Modèle du PGE repensé, international, hybridation, IA : l’ESCE (OMNES) dévoile sa stratégie pour la rentrée 2026
Lors de sa conférence de presse, tenue le 8 octobre 2026 sur son campus de La Défense, l’ESCE Business School a dévoilé sa nouvelle stratégie. Six mois après son arrivée à la tête de l’établissement, la directrice générale Elisabetta Magnaghi dévoile ses ambitions pour l’école : faire de cette business school, fondée en 1968, « l’école de commerce de référence internationale à Paris ». Pour y parvenir, l’ESCE entend notamment consolider le modèle « 3+2 » de son PGE, développer des parcours hybrides avec l’ECE, l’école d’ingénieurs du Groupe OMNES, et proposer un assistant IA maison.
Par Valentine Dunyach
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En matière d’enseignement supérieur et de pédagogie, l’ESCE résume son ambition en une formule : « Quand l’IA sait tout traduire, il reste à comprendre le monde. » Une phrase qui traduit l’équation que la business school, membre du Groupe OMNES Education, entend relever.
À la tête de l’école depuis le 1er avril 2026, Elisabetta Magnaghi, d’origine italienne, est titulaire d’un double doctorat et a notamment occupé des fonctions au sein de l’Université de Lorraine, de l’Université catholique de Lille ou encore de KEDGE Business School, où elle a été directrice générale adjointe et doyenne. Un parcours qui lui confère un regard à la fois spécifique et pluriel sur l’enseignement supérieur français. « L’international à l’ESCE commence à la direction », souligne-t-elle, voyant dans sa nomination à la tête d’une école française un symbole de cette ambition.
Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité, l’ESCE fait par ailleurs le choix de ne pas s’inscrire dans un plan stratégique quinquennal. Ce parti pris, qui rompt avec les usages du secteur, est pleinement assumé par la business school : « Nous faisons le choix d’une stratégie par version, réexaminée tous les dix-huit mois avec nos étudiants, nos entreprises partenaires et nos diplômés », explique la directrice générale. Un premier bilan chiffré est attendu pour octobre 2027.
L’ESCE dresse un constat partagé par de nombreux établissements : les équilibres de la mobilité étudiante évoluent et les destinations historiques reculent. Les États-Unis accueillent ainsi 8 % d’étudiants internationaux de moins cette rentrée, le Canada 27 % de moins qu’il y a deux ans, tandis que l’Australie suit la même tendance. À l’inverse, la Chine a presque doublé ses effectifs depuis 2021, tandis que le Japon et la Corée du Sud dépassent leurs objectifs et que Dubaï poursuit sa progression. En Europe, l’Allemagne vise 420 000 étudiants internationaux et l’Espagne a vu leur nombre augmenter de 77 % en dix ans. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas enregistrent, eux, leur première baisse historique. La France progresse de 3 % sur un an, à 443 500 étudiants étrangers, mais à un rythme inférieur à celui de ses voisins.
« Les étudiants n’ont pas renoncé à partir, comme on l’a dit juste après la crise sanitaire. Ils n’ont même jamais été aussi nombreux, près de sept millions dans le monde, mais ils choisissent différemment », résume Elisabetta Magnaghi.
La directrice générale en tire quatre enseignements. D’abord, « les étudiants ne partent pas moins, ils partent ailleurs » : l’Europe continentale en bénéficie, à condition de « leur donner une raison de choisir Paris ». Ensuite, le critère de choix « ne se joue plus sur la langue d’enseignement », mais « sur l’emploi ». La mobilité se régionalise également, poussant les établissements à aller davantage vers les étudiants, notamment grâce aux doubles diplômes et à des formats facilement lisibles à l’international. Enfin, « l’ouverture d’un pays est réversible » : « Aucune école ne peut dépendre d’un seul pays ou d’une seule zone géographique. » L’ESCE mise donc sur un modèle agile et sur des partenariats aux origines géographiques diversifiées.
« Depuis 1968, l’ESCE envoie ses étudiants dans le monde. Aujourd’hui, nous voulons aussi faire venir le monde à Paris. ».
« Depuis 1968, l’ESCE envoie ses étudiants dans le monde. Aujourd’hui, nous voulons aussi faire venir le monde à Paris.«
Elisabetta Magnaghi – Directrice générale – ESCE
Cette ambition conduit également l’ESCE à faire évoluer son modèle. En vingt ans, le nombre d’écoles de commerce a presque doublé en France, tandis que les classes préparatoires se resserrent, avec près de 10 % de places en moins depuis 2019. « Le modèle qui a fait le succès des business schools françaises n’est plus celui que les étudiants choisissent majoritairement aujourd’hui », analyse Elisabetta Magnaghi. Avant d’ajouter : « C’est précisément parce qu’en France nous sommes en tête que nous devons nous réinventer pour garder cette primauté, avant d’y être contraints. »
Les étudiants privilégient désormais des parcours construits par étapes : un premier diplôme, puis une spécialisation. Un schéma 3+2, avec Bachelor puis Master, qui constitue aujourd’hui une référence à l’international.
L’ESCE entend donc faire évoluer son offre en conséquence, sans renoncer à son Programme Grande École ni à son grade de Master. L’école s’oriente davantage vers un modèle 3+2, articulant trois années de premier cycle et deux années de cycle Master. « Il ne s’agit pas de rompre avec ce que nous sommes, il s’agit d’accompagner les étudiants là où ils souhaitent aller », souligne Elisabetta Magnaghi.
Le Programme Grande École compte aujourd’hui environ 2 000 étudiants, avec des frais de scolarité de 12 300 euros par an, contre 9 000 euros pour le Bachelor en management international.
Environ 2 000 étudiants suivent le PGE, facturé 12 300 euros par an, contre 9 000 euros pour le Bachelor en management international.
Pourquoi maintenant ? Parce que trois ruptures se conjuguent. D’abord technologique : « L’IA générative ne se contente plus d’être lue, elle rédige, elle analyse, elle traduit, elle synthétise. Autrement dit, elle fait une partie de ce que nous apprenions à faire à nos étudiants. » Ensuite géopolitique, avec la fin d’une mondialisation linéaire au profit d’un monde fragmenté où « faire du commerce international, c’est arbitrer entre des blocs, des normes, des risques ». Enfin générationnelle, avec des étudiants en quête de sens et de parcours sur mesure.
« La plupart des écoles traitent ces ruptures séparément, un cours d’IA ici, un semestre à l’étranger là. Notre conviction, c’est qu’elles n’en font qu’une. Plus l’IA standardise les compétences, plus l’interculturel devient la compétence rare », affirme Elisabetta Magnaghi.
« Plus l’IA standardise les compétences, plus l’interculturel devient la compétence rare.«
Elisabetta Magnaghi – Directrice générale – ESCE
Premier axe de cette feuille de route, l’ESCE souhaite renforcer l’internationalisation et être une école de référence internationale à Paris. L’établissement compte déjà 37 % d’étudiants internationaux, issus de 84 nationalités, ainsi que 80 % de professeurs de nationalité étrangère. Jusqu’à 13 langues sont enseignées en présentiel, dont le chinois, le coréen, l’arabe et l’hébreu, à raison de trois heures par semaine. La directrice illustre cette dimension : “Et pourquoi maintenir l’enseignement de treize langues quand l’IA peut toutes les traduire ? On ne négocie pas avec une langue, on négocie avec une culture.”
37 % d’étudiants internationaux, 84 nationalités et jusqu’à 13 langues enseignées en présentiel.
Le contexte national est favorable. Huitième pays d’accueil au monde, la France vise 500 000 étudiants étrangers en 2027. Les écoles de management en accueillent déjà environ 66 000, soit une hausse de 70 % depuis 2018. Le plan Choose France for Higher Education fait par ailleurs de l’IA et du numérique des priorités : « C’est exactement sur ce terrain que nous avons choisi d’aller. » L’ESCE entend ainsi renforcer son ouverture vers l’Europe, l’Inde, la Chine, l’Afrique anglophone et le Moyen-Orient, avec un objectif ambitieux : faire passer la part d’étudiants internationaux d’environ 40 % à 70 %.
L’ESCE souligne : « Nous ne recrutons pas des étudiants internationaux pour faire du volume. Nous construisons un campus international. Un campus peut réunir quatre-vingts nationalités qui se croisent sans jamais se rencontrer », prévient Elisabetta Magnaghi.
Pour donner corps à cette ambition, trois leviers sont privilégiés :
- des binômes interculturels dès la première année, réunis autour d’un projet commun évalué ;
- des instituts culturels sur le campus, après l’Institut Confucius, avec notamment un institut consacré à l’Inde en préparation ;
- À partir de 2028, des programmes hybrides répondant aux standards LMD. Vijay Pereira, associate dean aux relations internationales, classé cinquième mondial dans sa discipline par le Scholarly Index 2026, sera chargé de porter cette dynamique.
L’IA s’installe également dans les cursus. Depuis la rentrée 2026, l’ESCE propose, avec l’ECE, école d’ingénieurs du groupe installée sur le même campus, le cursus Management international, Innovation & IA, accessible dès la première année du PGE. À la prochaine rentrée, il sera la seule spécialisation proposée via le concours Sésame : « Toutes les autres spécialisations, on les a arrêtées. »
Bilingue, le parcours combine management, Python, machine learning et visualisation de données, avec une possibilité de double diplôme en Master et un accès à l’Intelligence Lab de l’ECE. Sa première promotion compte neuf étudiants, « des pionniers » appelés à devenir « des managers internationaux aussi à l’aise avec la technologie qu’avec une négociation ».
Deux formats plus courts sont également en préparation pour un public international : un Bachelor hybride 2+2 International Business & Data Management, doublement visé par la CEFDG et la CTI (2027), et un MSc Tech, Management & Innovation, co-labellisé par la Conférence des grandes écoles.
Une autre ambition de l’école est de former des managers capables de conjuguer compétences métier, aisance interculturelle et maîtrise raisonnée de l’IA. Le projet Ampl’IA, déployé à l’échelle d’OMNES Education, repose sur une conviction : « Un étudiant augmenté n’est pas un étudiant assisté. L’IA doit amplifier l’étudiant, pas le remplacer », insiste Elisabetta Magnaghi.
L’enjeu consiste donc moins à apprendre à utiliser l’outil qu’à savoir quand lui faire confiance, comment le questionner et surtout comment s’en distinguer. « Si tous les candidats à un poste utilisent le même outil, ce qui les départagera, ce sera précisément ce que l’outil ne fournit pas : un jugement, une culture, une personnalité. »
Cette approche se traduit notamment par OMN’IA Campus, le compagnon d’apprentissage du groupe, qui réunit Gemini et Claude dans un environnement sécurisé et alimenté par les cours des enseignants. « Notre IA est cent pour cent privée. Rien n’est aspiré, il y a des filtres et des pare-feux », précise Thomas Zeroual, directeur de l’innovation.
Lors d’une démonstration, Soline Gouby, étudiante en deuxième année du PGE, montre comment l’outil peut générer des flashcards à partir d’un cours ou construire des examens blancs exclusivement à partir des supports pédagogiques. Une manière, selon elle, « d’améliorer notre temps de révision et surtout sa qualité ». Pour les enseignants, l’outil ne représente pas nécessairement une charge supplémentaire : le fait de centraliser les cours sur une même plateforme permet au contraire, selon Thomas Zeroual, de gagner du temps.
« Un étudiant augmenté n’est pas un étudiant assisté. L’IA doit amplifier l’étudiant, pas le remplacer.«
Elisabetta Magnaghi – Directrice générale – ESCE
Former des diplômés capables de comprendre, maîtriser et agir : c’est l’ambition affichée par l’ESCE. Des profils polyglottes, capables d’évoluer dans des environnements complexes, d’utiliser l’IA avec discernement et de prendre en main leur employabilité. « Il n’attend pas qu’on le fasse pour lui », résume Elisabetta Magnaghi.
Dès le second semestre 2026-2027, trois projets seront déployés avec des élèves-ingénieurs de l’Intelligence Lab. « Mon agent » invitera chaque étudiant à concevoir un agent d’IA appliqué au commerce international, puis à en présenter les capacités et les limites devant un jury. Avec le « Stage augmenté », il devra identifier en entreprise un processus susceptible d’être amélioré par l’IA et mesurer son impact. Enfin, le « Mentorat inversé » permettra aux étudiants de transmettre leurs usages de l’IA à des diplômés et dirigeants, en échange de leur expérience professionnelle. « Nous voulons former des managers capables de spécifier un outil, de le vérifier et d’en répondre. »
L’ESCE a par ailleurs dévoilé sa nouvelle signature, « Decode the World », accompagnée de « Say HI to AI ». Deux formules qui résument une conviction : « c’est l’intelligence humaine qui doit mener la conversation » avec l’intelligence artificielle.
