TBS Education change d’échelle à Paris
TBS Education a inauguré le 1er octobre son campus parisien rénové, dans le 15e arrondissement. Installée dans un ancien lycée professionnel entièrement réhabilité, l’école toulousaine dispose désormais de 5 000 m² dans la capitale, pour un engagement total de plus de 36,5 millions d’euros. Sa directrice générale, Stéphanie Lavigne, y voit « non pas une arrivée » mais « un changement d’échelle » : dans un contexte de recul de l’alternance et de choc démographique annoncé, Paris doit devenir l’un des principaux relais de croissance de l’école, à quelques mois de la présentation de son prochain plan stratégique.
Par Thibaud Arnoult
L’histoire parisienne de TBS Education commence au début des années 2000, avec quelques salles louées pour des programmes courts destinés à des dirigeants partagés entre Toulouse et Paris. Les stages, puis l’essor de l’alternance entre 2020 et 2022, ont progressivement élargi la présence de l’école : nombre d’étudiants toulousains trouvaient une entreprise à Paris sans pouvoir partager leur temps entre les deux villes. Le tournant intervient en 2022, avec l’installation rue Saint-Lambert, dans un ancien lycée professionnel consacré aux métiers de la pierre et de la construction. « Il fallait énormément d’imagination quand nous sommes arrivés dans ce lycée », reconnaît Stéphanie Lavigne.
L’école a choisi de conduire les travaux en seize mois plutôt qu’en quatre ans, une option qui « n’a pas toujours été très simple » pour les équipes. Au total, plus de 36,5 millions d’euros sont engagés, dont 10,7 millions de travaux, le solde couvrant pour l’essentiel le loyer d’un bail de neuf ans fermes. Un investissement « lourd », souligne la directrice générale, mais financé sur fonds propres : « C’est notre modèle qui le finance. Nous ne prenons donc pas de risque avec ce campus. » Le site offre désormais 5 000 m² d’espaces de cours, de travail et de vie, organisés autour d’une cour arborée.
THOTIS A VISITÉ
Un équilibre réussi entre l’ancien et le contemporain
L’équipe de Thotis, qui a visité le bâtiment à l’occasion de l’inauguration, a pu mesurer l’ampleur de la transformation. L’ancien lycée professionnel a été entièrement refondu, sans rien perdre de son caractère : les voûtes et les piliers de pierre de l’édifice d’origine dialoguent avec des aménagements contemporains pensés pour les nouveaux usages pédagogiques. Il en résulte un très bel équilibre entre patrimoine et modernité, qui donne au campus une identité singulière.
977 étudiants et toute l’offre de l’école
Le campus accueille cette année 977 étudiants, et l’ensemble des programmes proposés à Toulouse y est désormais disponible, du Bachelor au programme Grande École, en passant par les MSc, les Mastères spécialisés, le MBA et le DBA. La rentrée conforte ce choix, avec un Bachelor parisien en hausse de 34 % et des Mastères spécialisés en progression de 32 % en un an. Les étudiants peuvent y effectuer l’intégralité de leur cursus ou circuler entre les quatre campus du groupe, par exemple en commençant leur Bachelor à Paris avant de le poursuivre à Toulouse puis à Casablanca.
« Ce que nous inaugurons aujourd’hui n’est pas une arrivée, c’est un changement d’échelle.«
Stéphanie Lavigne – Directrice générale – TBS Education
Paris doit d’abord servir la promesse d’employabilité de l’école. TBS y compte 13 000 alumni, fédérés par l’association TBS Paris Alumni, et environ un tiers de ses diplômés y démarrent leur carrière, répartis à parts à peu près égales entre grands groupes, ETI et startups ou petites entreprises. Société Générale, L’Oréal, Bouygues, BNP Paribas et EY figurent parmi leurs principaux recruteurs dans la capitale. Deux partenariats ont par ailleurs été signés cette année avec des institutions parisiennes, dont une école d’ingénieurs pour un double parcours manager-ingénieur au sein du programme Grande École.
Pas question pour autant de changer d’identité. « Nous n’avons absolument pas vocation à devenir une école parisienne. Notre école est toulousaine », insiste Stéphanie Lavigne. Paris doit en revanche devenir, sur les cinq prochaines années, « un accélérateur de développement » et « un stabilisateur dans une période qui va être complexe », entre démographie défavorable, crise de l’alternance et concurrence accrue sur le marché de la formation. Le potentiel y est double : la formation initiale, encore loin d’être pleinement exploitée, et l’Executive Education, appelée à y jouer un rôle central.
Le campus parisien accompagne une refonte plus large de l’offre. Avec 6 900 étudiants, 135 professeurs permanents, 250 universités partenaires et plus de 58 000 alumni, TBS Education a profondément revu cette année la maquette de son Bachelor, son programme le plus porteur en matière de recrutement. Intelligence artificielle, responsabilité sociale, géopolitique et compétences comportementales y prennent davantage de place, et de nouvelles spécialisations en finance et en international business ont été créées à Paris. Un étudiant entré en première année peut désormais choisir, en fin de cursus, parmi vingt spécialisations sectorielles ou métiers.
La principale nouveauté reste le lancement d’un Global BBA, un segment sur lequel l’école n’était pas présente. Il ouvrira à Paris et à Barcelone à l’horizon 2028, en s’appuyant sur la mobilité entre campus, les séjours d’échange et les doubles diplômes, et un grand partenaire académique international est en discussion. Côté formation des cadres, l’International Executive MBA, un format « un peu chahuté » à l’international selon la direction, se dote de deux spécialisations : l’une consacrée au management des activités aéronautiques et spatiales, liée à l’histoire toulousaine de l’école, l’autre au management de l’innovation technologique, de l’IA et de la transformation numérique.
L’IA, des cursus jusqu’aux évaluations
Dès la première année du Bachelor, les étudiants bénéficient de fondamentaux renforcés en IA ainsi qu’en responsabilité sociétale et développement durable. L’école avait équipé l’an dernier l’ensemble de ses étudiants, professeurs et personnels de licences Mistral, afin de doter toute l’institution d’un même outil. L’enjeu se déplace désormais vers les usages : « Ce qui nous intéresse, c’est de savoir comment les étudiants l’utilisent. Nous revoyons donc toutes nos méthodes d’évaluation, et aussi de formation. C’est un très gros enjeu », explique Stéphanie Lavigne.
La formation continue, relais de croissance
La formation continue, qui pèse environ 15 % d’un chiffre d’affaires d’environ 71 millions d’euros en incluant les Mastères spécialisés et les programmes exécutifs, doit elle aussi changer de format. « La formation tout au long de la vie, ce n’est pas un concept, c’est une nécessité absolue pour les entreprises », plaide la directrice générale. À côté des programmes phares comme le MBA ou le DBA, l’école prépare des formations courtes, parfois adossées à des certifications RNCP, conçues à partir d’une enquête sur les besoins en compétences des entreprises. Les premières seront présentées dans les prochaines semaines, avec l’ambition de faire de l’entreprise « une partie prenante de la formation, et non uniquement un débouché » pour les diplômés.
Alternance : la ligne rouge des remises
Dans un marché de l’alternance estimé en recul de 15 à 30 % après la baisse des aides aux entreprises, en particulier au niveau bac+5, TBS résiste mieux que la moyenne : ses contrats reculent d’environ 4 %, et les alternants représentent toujours 38 % de ses effectifs. L’école assure ne pas avoir cédé aux demandes de remises sur le reste à charge formulées par certaines entreprises. « Nos frais de scolarité représentent 100 % du financement de l’école. Avec 38 % d’alternants, si vous commencez à faire des remises de deux ou trois mille euros par étudiant, vous pliez boutique », tranche Stéphanie Lavigne, qui s’appuie sur un réseau de 2 000 entreprises partenaires, dont une trentaine de gros recruteurs d’alternants.
L’alternance reste, selon la direction, un accélérateur de carrière et un levier d’égalité des chances, en cohérence avec le statut de société à mission adopté en 2022. L’école, qui compte entre 25 et 27 % de boursiers selon une première estimation de rentrée, revendique d’avoir été la première à moduler ses frais de scolarité en fonction des revenus des familles.
Le développement parisien s’inscrit dans une stratégie fondée sur la complémentarité des quatre campus de l’école. Toulouse, qui accueille 4 500 étudiants et que la direction qualifie de « vaisseau amiral », lance à son tour un vaste chantier : rénovation d’une partie des bâtiments, extension de plus de 10 000 m², résidence étudiante attenante et équipements sportifs, dont une première tranche sera livrée à la rentrée prochaine, pour un achèvement complet à l’horizon 2031. Barcelone a vu ses effectifs d’apprenants progresser de 95 % entre 2022 et 2026, et l’école y a ouvert cette année l’entrée en programme Grande École, jusqu’ici réservée à Toulouse, avec une trentaine d’étudiants.
À Casablanca, inauguré en 2025 et qui compte 460 étudiants, l’école a obtenu cet été la reconnaissance de ses diplômes par l’État marocain, une avancée qui ouvre à ses diplômés la poursuite en doctorat et de nombreux concours administratifs. La direction y développe aussi les enseignements en anglais, pour attirer au-delà de l’Afrique francophone, dont les étudiants qui visent un diplôme français privilégient le plus souvent la France.
Une attractivité internationale à l’épreuve de la géopolitique
Récemment distinguée du niveau maximal du label Bienvenue en France, décerné par Campus France aux établissements qui accueillent le mieux les étudiants internationaux, TBS compte sur Paris et Barcelone pour toucher des zones géographiques complémentaires. Aucune nationalité ne s’impose aujourd’hui dans les recrutements, assure la direction, qui pilote ses campagnes zone par zone et s’appuie sur des agents et des bureaux à l’étranger, notamment en Inde. Les flux sortants évoluent eux aussi : les mobilités se tournent davantage vers l’Europe, et plusieurs étudiants ont refusé cette année de partir aux États-Unis, expliquant ne pas « cautionner le régime américain du moment ».
Un président venu de l’industrie
Président de TBS Education depuis novembre 2025, Eric Ducournau, directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, rencontrait pour la première fois la presse spécialisée de l’enseignement supérieur. Il s’est amusé de ses « deux défauts » pour présider l’école, avoir étudié à Bordeaux et ne pas être passé par une école de commerce, avant de défendre une vision très économique de l’établissement. « L’économie française a, à mon avis, un défaut : c’est ce que j’appelle l’économie du sucre glace. Comme en pâtisserie, on saupoudre. Or, dans une économie très compétitive, il faut tout faire sauf saupoudrer : il faut concentrer », estime-t-il, en soulignant l’ancrage de l’école dans un écosystème toulousain tourné vers des secteurs excédentaires pour le commerce extérieur français, comme la défense, l’agroalimentaire ou la santé.
« Dans une économie très compétitive, il faut tout faire sauf saupoudrer : il faut concentrer.«
Eric Ducournau – Président – TBS Education
L’industriel dit aussi avoir découvert le poids de la recherche dans les écoles de commerce, gage selon lui de la qualité de l’enseignement comme de la pérennité de l’institution. TBS revendique à cet égard quatre professeurs classés cette année parmi les 2 % de chercheurs les plus cités au monde dans leur discipline. Quant à Paris, Eric Ducournau y voit « un levier majeur de notre développement et de notre influence », Toulouse demeurant « le cœur battant » de l’institution.
Paris au cœur du prochain plan
Arrivée au terme de son plan stratégique 2021-2026, dont la direction affirme avoir atteint tous les objectifs, l’école dévoilera son prochain plan au début de l’année 2027. Sans vouloir « faire de teasing », Stéphanie Lavigne en a déjà esquissé la place réservée au campus parisien, appelé à y jouer « un très, très grand rôle » autour de trois piliers : une dimension internationale renforcée, une connexion accrue aux entreprises d’un bassin d’emploi de premier plan, et une formation continue sur mesure, conçue pour et avec les entreprises.
