Apprentissage dans le supérieur : après cinq années de forte croissance, un premier recul
Pour la première fois depuis son ouverture à l’enseignement supérieur, l’apprentissage perd des effectifs. Au 31 décembre 2025, les centres de formation d’apprentis accueillaient 628 500 étudiants préparant un diplôme du supérieur, soit 4 % de moins qu’un an plus tôt. Les BTS et les licences professionnelles concentrent l’essentiel de la baisse, tandis que les masters et les écoles d’ingénieurs continuent de progresser. En toile de fond, la réduction des aides à l’embauche, une « coupe » que le Premier ministre a reconnue devant Thotis comme « un peu dure ».
Par Thibaud Arnoult
Combien d'apprentis compte l'enseignement supérieur en 2025 ?
Au 31 décembre 2025, les centres de formation d’apprentis accueillaient 628 500 étudiants préparant un diplôme du supérieur, contre 657 900 un an plus tôt. Cela représente une baisse de 4 %, soit 29 400 apprentis de moins en un an. C’est la première fois que l’apprentissage perd des effectifs depuis son ouverture à l’enseignement supérieur.
Pourquoi le nombre d'apprentis baisse-t-il dans le supérieur ?
Le repli coïncide avec la réduction des montants des aides à l’embauche à partir de 2025 et leur recentrage sur certaines catégories d’entreprises et certains niveaux de formation. Ces aides exceptionnelles avaient été instaurées en juillet 2020, dans le contexte de la crise sanitaire, puis prolongées à plusieurs reprises. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu devant Thotis que « la coupe a finalement été un peu dure ».
Quelles formations en alternance sont les plus touchées par la baisse ?
Les licences professionnelles (-10 %) et les BTS (-8 %) sont les plus touchées. Le BTS perd à lui seul 15 400 apprentis, soit plus de la moitié du recul total. Les formations en IUT (-5 %), les titres certifiés au RNCP (-4 %) et les écoles de commerce (-4 %) reculent plus modérément.
L'apprentissage progresse-t-il encore dans certaines formations ?
Oui. Les apprentis progressent encore en master (+2 %), en école d’ingénieurs (+2 %) et dans les autres formations (+1 %). La baisse se concentre sur les formations courtes, tandis que les cursus longs résistent. En 2025, 50 800 apprentis préparent un master et 36 700 un diplôme d’ingénieur.
Quelle part des étudiants de BTS est en apprentissage ?
En 2025, 44 % des étudiants de BTS sont apprentis, une part en recul de deux points sur un an. Le BTS reste le premier diplôme préparé par les apprentis du supérieur : 172 100 apprentis, soit 27 % du total. Les projections laissent attendre une nouvelle baisse des apprentis en BTS de 5,8 % à la rentrée 2026, puis de 1,2 % en 2027.
Le gouvernement prévoit-il de nouvelles places en BTS ?
Oui, mais sous statut scolaire. Le Premier ministre a annoncé le 26 octobre 10 000 places de BTS, portées par l’Éducation nationale, qui doivent ouvrir progressivement aux rentrées 2027 et 2028, en priorité en Île-de-France. Ces annonces ne comportent pas de volet spécifique sur l’apprentissage.
Quelle part des étudiants d'école de commerce est en apprentissage ?
En 2025, 34 % des étudiants d’école de commerce sont apprentis, contre 5 % en 2016. Cette part est stable sur un an. Le nombre d’apprentis en école de commerce a été multiplié par plus de six depuis 2019, pour atteindre 104 400 en 2025, malgré un recul de 4 % sur la dernière année.
L'apprentissage favorise-t-il l'ouverture sociale dans les grandes écoles ?
Dans les écoles d’ingénieurs et de commerce, l’écart est net. 43 % des apprentis ingénieurs ont un parent cadre, contre 57 % des élèves sous statut scolaire. En école de commerce, la part d’enfants de cadres tombe à 38 % chez les apprentis, contre 58 % chez les scolaires. Ces comparaisons sont à lire avec prudence, l’origine sociale n’étant pas renseignée pour 38 % des apprentis et 29 % des scolaires en école de commerce.
Dans quelles régions trouve-t-on le plus d'apprentis du supérieur ?
L’Île-de-France concentre 31 % des apprentis du supérieur. Paris est la première académie (97 000 apprentis), devant Versailles (62 400) et Lyon (45 000). Quelques académies voient leurs effectifs progresser, comme Créteil (+4 %), Dijon (+3 %) ou Limoges (+1 %).
Combien de candidats ont reçu une proposition en apprentissage sur Parcoursup en 2026 ?
36 000 candidats ont reçu une proposition en apprentissage sur Parcoursup en 2026, contre 39 600 en 2025, les bacheliers professionnels étant les premiers concernés. 22 % des néo-bacheliers ayant formulé au moins un vœu hors apprentissage ont aussi validé un vœu en apprentissage, soit près de deux points de moins qu’en 2025.
L'apprentissage facilite-t-il l'insertion professionnelle ?
Dix-huit mois après leur diplôme, 76 % des diplômés de master formés en apprentissage occupent un emploi salarié, contre 69 % pour l’ensemble des diplômés de master. Pour trouver la formation qui te correspond, en apprentissage ou non, fais notre Test d’Orientation Parcoursup !
Le retournement intervient après une progression sans précédent : entre 2019 et 2024, le nombre d’apprentis du supérieur a plus que triplé, passant de 203 800 à 657 900, porté par les aides exceptionnelles à l’embauche instaurées en juillet 2020, dans le contexte de la crise sanitaire, puis prolongées à plusieurs reprises. Le rythme s’était déjà nettement ralenti entre 2023 et 2024 (+3 %), avant la bascule de 2025 et ses 29 400 apprentis de moins en un an.
Ce repli coïncide avec la réduction des montants des aides à partir de 2025 et leur recentrage sur certaines catégories d’entreprises et certains niveaux de formation. Lors de l’entretien accordé à Thotis à Matignon le 26 octobre, Sébastien Lecornu a reconnu que l’ajustement avait été rude : « L’an dernier, la coupe a finalement été un peu dure », a admis le Premier ministre, en assurant que le budget de l’apprentissage avait été « complètement structuré » pour l’année prochaine, tout en évoquant des effets d’aubaine que l’État a voulu corriger.
La baisse touche la majorité des formations, mais son intensité varie fortement selon les diplômes. Les licences professionnelles (-10 %) et les BTS (-8 %) sont les plus touchés, et le BTS perd à lui seul 15 400 apprentis, soit plus de la moitié du recul total. Les formations en IUT (-5 %), celles qui délivrent des titres certifiés au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP, -4 %) et les écoles de commerce (-4 %) reculent plus modérément. À l’inverse, les apprentis progressent encore en master (+2 %), en école d’ingénieurs (+2 %) et dans les autres formations (+1 %).
Ce partage dessine une ligne de fracture entre les formations courtes, où se concentre la baisse, et les cursus longs, qui résistent, une configuration cohérente avec le recentrage des aides sur certains niveaux de formation. En 2025, un quart des apprentis du supérieur préparent un BTS (27 %), un autre quart un titre certifié (26 %), 17 % suivent une école de commerce, 8 % un master, 6 % un cursus en IUT, 5 % une formation d’ingénieur, 3 % une licence professionnelle et 1 % une licence générale.
Les apprentis du supérieur selon le diplôme préparé
| Diplôme préparé | 2019 | 2024 | 2025 | Évolution 2024-2025 |
|---|---|---|---|---|
|
BTS
|
79 200 | 187 500 | 172 100 | -8 % |
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Titres certifiés RNCP
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18 200 | 170 400 | 162 900 | -4 % |
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Écoles de commerce
|
15 900 | 109 000 | 104 400 | -4 % |
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Master
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21 500 | 49 900 | 50 800 | +2 % |
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BUT
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8 100 | 37 900 | 35 900 | -5 % |
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Diplôme d'ingénieur
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25 600 | 35 900 | 36 700 | +2 % |
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Licence professionnelle
|
20 400 | 20 000 | 18 100 | -10 % |
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Autres formations
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14 900 | 47 300 | 47 600 | +1 % |
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Total
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203 800 | 657 900 | 628 500 | -4 % |
Effectifs au 31 décembre de chaque année. Source : MEN-DEPP, enquête SIFA, traitement MESRE-SIES, note flash n° 24, octobre 2026.
Sur le temps long, deux segments ont profité plus que tous les autres de l’essor de l’alternance : les formations délivrant des titres certifiés au RNCP, dont le nombre d’apprentis a été multiplié par neuf depuis 2019, et les écoles de commerce, où il a été multiplié par plus de six. Ces formations, qui ont fait de l’alternance un axe central de leur développement, sont aussi celles pour lesquelles l’évolution des aides compte le plus.
Les chiffres portent aussi la trace de la réforme du BUT : en 2023, le nombre d’apprentis en BUT a presque triplé, de 12 900 à 36 800, tandis que celui des licences professionnelles chutait de 35 400 à 20 300, une bascule liée au passage de l’ancien diplôme universitaire de technologie à un cursus en trois ans.
Malgré le recul, l’apprentissage reste un pilier de plusieurs filières. En 2025, 59 % des étudiants de licence professionnelle sont apprentis, 44 % en BTS, 34 % en école de commerce, 24 % en IUT, 20 % en formation d’ingénieurs et 8 % en master, soit un quart des effectifs sur l’ensemble de ces six filières. La part des apprentis recule de deux points en licence professionnelle, en BTS et en IUT, reste stable en master et en école de commerce, et progresse encore d’un point chez les ingénieurs.
La transformation est la plus marquée dans les écoles de commerce, où la part des apprentis est passée de 5 % en 2016 à 34 % aujourd’hui, et dans les écoles d’ingénieurs, où elle a progressé de 13 % à 20 % sur la même période.
L’enjeu dépasse la seule question budgétaire, car l’apprentissage joue un rôle singulier dans la composition sociale de certaines filières. En IUT, en licence professionnelle ou en master, apprentis et étudiants sous statut scolaire présentent des origines sociales proches. Dans les écoles d’ingénieurs et de commerce, en revanche, l’écart est net : 43 % des apprentis ingénieurs ont un parent cadre, contre 57 % des élèves ingénieurs sous statut scolaire, et 21 % ont un parent employé ou ouvrier, contre 14 %. En école de commerce, la part d’enfants de cadres tombe à 38 % chez les apprentis, contre 58 % chez les scolaires, et celle des enfants d’employés ou d’ouvriers dépasse 24 %, plus du double de celle observée chez les scolaires (10 %).
L’alternance, qui dispense l’étudiant des frais de scolarité et lui assure un salaire, apparaît ainsi comme un levier important de diversification sociale dans ces établissements. Ces comparaisons doivent toutefois être lues avec prudence, l’origine sociale n’étant pas renseignée pour 38 % des apprentis et 29 % des scolaires en école de commerce.
Avec 31 % des apprentis du supérieur, l’Île-de-France reste de loin la première région de l’alternance. Paris demeure la première académie (97 000 apprentis), devant Versailles (62 400) et Lyon (45 000). La baisse touche la majorité des territoires, avec des reculs marqués en Guadeloupe (-15 %), à Bordeaux (-11 %), à Paris et à Rennes (-8 % chacune), alors qu’elle reste contenue à Nice (-3 %), à Versailles (-2 %) et à Lyon (-1 %). Quelques académies font exception, comme Créteil (+4 %), Dijon (+3 %) ou Limoges (+1 %).
La féminisation de l’apprentissage se poursuit : les femmes représentent 48 % des apprentis du supérieur en 2025, contre 38 % en 2018. Elles sont majoritaires en master, en école de commerce et dans les autres formations, mais restent minoritaires dans les filières courtes et en école d’ingénieurs, où elles ne représentent que 22 % des apprentis. Leur part reste plus faible chez les apprentis que chez les étudiants sous statut scolaire (57 %), sauf en école de commerce, où les apprenties sont proportionnellement plus nombreuses (57 %) que les étudiantes sous statut scolaire (48 %).
Les projections d’effectifs laissent attendre une poursuite du mouvement en BTS, où les effectifs d’apprentis diminueraient de 5,8 % à la rentrée 2026, puis de 1,2 % en 2027, une partie de la baisse étant compensée par la voie scolaire. Sur Parcoursup, 22 % des néo-bacheliers ayant formulé au moins un vœu hors apprentissage ont aussi validé un vœu en apprentissage en 2026, soit près de deux points de moins qu’en 2025, et 10,7 % des propositions de BTS acceptées l’ont été dans la phase dédiée à l’apprentissage.
Le gouvernement a, de son côté, choisi de renforcer l’offre sous statut scolaire : les 10 000 places de BTS annoncées lundi 26 octobre par le Premier ministre, portées par l’Éducation nationale, doivent ouvrir progressivement aux rentrées 2027 et 2028, en priorité en Île-de-France. Les annonces du 26 octobre ne comportent en revanche pas de volet spécifique sur l’apprentissage, même si la concertation engagée avec les partenaires sociaux et les organisations professionnelles sur l’implantation des nouvelles places offre un cadre pour en débattre.
Cette voie reste pourtant l’une des plus sûres vers l’emploi : dix-huit mois après leur diplôme, 76 % des diplômés de master formés en apprentissage occupent un emploi salarié, contre 69 % pour l’ensemble des diplômés de master. Sur Parcoursup, 36 000 candidats ont reçu une proposition en apprentissage en 2026, contre 39 600 en 2025, les bacheliers professionnels étant les premiers concernés. Une politique d’alternance stable et lisible, des diplômes mieux connectés aux besoins des entreprises et, pour les familles, un accès simple aux résultats d’insertion de chaque formation au moment des vœux constitueraient autant de leviers pour enrayer ce recul.
