ingénieurs, le doyen distingue clairement les deux modèles : « Ce n’est pas une école d’ingénieurs. Celle dont je suis issu était entièrement tournée vers les STEM ; ici s’ajoutent une couche de management, représentant au moins 30 % du cursus, et des projets appliqués », précise-t-il. Ces projets, mandatés chaque semestre par une entreprise, servent de fil rouge : « La pilule technique, celle de l’algèbre, de l’analyse ou de l’optimisation, passe beaucoup mieux lorsque les étudiants savent d’emblée qu’ils travailleront sur la problématique d’une entreprise, avec des données réelles. »

La frontière avec la business school relève, pour la directrice, d’une question d’intensité dans l’apprentissage de la technologie : « La tech school a vocation à former des data scientists, des chefs de projets informatiques ou des responsables de l’IA en entreprise. emlyon business school formera plutôt des diplômés qui feront un usage raisonné de l’IA, tout en devant la connaître. » Des passerelles sont prévues entre les écoles, afin qu’un étudiant de la business school puisse suivre certains enseignements de la tech school.

Deux premiers programmes à Paris en septembre 2027

Des deux formations que la tech school ouvrira en septembre 2027 sur le campus parisien, la première, le BSc in Tech & AI for Decision, accessible après le bac, se déroulera en trois ans et entièrement en anglais, pour 45 places et des frais de scolarité de 14 500 euros par an. Les deux tiers des enseignements porteront sur la technologie et les projets, des mathématiques à l’intelligence artificielle, le dernier tiers sur le business et les humanités, de la stratégie à l’éthique. Le cursus se conclut par un stage de quatre à six mois à l’étranger.

Le recrutement visera des bacheliers dotés d’un solide bagage scientifique en mathématiques et en physique. Pour parrainer ce bachelor, l’école a fait appel à l’un de ses diplômés, Emmanuel Marill, directeur général Europe, Moyen-Orient et Afrique d’OpenAI : « À mesure que l’intelligence artificielle élargit le champ des possibles, notre capacité à la comprendre et à l’utiliser avec discernement devient essentielle. L’enjeu est de donner à chaque étudiant les moyens de s’appuyer sur l’IA pour approfondir ses connaissances, développer ses idées et prendre des décisions éclairées. »

Le second programme, un master en intelligence artificielle et management stratégique, est une formation d’un an, en alternance et en français, qui confère le grade de master. Il doit former des « pilotes » de la transformation des entreprises par l’IA, capables de choisir les technologies adaptées, de conduire des projets complexes et d’en maîtriser les enjeux d’éthique, de cybersécurité et de durabilité. Ces deux formations complètent les programmes courts (Extension programmes) lancés au printemps 2026, et d’autres suivront à partir de 2028.

Les effectifs resteront modestes au démarrage, autour d’une cinquantaine d’étudiants, avant une montée en puissance progressive vers 1 000 à 1 500 étudiants d’ici une dizaine d’années. Le choix de Paris répond quant à lui à une logique d’écosystème : « Avec la tech school, nous voulons être au plus près d’un écosystème tech très dynamique et très concentré, ce qui ne nous interdira pas, dans les années à venir, de déployer certaines formations à Lyon », précise la direction de l’école. Le campus parisien voit d’ailleurs sa surface doubler.

Une douzaine d’entreprises soutiennent déjà le projet, parmi lesquelles L’Oréal, Schneider Electric, Thales, Engie, Capgemini ou OpenAI, et fourniront projets, stages et contrats d’apprentissage. Le parrain fondateur de l’école, Jean-Pascal Tricoire, diplômé du MBA d’emlyon et président de Schneider Electric, en résume l’esprit : « Les leaders dont nous avons besoin déjà aujourd’hui et encore plus demain seront ceux qui sauront faire dialoguer la technologie avec les réalités du terrain, la performance avec l’impact, l’innovation avec la durabilité. »

« Les leaders dont nous avons besoin déjà aujourd’hui et encore plus demain seront ceux qui sauront faire dialoguer la technologie avec les réalités du terrain, la performance avec l’impact, l’innovation avec la durabilité.« 

Jean-Pascal Tricoire – Président de Schneider Electric, parrain fondateur – emlyon tech school

Attirer davantage de femmes dans la tech

Sur la mixité, l’école reconnaît la difficulté de l’exercice dans un secteur où moins de 20 % des spécialistes du numérique sont des femmes. « La parité est rarement atteinte dans ces filières, parce que le vivier, dans les options scientifiques au lycée comme dans les classes préparatoires aux écoles d’ingénieurs, reste majoritairement masculin. Il nous faut être très proactifs », reconnaît Isabelle Huault.

Pour y remédier, des bourses complémentaires seront réservées aux candidates de la tech school, dont la politique sociale sera alignée sur celle de la business school. L’école s’appuie sur l’expérience de ses masters en science des données, où les femmes sont désormais majoritaires, et accueille l’édition française de Women in Data Science, un événement piloté par l’université Stanford.

Face à l’ESCP, deux lectures de la tech school

La grande école n’est pas la seule à investir ce champ, puisque l’ESCP a dévoilé le 10 juin 2026 sa propre School of Technology, dans le cadre d’un plan stratégique qui vise à faire de l’établissement la « première université européenne de management ». Son premier programme, un bachelor associant management, sciences et technologie, accueillera lui aussi sa première promotion en septembre 2027, avec une quarantaine d’étudiants.

Les deux projets partagent un même diagnostic, celui d’un manque de décideurs capables de comprendre la technologie sans être ingénieurs, et une même temporalité, mais leurs partis pris divergent. L’ESCP mise sur une culture scientifique large, qui englobe la physique, la chimie et les sciences de la vie, avec des immersions dans des laboratoires de recherche et des spécialisations allant de l’intelligence artificielle à l’énergie, aux biotechnologies ou à la défense. Le cursus se déroule sur trois campus européens, à Paris, Turin puis Londres, sous le parrainage du chercheur Yann Le Cun, avec l’ambition affichée de créer un MIT européen.

De son côté, emlyon fait le choix d’un fort adossement à la recherche mais aussi d’un ancrage plus resserré sur les données, l’intelligence artificielle et la décision, avec une pondération des deux tiers en faveur de la tech, des projets d’entreprises à chaque semestre et, dès la première rentrée, un master en alternance consacré au pilotage de l’IA. L’écart porte aussi sur le coût, de 14 500 euros par an pour le bachelor d’emlyon contre 21 800 euros pour les étudiants européens à l’ESCP, qui offre toutefois la gratuité à la plupart des boursiers.

Signe que le mouvement dépasse les frontières, le partenaire indien d’emlyon, MDI Gurgaon, lance lui aussi sa propre tech school, une coïncidence que la grande école entend transformer en coopération.

Deux bachelors tech comparés (rentrée 2027)

Rentrée 2027 emlyon BSc in Tech & AI for Decision ESCP Bachelor in Management, Science & Technology
Première promotion
45 places
Une quarantaine d'étudiants
Campus
Paris
Paris, Turin puis Londres
Frais annuels
14 500 €
21 800 €Étudiants européens
Équilibre du cursus
Deux tiers tech et projets (maths, physique, informatique…), un tiers business et humanités (stratégie, management, sociologie…)
Management, maths-informatique, sciences, humanités et design, immersions scientifiques
Orientations
IA, data science, cloud, décision, cybersécurité, IoT, blockchain…
IA et deeptech, énergie et climat, biotech, défense et cybersécurité
Stage de 3e année
4 à 6 moisÀ l'étranger
3 moisAvec mémoire
Parrainage
Jean-Pascal Tricoire, Emmanuel Marill
Yann Le Cun
Rentrée 2027 emlyon BSc in Tech & AI for Decision
Première promotion
45 places
Campus
Paris
Frais annuels
14 500 €
Équilibre du cursus
Deux tiers tech et projets, un tiers business et humanités
Orientations
IA, data science, cloud, décision, cybersécurité, IoT, blockchain…
Stage de 3e année
4 à 6 moisÀ l'étranger
Parrainage
Jean-Pascal Tricoire, Emmanuel Marill
ESCP Bachelor in Management, Science & Technology
Première promotion
Une quarantaine d'étudiants
Campus
Paris, Turin puis Londres
Frais annuels
21 800 €Étudiants européens
Équilibre du cursus
Management, maths-informatique, sciences, humanités et design, immersions scientifiques
Orientations
IA et deeptech, énergie et climat, biotech, défense et cybersécurité
Stage de 3e année
3 moisAvec mémoire
Parrainage
Yann Le Cun
À Londres, emlyon prend le contrôle de la London Interdisciplinary School

Deuxième axe du projet, la London Interdisciplinary School (LIS) devient la troisième école du groupe sous le nom d’emlyon london interdisciplinary school. Déjà présente à son capital, la grande école en est devenue l’actionnaire majoritaire cet été. « Être majoritaire change la donne : nous pouvons désormais déployer pleinement ce que nous souhaitons faire avec LIS », se félicite Isabelle Huault.

L’institution britannique, qui compte environ 200 étudiants, présente un profil singulier que la directrice décrit en ces termes : « Elle est interdisciplinaire de bout en bout : elle croise les arts, les sciences et les humanités, avec des professeurs d’IA comme de philosophie, pour travailler sur de grands enjeux de société. » Fait rare au Royaume-Uni, LIS a obtenu dès sa création le droit de délivrer ses propres diplômes, un statut qui exige ordinairement une vingtaine d’années. Elle propose un bachelor, des masters et un MBA, et près de 90 % de ses diplômés sont en emploi ou en poursuite d’études dans les quinze mois suivant leur diplôme.

Le choix de Londres répond à plusieurs logiques, à commencer par la volonté de doter emlyon d’une implantation européenne complémentaire de ses campus asiatiques, dans un pays qui figure parmi les premières destinations étudiantes mondiales et qui constitue le deuxième pays d’insertion professionnelle de ses diplômés à l’international. LIS dispose en outre de l’agrément nécessaire pour recruter des étudiants internationaux, et l’implantation complète les partenariats existants avec plusieurs grandes universités britanniques.

Appelée à s’enrichir progressivement, l’offre londonienne associera aux programmes de LIS des échanges et des doubles diplômes avec la business school, dont un avec le programme Grande École dès 2027, des programmes d’emlyon délocalisés à Londres et, à terme, des formations de la tech school. « Ce n’est pas la business school qui s’expatrie à Londres, c’est emlyon qui devient interdisciplinaire », résume la directrice.

« Ce n’est pas la business school qui s’expatrie à Londres, c’est emlyon qui devient interdisciplinaire.« 

Isabelle Huault – Directrice générale – emlyon business school

L’Inde, priorité du développement international

Troisième axe du projet, l’Inde fait l’objet d’un redéploiement dont la directrice justifie l’ambition par le poids du pays, avec 1,4 milliard d’habitants, un nombre d’étudiants appelé à doubler d’ici à 2035 et l’objectif, fixé par le président de la République, d’accueillir 30 000 étudiants indiens en France d’ici à 2030, mais aussi par un potentiel scientifique qu’elle juge considérable dans la tech et l’intelligence artificielle.

L’école y est présente depuis 2012, compte une quinzaine de partenaires académiques dans le pays et a ouvert un bureau de recrutement à Delhi en 2023. Les Indiens forment aujourd’hui la deuxième nationalité parmi ses étudiants internationaux, derrière les Chinois.

L’école se repositionne désormais à Delhi aux côtés de MDI Gurgaon, classée parmi les dix meilleures business schools du pays, avec laquelle elle a déjà créé un double diplôme pour les étudiants du programme Grande École. Le partenariat prévoit dès 2027 de nouveaux doubles diplômes, puis la délocalisation progressive de programmes de la tech school sur le campus de MDI, avec une première cohorte attendue dès la rentrée 2027.

La directrice y voit aussi un enjeu d’accessibilité pour des candidats que la mobilité vers la France ne peut pas toujours atteindre : « Certains étudiants indiens n’ont pas les moyens de financer des études en France, d’autres ne trouvent pas à s’y loger ou ne souhaitent pas s’éloigner de leur famille. Les programmes d’emlyon iront au plus près d’eux. »

Une ambition internationale réaffirmée

Ces implantations s’inscrivent dans une stratégie plus large pour une école qui compte aujourd’hui près de 40 % d’étudiants internationaux et vise 50 % d’ici à 2030. Elle s’appuie sur un réseau de plus de 275 partenaires académiques dans le monde, a renforcé sa présence en Chine, où elle dispose d’un campus à Shanghai depuis 2012, et a ouvert des bureaux à Abidjan et à Hô Chi Minh-Ville.

Isabelle Huault défend une conception de l’international qui dépasse la seule réponse au déclin démographique, qu’elle ne nie pas. « L’ouverture sur le monde est sans doute plus importante que jamais face aux replis identitaires, alors que certains pays rendent les visas plus difficiles à obtenir. Les étudiants internationaux renforcent la créativité et l’innovation sur nos campus et évitent le conformisme », plaide-t-elle, en rappelant leur rôle de relais d’influence pour la France une fois revenus dans leur pays.

IA, engagement et sport : consolider le socle

Le quatrième axe concerne le socle académique de l’école, à commencer par ses engagements sociaux et environnementaux. « Le sujet paraît moins à la mode dans l’enseignement supérieur qu’il y a trois ou quatre ans. Pour nous, il reste la colonne vertébrale de l’école, et notre statut de société à mission nous y engage », affirme Isabelle Huault. Ces enjeux sont progressivement intégrés à l’ensemble des formations, un nouveau cours obligatoire sur les enjeux contemporains est proposé dès cette rentrée aux étudiants de première année du bachelor, et un partenariat avec Ashoka fera intervenir des entrepreneurs sociaux dans les cursus. En formation continue, un programme consacré au leadership humanitaire est lancé avec Bioforce.

L’intelligence artificielle fait l’objet d’une approche que la directrice veut raisonnée, loin de tout enthousiasme technophile : « Je n’aime pas parler d’étudiant augmenté. L’IA nous assiste, souvent positivement : elle aide à structurer, à aller plus vite, à accélérer la recherche », nuance-t-elle, en insistant sur les risques de dépendance cognitive, l’impact environnemental et les biais de ces outils. L’école vient de nommer un doyen associé à l’innovation pédagogique et à l’IA, fait signer une charte à tous ses étudiants et recourt à des assistants personnalisés pour une partie des enseignements. D’après les premiers retours, ces agents améliorent plutôt les performances des étudiants, sans jamais remplacer le professeur ni le dialogue.

En cours de refonte, la maquette du programme Grande École, qui sera dévoilée d’ici à la fin de l’année, accordera une place nettement plus importante à la géopolitique, avec un partenariat avec l’Académie diplomatique et consulaire, aux sciences sociales et au management en contexte d’incertitude.

À l’approche des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes, emlyon entend enfin s’impliquer comme partenaire académique, avec la création d’un Observatoire Alpes 2030, une chaire consacrée aux « Jeux du futur » et des projets étudiants dédiés. Pour l’école, qui accompagne aujourd’hui plus de 500 sportifs de haut niveau, ces Jeux constituent un terrain d’observation, d’apprentissage et de recherche pour ses étudiants et ses professeurs-chercheurs.

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