Année de césure, gap year : pourquoi partir à l’étranger avant ou pendant ses études ?

Année de césure, gap year : pourquoi partir à l’étranger avant ou pendant ses études ?

Contenu réalisé en partenariat avec EF Education First

Répandue dans les pays anglo-saxons et scandinaves, l’année de césure reste peu pratiquée en France, en particulier juste après le bac, alors même que la loi l’encadre depuis 2018 et que les formules se sont multipliées, du volontariat au séjour linguistique long. Tour d’horizon des différents modèles, à partir de l’exemple d’EF, l’un des acteurs historiques du secteur.

Par Thibault Arnoult

Une pratique encore rare en France

Au Royaume-Uni, en Australie ou dans les pays nordiques, prendre une année entre le lycée et l’université pour travailler, voyager ou s’engager est une pratique répandue et socialement bien acceptée. En France, la césure post-bac concerne moins de 1 % des étudiants, selon le CIDJ, et les raisons de cette réticence sont connues, de la crainte de « perdre une année » à un système d’admission qui valorise les trajectoires linéaires, sans oublier l’absence, pendant longtemps, de tout cadre juridique.

Ce cadre existe depuis la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants du 8 mars 2018, dont le décret d’application du 18 mai 2018 définit la césure comme une suspension temporaire et volontaire des études, d’un semestre au minimum et de deux semestres consécutifs au maximum, à raison d’une seule par cycle. Pendant cette période, l’étudiant reste inscrit dans son établissement et conserve son statut, en acquittant des droits d’inscription à taux réduit, avant de retrouver sa formation à son retour, et sa bourse sur critères sociaux peut être maintenue sur décision du chef d’établissement, la période étant alors décomptée de ses droits à bourse.

Césure, année sabbatique ou gap year ?

Les trois termes se confondent volontiers dans les conversations, alors qu’ils ne recouvrent pas la même réalité. La césure est un dispositif encadré, adossé à une inscription et à un projet que l’établissement a accepté, quand l’année sabbatique désigne une interruption hors de tout cadre, sans statut étudiant, et que la « gap year » anglo-saxonne désigne indifféremment l’une ou l’autre. La distinction a des conséquences très pratiques, puisque seule la césure garantit le retour dans la formation et qu’elle se demande à l’avance.

Pour un lycéen, tout commence sur Parcoursup, où une case permet, lors de la formulation des vœux, de signaler un projet de césure, sans que les formations en tiennent compte au moment d’examiner les dossiers. La demande n’est instruite qu’après l’acceptation d’une proposition d’admission, lors de l’inscription administrative, et elle n’est jamais accordée de droit. En cours d’études, elle se présente directement à l’établissement, le plus souvent entre la licence et le master, ou entre deux années de programme grande école dans les écoles de commerce, où elle sert fréquemment à enchaîner des stages.

LA CÉSURE EN BREF

  • 1 à 2 semestres consécutifs, une seule césure par cycle d’études
  • Statut étudiant conservé, droits d’inscription à taux réduit
  • Bourse maintenue possible, sur décision de l’établissement
  • Après le bac : demande signalée sur Parcoursup lors de la saisie des vœux

Source : décret n° 2018-372 du 18 mai 2018 relatif à la suspension temporaire des études.

Du volontariat au séjour linguistique, plusieurs modèles

Étudier à l’étranger n’est qu’une manière parmi d’autres d’occuper une césure. Le Service civique, ouvert aux 16-25 ans, permet de s’engager six à douze mois, avec une indemnité, dans une association, une collectivité ou un établissement public, en France comme à l’étranger, et le Corps européen de solidarité finance des missions de volontariat dans d’autres pays européens. Le programme vacances-travail, que la France a conclu avec plusieurs pays dont l’Australie, le Canada ou la Nouvelle-Zélande, permet de voyager en finançant son séjour par des emplois temporaires, tandis que le séjour au pair, le stage à l’étranger ou le bénévolat complètent l’éventail.

Parmi ces formules, le séjour linguistique long occupe une place à part, parce qu’il repose sur un programme de cours à plein temps et qu’il débouche sur un niveau de langue mesuré, voire sur une certification reconnue, ce qui le rend plus facile à valoriser dans un dossier que la plupart des autres. C’est aussi, avec le stage, celui qui demande le plus d’anticipation, entre le choix de la destination, le visa et le budget.

L’exemple d’EF, une année construite comme un cursus

L’histoire d’EF commence par un voyage, en 1965, lorsque Bertil Hult emmène un groupe de lycéens suédois à Brighton pour qu’ils y apprennent l’anglais pendant leurs vacances. Six décennies plus tard, l’organisme est présent dans plus de cent pays et propose aussi bien de l’enseignement en ligne que des programmes académiques, mais le séjour linguistique reste le cœur de son activité, et sa formule d’« un an d’études à l’étranger », ouverte dès 16 ans, est explicitement conçue pour l’année de césure.

Le programme se découpe en deux, trois ou quatre trimestres, soit six à onze mois, avec des rentrées en septembre, en janvier, en avril et en juin. Le premier trimestre est consacré à l’acquisition de la langue, les suivants permettent de choisir des cours de spécialité, que l’organisme appelle SPIN, en fonction de ses centres d’intérêt, puis de mener un projet final, et l’année se conclut par le test standardisé de l’organisme, l’EF SET, et par un certificat de fin de programme. Ceux qui le souhaitent peuvent en outre préparer un examen officiel comme l’IELTS, le TOEFL, le TOEIC ou les examens de Cambridge, dont les résultats sont reconnus par les universités et les employeurs.

Des formats qui sortent de la salle de classe

Certains formats s’écartent nettement du séjour linguistique classique, à commencer par le programme multilingue, qui permet d’apprendre jusqu’à trois langues dans trois pays, en restant au moins six semaines dans chacun et en commençant n’importe quel lundi de l’année. Huit langues sont proposées, de l’anglais au coréen en passant par l’espagnol, l’italien ou le mandarin, dans une vingtaine de pays, et l’organisme cite l’exemple d’un parcours de vingt-quatre semaines à Boston suivi de douze semaines à Playa Tamarindo, au Costa Rica, ou celui d’une année partagée entre New York, Séoul et Tokyo.

D’autres formules rapprochent davantage l’année du monde du travail, comme l’« expérience de stage », qui associe des cours intensifs à un stage non rémunéré à temps partiel en entreprise, ou le « Job Club », proposé notamment en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada, en Irlande et à Malte, qui accompagne la recherche d’un emploi rémunéré sur place grâce à des séances de préparation aux entretiens et à une plateforme d’offres. Une expérience de bénévolat est également possible, et les « diplômes avancés » marient l’anglais à une discipline, des affaires aux médias et à la communication, des affaires internationales à l’hôtellerie et au tourisme ou à la mode et au design, tandis qu’un programme de préparation universitaire prévoit, pour ceux qui envisagent des études supérieures hors de France, une admission garantie dans un établissement partenaire à l’issue de l’année.

Se projeter : Sydney ou New York ?

Une année en Australie

Une bachelière admise sur Parcoursup en licence d’économie et gestion, qui aurait obtenu une césure d’un an et rejoindrait Sydney en septembre, y arriverait au printemps austral et passerait l’été au moment des fêtes de fin d’année. Le campus d’EF se trouve à Chippendale, dans le quartier étudiant de Central Park, près de la gare centrale et de Darling Harbour, dans des locaux récents dotés de salons pour les étudiants, et l’hébergement en famille d’accueil est inclus dans le forfait, la résidence restant une option.

Le premier trimestre serait consacré aux fondamentaux, à raison de quatre à cinq heures de cours par jour. Au deuxième, elle pourrait orienter ses cours de spécialité vers l’économie ou la communication et, dans la limite des 48 heures par quinzaine que son visa étudiant l’autorise à travailler pendant les cours, chercher un emploi à temps partiel avec l’aide du Job Club, avant de consacrer le troisième trimestre au projet final et, si elle le souhaite, à une certification comme l’IELTS, souvent demandée pour un futur semestre d’échange. Le reste du temps appartiendrait à la ville et à ses environs, des sorties organisées vers Bondi Beach ou l’Opéra aux excursions dans les Blue Mountains, à Port Stephens ou en mer pour observer les baleines, sans compter Perth, sur la côte ouest, et Brisbane, plus au nord, qui offrent un autre cadre de vie à ceux qui préfèrent une ville moins grande.

Une année aux États-Unis

Les États-Unis constituent l’autre grande option anglophone, avec sept campus EF répartis entre la côte est, la Californie, la Floride et Hawaï. À New York, l’école n’est pas installée à Manhattan mais à Tarrytown, dans la vallée de l’Hudson, sur un campus à l’américaine d’une dizaine d’hectares avec piscine couverte, salle de sport et chambres partagées, petit-déjeuner et dîner compris. Le centre de la petite ville est à dix minutes à pied, le train rejoint facilement New York, et l’école organise des sorties vers Broadway ou le pont de Brooklyn ainsi que des week-ends à Boston ou à Washington, de sorte qu’une année sur place ressemble davantage à la vie d’un campus universitaire qu’à celle d’une école de langues de centre-ville. Pour qui préfère la douceur californienne, Santa Barbara accueille ses étudiants dans un bâtiment de style colonial espagnol du centre-ville, à cinq minutes à pied des boutiques et restaurants de State Street, et San Diego ou Los Angeles complètent l’offre sur la côte ouest, Miami Beach et Honolulu sur d’autres rivages.

Le choix américain demande toutefois de s’y prendre plus tôt, car un programme intensif de plus de dix-huit heures de cours par semaine impose un visa étudiant F-1, délivré après réception du formulaire I-20 envoyé par l’école, paiement de frais de plusieurs centaines de dollars et entretien à l’ambassade des États-Unis à Paris, où l’examen des demandes, réseaux sociaux compris, s’est renforcé, si bien que trois à quatre mois de démarches ne sont pas de trop. Ce visa ne permet pas non plus aux élèves d’une école de langues de travailler hors de leur campus, et l’année doit donc être financée en totalité avant le départ. En contrepartie, la destination ouvre des perspectives universitaires plus directes, puisqu’EF y propose des crédits transférables vers les établissements américains et un programme de préparation universitaire à New York et à Boston, et que l’organisme est associé à la Hult International Business School.

L’année peut aussi se partager entre deux pays, avec par exemple douze semaines à Sydney puis douze à Tokyo ou à Séoul pour ajouter une initiation au japonais ou au coréen à un anglais consolidé, ou se dérouler plus près de chez soi, à Malte, à Dublin, à Londres ou à Barcelone, pour un budget de transport moindre.

Avant ou pendant les études ?

Juste après le bac, la césure laisse le temps de mûrir un projet, de gagner en autonomie et d’arriver dans le supérieur avec un niveau de langue qui facilitera les cours, les mobilités et les admissions sélectives ultérieures, mais elle suppose une maturité que tous les lycéens n’ont pas encore et une demande à anticiper dès la formulation des vœux. Pendant les études, entre la licence et le master ou au milieu d’un programme grande école, elle répond plutôt à une logique professionnelle, qu’il s’agisse de consolider une langue avant une année de spécialisation, de préparer une candidature à l’international ou de découvrir un secteur.

Dans un cas comme dans l’autre, la césure ne peut pas se substituer aux éléments obligatoires de la formation, le décret de 2018 précisant qu’elle ne remplace ni les stages prévus par le cursus, ni le projet de fin d’études, ni l’enseignement en langue étrangère, de sorte qu’elle s’ajoute au parcours sans en supprimer aucune étape.

Ce qu’il faut vérifier avant de partir

Avant de signer, plusieurs points méritent d’être vérifiés auprès de l’établissement d’origine, qu’il s’agisse de la date limite de dépôt de la demande, des modalités de suivi et de validation, certaines formations attribuant des crédits ECTS à la période de césure, ou du maintien éventuel de la bourse. Il faut également examiner de près le programme proposé par l’organisme, le nombre d’heures de cours, les certifications délivrées, l’encadrement sur place, l’assurance et les accréditations du campus, celui de Sydney affichant par exemple celles des autorités australiennes chargées de la qualité de l’enseignement et celui de New York celles d’organismes d’accréditation américains. Le budget, enfin, ne se résume pas au devis de l’organisme, puisque le transport, le visa et les dépenses courantes varient fortement d’une ville à l’autre, et plus encore entre Sydney, New York et Malte.

Le retour se prépare dès le départ, car une année à l’étranger se valorise d’autant mieux qu’elle s’inscrit dans une trajectoire lisible, avec une langue certifiée, des expériences précises et un projet qui a pris forme en chemin, autant d’éléments que les jurys et les recruteurs regarderont bien davantage que la destination elle-même.