Présidentielle 2027 : les Entreprises Éducatives pour l’Emploi présentent leur « République des compétences »

L’association des Entreprises Éducatives pour l’Emploi (3E) a présenté le 29 septembre, à Paris, sa plateforme pour l’élection présidentielle de 2027. Intitulé « La République des compétences », le document réunit dix « décisions » et un « vœu », que l’enseignement supérieur privé professionnalisant met à la disposition des candidats. Orientation, apprentissage et stabilité des règles en constituent le cœur.

Par Thibaud Arnoult

 

 

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Qui sont les Entreprises Éducatives pour l'Emploi (3E) ?

Créée en 2020, 3E fédère onze groupes indépendants de l’enseignement supérieur à vocation professionnelle, parmi lesquels Galileo Global Education, OMNES Education, IGENSIA Education, Eduservices, Skolae et Ynov Campus. Ensemble, ils revendiquent 180 écoles, près de 300 campus et environ 400 000 étudiants, dont la moitié en alternance. Selon l’association, ses membres représentent près de la moitié du privé indépendant et un tiers de l’ensemble du supérieur privé.

Les travaux ont été pilotés par Guillaume du Couëdic, ancien membre de cabinet au ministère de l’Enseignement supérieur. Une dizaine d’interlocuteurs extérieurs ont été consultés, dont Olivier Faron (MEDEF), l’économiste Bruno Coquet (OFCE) ou Joël Ruiz (France Compétences). L’association précise que ses propos, cités dans le document, n’emportent ni soutien ni opposition au projet.

En ouverture, Antoine Prodo, président de 3E, a détaillé la feuille de route de l’association. Le baromètre de l’alternance réalisé avec Odoxa devient annuel, un partenariat est engagé avec OpinionWay sur l’orientation et un pôle « data » doit être structuré, avec des recrutements à la clé. 3E se dote aussi d’un conseil scientifique, dont Olivier Faron est le premier membre. Le président de 3E a rappelé que l’association attend l’inscription du projet de loi relatif à la régulation du supérieur privé, qu’elle soutient, car il entend « réguler par la qualité, pas par les statuts ».

La philosophie du texte tient en une phrase, répétée tout au long de la matinée : « un État plus stratège, une administration plus simple, des acteurs plus responsables et une régulation plus exigeante sur les résultats ». Les dix décisions se répartissent en quatre engagements : programmer, piloter, mesurer et reconnaître.

Les 3E en chiffres
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Les onze groupes membres de 3E revendiquent 180 écoles, près de 300 campus et environ 400 000 étudiants, dont la moitié en alternance.

Un « privé indépendant » qui veut se démarquer

L’association occupe une place à part dans le paysage. Elle représente le « privé indépendant », une partie du marché régulièrement dans le viseur des universités et des grandes écoles, notamment dans le débat sur la régulation du secteur privé supérieur. Les dirigeants de 3E disent pourtant souhaiter davantage de régulation. Ils accueillent favorablement les débats en cours, qu’il s’agisse du projet de loi sur l’enseignement supérieur privé ou du renforcement des contrôles de qualité.

3E entend représenter un privé sérieux, et y a intérêt dans un secteur où les dérives sont documentées. L’État a durci sa lutte contre la fraude dans la formation professionnelle : en Île-de-France, les contrôles menés en 2025 ont abouti au recouvrement de 27,4 millions d’euros et à 40 annulations de déclarations d’activité, visant notamment des CFA.

Orientation : agir en amont de Parcoursup

Sur l’orientation, 3E propose de « rénover et généraliser » un service public d’orientation personnalisée, du collège au premier emploi. Le constat s’appuie sur les données du ministère : quatre bacheliers sur dix inscrits en licence l’obtiennent en trois ou quatre ans, et 49,1 % des néo-bacheliers passent en deuxième année dès l’année suivante. La Direction générale du Trésor estime le coût de la mauvaise orientation à 3 à 4 milliards d’euros par an.

Le dispositif imaginé repose sur plusieurs leviers. Une plateforme unique partirait des centres d’intérêt du jeune, puis des métiers, avant de présenter les formations sans les hiérarchiser. Des conseillers dédiés, connaissant aussi bien les diplômes conférant grade que les titres RNCP, travailleraient avec chaque conseil de classe. Ce dernier deviendrait l’instance décisionnelle, devant laquelle le lycéen présenterait et défendrait son projet. Des immersions en entreprise seraient systématisées dès le collège. Le tout serait financé par la rationalisation de dispositifs jugés redondants, l’Onisep et la plateforme Avenir(s) étant cités.

« Nous ne sommes pas contre Parcoursup », a insisté Antoine Prodo. L’association plaide pour une orientation construite « à partir de l’étudiant, en amont » de la plateforme d’admission. Selon lui, faute de connaître les métiers, les lycéens se tournent vers des établissements réputés plutôt que vers ceux offrant une réelle valeur ajoutée. 3E dit vouloir travailler, dans le cadre de son pôle data, à une mesure de cette valeur ajoutée.

« Nous ne sommes pas contre Parcoursup »

Antoine Prodo – Président – Entreprises Éducatives pour l’Emploi (3E)

Interrogés par Thotis sur la portée de la réforme de la régulation, les dirigeants de 3E se sont montrés prudents. Si le projet de loi est adopté, toutes les formations des groupes membres solliciteront-elles l’agrément, et passeront-elles par une évaluation du Hcéres ? « Nous ne pouvons pas nous prononcer pour chaque membre et chaque établissement », ont-ils répondu. Le socle commun, selon eux, est l’adhésion à un référentiel d’évaluation par la qualité. Pour le reste, « chaque groupe et chaque chef d’établissement décidera » de la manière dont il pilote ses formations. Certains établissements très professionnalisants, qui proposent des cursus courts d’un ou deux ans, se situent à la frontière de la formation professionnelle.

L’association dit avoir été rassurée par les premiers échanges avec le Hcéres, qui a désormais un référentiel pour évaluer l’ensemble des établissements privés, et notamment sa prise en compte de l’employabilité et des intervenants professionnels. Elle attend toutefois un guide de lecture précisant la méthode. « Il faut mesurer votre insertion, très bien. Mais quelle insertion ? Si l’on insère à 85 % mais que la moitié n’est pas dans la cible, est-ce valable ? », a illustré l’un des intervenants.

Relancés sur le risque de voir subsister un paysage à plusieurs niveaux, certains établissements passant par le Hcéres et Parcoursup, d’autres non, les responsables de 3E contestent l’idée qu’une évaluation suffirait à écarter les « brebis galeuses ». « Si nos établissements ne sont pas évalués par le Hcéres, ce n’est pas parce que leur qualité n’est pas bonne », font-ils valoir. Ils ne s’opposent pas pour autant à ce que tous les établissements soient un jour évalués sur des critères comparables. Le Hcéres doit-il être cette instance ? « Probablement », concluent-ils, sous réserve de la méthode retenue et d’un traitement équitable.

La plateforme formule enfin un « vœu », distinct des dix décisions : la création par les acteurs eux-mêmes d’une « maison commune de l’enseignement supérieur », réunissant notamment France Universités, la CGE, la CDEFI, la CDEFM, la FESIC, l’UGEI et 3E. Interrogée sur la crédibilité d’une orientation qui recommanderait indifféremment universités et écoles privées, l’association reconnaît un « vœu pieux ». Elle avance un argument de capacité : accueillir ses 400 000 étudiants dans le public reviendrait à ouvrir une vingtaine d’universités, ce que l’état des finances publiques ne permet pas.

Apprentissage et programmation : les décisions de 3E pour le prochain quinquennat

Apprentissage : partager la charge et cibler les aides

L’association défend le bilan de la réforme de 2018, qu’elle qualifie de politique publique parmi les plus efficaces des vingt dernières années. Les entrées en apprentissage sont passées de 306 000 en 2017 à 879 000 en 2024, selon la Direction générale du Trésor. Mais la dynamique s’est inversée : 846 700 contrats ont débuté en 2025, soit 5 % de moins qu’en 2024, ce qui constitue le premier recul depuis 2017. D’après l’OFCE, la baisse se concentre sur le supérieur.

Côté financement, 3E a reproduit le calcul consolidé de la Cour des comptes. À périmètre constant, le soutien public à l’alternance serait passé de 16,8 milliards d’euros en 2022 à 14,4 milliards en 2025, puis à 12,3 milliards en prévision pour 2026, soit un recul de 27 %. Sur la même période, la part du budget de l’État dans ce total chuterait de 62 % à 36 %. En 2023, le soutien public représentait environ 14 700 euros par apprenti et par an, un niveau supérieur à celui des voisins européens.

La décision 2 propose de fixer pour cinq ans une clé de répartition entre l’État, les entreprises et les bénéficiaires. Les aides à l’embauche seraient modulées selon la taille de l’entreprise, le secteur et les métiers en tension, plutôt que selon le niveau de diplôme. Le texte évoque la création d’un « NPEC entreprises ».

La mesure la plus discutée concerne les apprentis eux-mêmes. 3E suggère une participation forfaitaire d’environ 200 euros par an pour les apprentis du supérieur, alignée sur les droits d’inscription à l’université, avec une exonération sur critères sociaux calquée sur le barème des bourses. Elle suppose d’amender le principe de gratuité inscrit dans le Code du travail. L’association en attend 100 à 200 millions d’euros de recettes annuelles.

L’objectif n’est pas d’abord budgétaire, a expliqué Grégory Blanchard, vice-président de 3E. Il s’agit de rappeler que « la gratuité n’empêche pas d’être conscient du dispositif », face à une volatilité des apprentis qui complique la gestion des parcours. Antoine Prodo a évoqué la logique d’un ticket modérateur, destiné à « responsabiliser » l’étudiant et à limiter les ruptures de contrat. Il a précisé que ces sommes reviendraient à l’État et à France Compétences, et non aux écoles.

Les NEET constituent l’autre priorité du volet apprentissage. 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit 12,8 % de la classe d’âge et 29 % dans les quartiers prioritaires. 3E propose d’en faire le premier chantier de la loi de programmation, avec un objectif chiffré : remettre 200 000 jeunes en parcours en cinq ans, pour rejoindre la moyenne européenne. L’outil serait une prépa-apprentissage d’un an, adossée à un titre de niveau 4 et co-portée par les CFA, les missions locales et les entreprises. Un repérage des jeunes sortis de tout dispositif serait organisé sous le contrôle de la CNIL.

En contrepartie, les écoles membres s’engagent à ouvrir des places de prépa-apprentissage et à publier la part de jeunes issus de ces parcours dans leurs effectifs. Les volumes et le calendrier restent à définir avec les partenaires de terrain. « « Aucun jeune sans solution » ne doit pas être un slogan », a souligné Grégory Blanchard.

Le volet comprend aussi un guichet unique pour les entreprises de moins de 50 salariés, couvrant la formation et le remplacement, et l’expérimentation d’un bonus-malus sur la contribution à la formation professionnelle. À l’échelle européenne, 3E plaide pour un « Erasmus de l’apprentissage », qui lèverait les obstacles liés au statut, à la protection sociale et à la prise en charge des apprentis.

Programmation : des règles stables sur cinq ans

Le fil conducteur de la plateforme est la stabilité. « Sept changements de règles en sept ans » ont, selon 3E, fragilisé la confiance des employeurs et des établissements. « On ne peut plus continuer à changer tous les six mois, tous les ans. Quel secteur d’activité connaît des changements de tarifs comme ça ? », a interrogé Grégory Blanchard. Antoine Prodo a déplacé le débat : au-delà du niveau de financement, sur lequel le secteur estime être « arrivé à l’os », c’est l’instabilité des règles qui pose problème.

« On ne peut plus continuer à changer tous les six mois, tous les ans. Quel secteur d’activité connaît des changements de tarifs comme ça ?« 

Grégory Blanchard – Vice-président – Entreprises Éducatives pour l’Emploi (3E)

La réponse proposée est une loi de programmation des compétences sur cinq ans, construite sur le modèle de la loi de programmation militaire. Niveaux de prise en charge, aides et contributions des employeurs y seraient fixés pour la durée de la loi, et modifiables uniquement aux échéances prévues. Le Parlement en contrôlerait l’exécution chaque année, sur la base d’indicateurs publiés. L’association relève que les référentiels de formation mettent parfois trois ans à évoluer, quand les métiers changent tous les dix-huit mois.

Le pilotage serait confié à un Conseil national des compétences, qui absorberait France Compétences, associerait l’expertise de France Travail et animerait des comités de branche. Le texte prévoit aussi un responsable politique unique de l’apprentissage et du supérieur professionnalisant, ministre ou haut-commissaire, responsable devant le Parlement. Une plateforme administrative unique regrouperait tous les contrats d’apprentissage, avec des délais de réponse opposables à l’administration.

Pour éviter l’empilement, 3E s’impose deux règles. Aucune nouvelle structure sans suppression ou fusion d’une structure existante, et aucune dépense nouvelle nette : les mesures se financent par redéploiement et simplification. C’est ce qui distingue sa démarche des vingt propositions publiées quelques jours plus tôt par la CDEFM, a estimé Léonor Siney, secrétaire de 3E. Certaines de ces propositions supposent des budgets supplémentaires. Les dirigeants de 3E ont toutefois souligné de nombreux points de convergence avec la conférence des écoles de management.

Le choix du terme « décisions » plutôt que « propositions » relève de la même logique. L’association dit avoir voulu éviter « le catalogue de mesures » qui accompagne chaque élection. « Si nous étions au pouvoir, voilà ce que ferait 3E. Mais nous ne nous présentons pas », résume Antoine Prodo.

Le troisième engagement, « mesurer et reconnaître », prolonge cette exigence. 3E veut faire de l’employabilité un critère d’évaluation de tous les établissements, publics comme privés, en articulation avec le Hcéres, la CTI ou la CEFDG. Elle demande que le régulateur dispose de moyens de contrôle réels pour sanctionner les acteurs défaillants. Alain Léon, délégué général de 3E, a distingué sur ce point l’évaluation de la qualité et le contrôle du respect de la réglementation, qui relève selon lui de moyens d’État spécifiques. Le texte propose aussi un passeport de compétences structuré par blocs RNCP, et la formation de 100 % des enseignants à l’intelligence artificielle d’ici 2030.

En retour, les membres de 3E souscrivent à une charte de sept engagements, parmi lesquels la transparence sur les frais et la reconnaissance des diplômes, et la publication d’indicateurs d’insertion « sincères et vérifiables ».

Reste la question de l’engagement politique. 3E n’entend pas rencontrer l’ensemble des candidats, mais mettre ses décisions à la disposition de ceux qui voudront s’en saisir. Les dirigeants ont noté qu’à ce stade, les programmes déjà connus abordent peu le supérieur, l’apprentissage et la formation tout au long de la vie. Interrogée sur un éventuel appel à faire barrage au second tour, l’association indique ne pas avoir consulté ses membres. Elle fixe néanmoins deux lignes rouges, quel que soit le candidat : la liberté académique et la liberté d’entreprendre.

 

Note :

Le supérieur privé recouvre plusieurs statuts. Le privé non lucratif regroupe notamment les établissements qualifiés d’EESPIG (établissements d’enseignement supérieur privés d’intérêt général), le plus souvent associatifs. Les EESC (établissements d’enseignement supérieur consulaires) sont les écoles rattachées aux chambres de commerce et d’industrie. Le privé lucratif désigne les groupes constitués en sociétés commerciales, qui peuvent réaliser des bénéfices.