« Une année de stage en accéléré » : des étudiants aux commandes du Triathlon Audencia-La Baule
Organiser un événement sportif de 9 000 participants tout en poursuivant ses études : c’est le défi relevé chaque année par les étudiants d’Audencia à travers le Triathlon Audencia-La Baule. Pour sa 39e édition, 25 étudiants ont piloté pendant près d’un an le plus grand triathlon de France, entourés de plus de 500 bénévoles.
Une expérience qui dépasse largement le cadre associatif : management, budget, recrutement, communication et gestion de crise ont été au cœur de leur quotidien. Thotis a suivi les coulisses de cette organisation et rencontré ceux qui la font vivre.
Par Valentine Dunyach
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Au moment de sa création, en 1988, le Triathlon Audencia-La Baule comptait deux courses et 350 athlètes. Trente-huit ans plus tard, onze courses figurent au programme, près de 70 000 spectateurs sont attendus et les participants ont entre 6 et 82 ans. Entre ces deux dates, l’événement a accueilli les Championnats d’Europe Jeunes en 2022, les Championnats d’Europe des Clubs en 2023, puis une étape des Lindahls Pro Triathlon Series en 2025. Dès 2005, il s’ouvrait aux athlètes handisport. Cette année, 80 participants parasport sont inscrits sur l’ensemble du week-end, et l’initiative #JePeux2026, portée par le parrain de l’édition Axel Allétru, réunit des équipes mixtes de sportifs valides et en situation de handicap sur le format S.
Pour Audencia, l’enjeu dépasse l’aspect sportif. L’événement représente avant tout « un grand projet pédagogique », explique Sébastien Tran, directeur général d’Audencia, qui y voit « l’expression concrète d’une conviction qui irrigue l’ensemble des campus : le sport est une école d’engagement, d’exigence et de collectif ». Répartis en 18 pôles, les 25 organisateurs travaillent tout au long de l’année, avec un seul et même objectif : la réussite du week-end du TALB.
Nous nous sommes plongés dans les coulisses de cet événement et sommes allés à la rencontre de Marin Ripault, étudiant en PGE et président de l’association organisatrice et de Juliette Berlivet, directrice du Triathlon Audencia – La Baule.
« Le sport est une école d’engagement, d’exigence et de collectif«
Sébastien Tran – Directeur général – Audencia
Pour intégrer l’équipe organisatrice du Triathlon Audencia – La Baule, un passage par le bénévolat est incontournable. « Le triathlon se vit généralement en trois ans », résume Marin Ripault, 21 ans, étudiant du Programme Grande École et président de la 39e édition, #TALB39.
En première année du PGE d’Audencia, à la sortie de la classe préparatoire, les étudiants commencent par participer à l’événement en tant que bénévoles. Ceux qui souhaitent poursuivre l’aventure peuvent ensuite candidater pour organiser l’édition suivante, en PGE2, de janvier à septembre. L’année suivante, ils partent en échange universitaire et, pour certains, reviennent participer au triathlon qu’ils ont organisé sans même y avoir pris part auparavant.
La sélection du comité d’organisation de l’année suivante débute dès la semaine qui suit la course. « Entre 150 et 200 personnes postulent », détaille Juliette Berlivet, directrice du Triathlon Audencia – La Baule. Chaque candidat passe d’abord un entretien devant deux étudiants, à l’issue duquel une cinquantaine de candidats sont retenus.
Vient ensuite « l’entre-deux-tours », une étape imaginée par les étudiants. Mini-triathlons, sorties en canoë… Ces activités permettent au comité de découvrir les candidats autrement qu’à travers un entretien classique. Dernière étape du processus : la « carte blanche ». Les cinquante finalistes doivent alors défendre leur motivation devant les 25 organisateurs sortants et la directrice.
Un système de points permet ensuite de désigner les 25 étudiants retenus, avant que la répartition dans les différents pôles ne soit décidée par vote.
Pour certains étudiants, l’envie d’intégrer cette équipe organisatrice intervient même au moment de choisir leur école. « Quatre membres, sur un total de vingt-cinq, avaient d’autres choix d’écoles mieux classées qu’Audencia, et l’ont choisie parce qu’ils voulaient être organisateurs du triathlon », rapporte Juliette Berlivet. Deux d’entre eux lui ont même confié : « Cela aurait été un drame si on n’avait pas été pris. »
Marin fait partie des étudiants dont le choix d’école, à la sortie de la classe préparatoire, a notamment été motivé par l’envie de rejoindre l’association organisatrice du TALB. Ancien footballeur, passé par l’AC Ajaccio puis par le club de Chambray-lès-Tours, aux niveaux régional et national, il découvre le Triathlon Audencia – La Baule lors de ses oraux d’admission, grâce à des étudiants venus lui présenter l’événement.
« Je souhaite travailler dans la gestion d’événements sportifs, au sein de grands clubs ou d’instances sportives. Cela collait parfaitement avec mon projet professionnel », explique-t-il.
Il ne s’est toutefois pas porté candidat directement à la présidence. « D’abord, on se présente pour l’association. Le but, c’est d’être étudiant organisateur. Les rôles viennent après. » Une fois intégré à l’équipe, il choisit le poste dans lequel il pense pouvoir « le plus apporter à l’équipe », avec une envie bien précise : « J’avais l’expérience du terrain en tant que sportif. Cette fois-ci, je voulais être derrière, dans les coulisses. »
À ses yeux, la première qualité d’un président est le calme. « En tant que président, on est les premiers à recevoir les informations. Si elles sont stressantes ou peuvent compromettre le projet, notre rôle est de ne pas répandre immédiatement le stress dans toute l’équipe. »
Il résume ainsi sa fonction : « Être président, c’est ne rien faire, mais tout savoir. » Et d’ajouter : « S’il faut remplacer quelqu’un quelque part, je suis là. Si quelqu’un a une question, je suis là. »
Cette année, les 25 étudiants organisateurs ont également été accompagnés par une directrice pour piloter le projet. Arrivée à Audencia il y a tout juste un an, Juliette Berlivet vient du monde de la voile, où elle était team manager d’un Ocean Fifty. « Arriver avec le challenge de reprendre un sport que je ne connaissais pas et celui de manager des étudiants, c’est un super défi. »
Selon elle, l’engagement des organisateurs n’est pas un problème. « C’est comme s’ils faisaient une année de stage en accéléré, sauf qu’ils ont leurs cours en parallèle la journée. Je suis joignable pour eux tous les soirs, tous les week-ends, parce qu’ils passent leur temps libre à travailler sur le triathlon. » Et, contrairement aux idées reçues, les motiver serait « presque plus facile qu’un salarié, parce qu’ils le font bénévolement, donc vraiment avec envie ».
« C’est comme s’ils faisaient une année de stage en accéléré, sauf qu’ils ont leurs cours en parallèle la journée »
Juliette Berlivet – Directrice du Triathlon Audencia – La Baule
Son arrivée a surtout changé leur place dans la prise de décision. Elle a découvert des équipes très impliquées, mais essentiellement concentrées sur l’opérationnel. Elle a donc choisi de leur confier des responsabilités beaucoup plus tôt dans le projet : « Pour être motivés jusqu’au bout, il faut savoir pourquoi on en arrive là. »
Tout au long de l’année, l’objectif a ainsi été de donner aux 25 étudiants organisateurs davantage de liberté dans leurs idées et de les responsabiliser dans leurs décisions, afin qu’ils soient pleinement acteurs du projet plutôt que simples exécutants.
Cette autonomie s’accompagne d’un cadre nécessaire au bon fonctionnement du projet. Un comité de pilotage s’est ainsi réuni chaque mois avec plusieurs personnalités de l’école. Les étudiants y présentaient l’avancement du projet, tandis que les principaux arbitrages budgétaires et organisationnels étaient pris collectivement, « comme si c’était dans une vraie entreprise, parce que c’est le cas », souligne un membre de l’équipe d’Audencia.
La directrice tenait également à maîtriser « l’entièreté du périmètre » du projet. Sur le budget, elle ne se contentait pas d’apposer sa signature en bas de page. Pour la restauration, par exemple, elle souhaitait « challenger » les étudiants en les poussant à justifier leurs choix : « Pourquoi déclarer 550 repas alors que seuls 400 bénévoles sont arrivés ? » Leur réponse : « Parce que l’année dernière, c’était comme ça. »
« Maintenant, ils se demandent pourquoi on fait les choses », ajoute-t-elle. Cette démarche s’est notamment traduite par plusieurs évolutions cette année, dont l’organisation, pour la première fois, d’une cérémonie d’ouverture.
Côté étudiants, l’équipe s’est également imposé de nouvelles habitudes. « Nous avons l’habitude de communiquer par message ou via les réseaux sociaux », explique Marin Ripault. Pour le travail, les organisateurs ont donc adopté des outils plus professionnels, comme Teams, « pour bien différencier le pro du perso ».
Le recrutement des bénévoles a lui aussi été davantage structuré, avec des présentations en amphithéâtre et des fiches de poste rédigées directement par les étudiants. Au total, plus de 500 bénévoles étaient nécessaires pour assurer le fonctionnement des différents pôles sur le week-end.
Le vendredi, à la veille du lancement de l’événement, Marin se dit serein, tout en restant lucide : « On ne dit jamais qu’on est prêt, on ne l’est jamais vraiment. Mais cela fait un an qu’on travaille et qu’on attend ce moment. »
Les imprévus n’ont pourtant pas manqué au cours de l’année. « Par exemple, le remblai sur lequel se déroule la partie vélo n’était pas fermé à temps, ce qui a failli retarder tout notre programme. » Face à ces situations, le rôle du président consiste aussi à garder la tête froide et à trouver rapidement des solutions.
Pour Marin, cette organisation représente d’abord une responsabilité symbolique. « Le Triathlon Audencia-La Baule, c’est un nom, une marque. Cela engage directement la visibilité de la ville de La Baule et d’Audencia. C’est une responsabilité que l’on nous confie. »
Une responsabilité qui doit néanmoins se conjuguer avec leur statut d’étudiants. « On reste étudiants. On est généralement en cours le matin, et l’après-midi, on vient travailler. » Il faut donc parvenir à concilier la vie étudiante, le projet en cours et la préparation de sa future carrière.
Les dernières semaines ont été éprouvantes, reconnaît-il, sans pour autant parler de moments « atroces ». « On le savait en s’engageant : il y aurait des moments de doute, de fébrilité, qu’il faudrait dépasser. »
Pour tenir, l’équipe gardait en tête l’aboutissement du projet : « Quand on verra tous les sourires sur le visage des gens, ce sera la plus belle des récompenses. »
« Quand on verra tous les sourires sur le visage des gens, ce sera la plus belle des récompenses«
Marin Ripault – Président de la 39e édition – Triathlon Audencia-La Baule
Parmi les autres nouveautés de cette 39e édition figuraient notamment un tournoi de beach-volley organisé avec Les Neptunes de Nantes et des animations destinées aux enfants, en partenariat avec Yoplait, nouveau partenaire de l’événement.
Mais l’épreuve la plus chargée en émotion était sans doute le Run & Bike solidaire, organisé le samedi 19 septembre sur la plage de La Baule. Le principe : des binômes mixtes, composés d’un coureur et d’un cycliste, enchaînent les boucles sur le remblai, au fil d’éliminations successives.
Cette course rendait hommage à Maylis, ancienne trésorière de l’association et co-organisatrice de la 37e édition, décédée des suites d’un cancer. « Elle aimait tant le triathlon que, pour nous, le meilleur hommage passait par là », explique Marin.
Soixante coureurs étaient attendus, parmi lesquels l’ensemble de l’équipe de la 37e édition. Les dons collectés lors des inscriptions ont été intégralement reversés à l’Oncopole de Toulouse.
L’expérience crée des liens durables. Vingt et un membres de l’équipe de l’an dernier sont ainsi revenus prêter main-forte cette année. Les anciens restent également en contact grâce à des groupes d’échange, tandis que leurs parcours professionnels correspondent souvent aux aspirations des organisateurs actuels. « C’est même un premier tremplin », souligne le président.
Marin prévoit de partir au Chili en échange universitaire de janvier à juin prochains, avant d’effectuer un stage, idéalement dans l’événementiel sportif ou au sein de la direction financière d’un club ou d’une instance sportive. Il souhaite ensuite intégrer le Master spécialisé (MS) Management responsable des organisations sportives d’Audencia, un programme reconnu dans le secteur et proposé depuis plus de trente ans par l’école.
Juliette Berlivet souligne, pour sa part, « une progression impressionnante entre la personne qu’il était en arrivant et celle qui est aujourd’hui presque prête à entrer dans le monde de l’entreprise ».
Pour la 40e édition, en 2027, la relève est déjà assurée : ses 25 successeurs se trouvent d’ores et déjà parmi les bénévoles de cette année.
