IP Paris accélère et prépare sa sortie de l'expérimentation

IP Paris accélère et prépare sa sortie de l’expérimentation

Six ans après sa création, l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris) a présenté le 29 septembre 2026, à l’occasion de sa conférence de presse annuelle, une feuille de route qui assume son tournant vers la défense et la souveraineté, mise sur la recherche à risque et veut renforcer son attractivité internationale. Quelles sont les six écoles d’IP Paris et que pèse l’Institut aujourd’hui ? Quels nouveaux programmes ouvrent en défense, en robotique, en intelligence artificielle ou autour du climat ? Que signifie la sortie de l’expérimentation prévue début 2027, et quelles échéances attendent l’Institut d’ici là ? Thierry Coulhon, président du directoire, et les directeurs des écoles membres ont aussi répondu aux grands enjeux actuels : décrochage de la recherche française, avenir des financements France 2030, féminisation des filières scientifiques… Voici l’essentiel de ce qu’il faut retenir.

Par Thibaud Arnoult

 

 

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Défense, climat, recherche fondamentale : à quoi ressemble le campus d'IP Paris en 2026 ?

Avec 11 300 étudiants et un taux d’insertion professionnelle de 96 % à douze mois, IP Paris fédère l’École polytechnique, l’ENSTA, l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC), l’ENSAE Paris, Télécom Paris et Télécom SudParis. Lors de la conférence de presse du 29 septembre, Thierry Coulhon s’est attaché à démontrer que ces six écoles forment désormais un ensemble cohérent. Pour le président du directoire, l’enjeu est d’avoir fait d’IP Paris, en quelques années, « un institut de sciences et de technologies qui compte parmi les références mondiales ».

Le tout à quelques mois d’une échéance institutionnelle majeure : la sortie du statut expérimental, prévue début 2027.

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11 300 étudiants, 96 % d’insertion professionnelle à douze mois et six écoles membres : IP Paris se présente comme un ensemble désormais cohérent, six ans après sa création.

Un Institut de défense sur le campus de l’X

La défense et la souveraineté font partie de l’ADN de l’Institut, dont deux écoles, Polytechnique et l’ENSTA, relèvent du ministère des Armées. Celui-ci a engagé en mars 2025 une montée en puissance de ses activités sur le plateau, avec l’installation du pôle recherche de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) au X-Novation Center. L’étape suivante prendra la forme d’un Institut de défense, construit sur le campus de l’École polytechnique grâce à 15 millions d’euros apportés par le ministère. Il réunira le pôle recherche de l’AMIAD, le Centre interdisciplinaire d’études pour la défense et la sécurité (CIEDS) d’IP Paris, le Lab Quantique de Défense de l’Agence de l’innovation de défense (AID) et des équipes spécialisées en cybersécurité, avec des effectifs appelés à croître jusqu’en 2030.

L’offre de formation suit le mouvement. Depuis cette rentrée, tous les élèves du cycle ingénieur de l’École polytechnique suivent un cours obligatoire consacré à la défense et à la souveraineté. Les autres écoles ouvrent elles aussi des parcours dédiés, en lien avec le ministère des Armées, la DGA ou les industriels du secteur.

Portée par quatre écoles de l’Institut et quatre industriels, la chaire Architecture des systèmes complexes forme à la conception d’ensembles aussi lourds que le porte-avions de nouvelle génération.

La robotique, nouveau champ d’excellence

IP Paris revendique une masse critique de 51 enseignants-chercheurs en robotique, spécialistes de l’intelligence artificielle, des systèmes embarqués, de la vision ou des systèmes multi-robots, avec des applications dans la défense, le maritime, l’industrie et la construction. L’Institut s’appuie notamment sur le LARIAD, laboratoire commun de l’ENSTA et de l’AMIAD dédié à la robotique de défense, sur un bassin d’expérimentation air-mer inauguré cette année à Brest et sur une future arène à drones à Palaiseau, présentée comme l’une des plus grandes volières à drones d’Europe et soutenue par la Région Île-de-France.

La convention signée en décembre 2025 avec l’ONERA doit se traduire par un nouveau bâtiment consacré à l’aérodynamique, à l’aéroélasticité et à l’acoustique. L’Institut envisage à terme de fédérer ces forces au sein d’un Institut ou Centre de robotique.

Le campus comme terrain d’expérimentation climatique

Le campus de Palaiseau doit aussi devenir un laboratoire à ciel ouvert pour tester, en conditions réelles, des solutions de décarbonation. Plusieurs démonstrateurs installés à l’École polytechnique en donnent un aperçu : AXEN teste un modèle visant 60 % de réduction de la consommation énergétique et 80 % de réduction des émissions de CO₂, tandis que XSeaO2 explore la transformation du CO₂ dissous dans l’eau de mer en carburants synthétiques, deux projets rendus possibles en partie par le don d’Agnès et Stéphane Ifker (X 1993). À Télécom Paris, le projet Smart Garden s’attaque aux îlots de chaleur urbains grâce à des objets connectés capables de produire ou de récolter leur propre énergie.

Le volet immobilier accompagne cette ambition. Outre Rénov’X, qui prévoit la rénovation du bâtiment central et des laboratoires de l’X, l’École nationale des ponts et chaussées s’installera à l’horizon 2029 dans le futur bâtiment « Le Central », qui comptera 170 postes de travail et pourra accueillir près de 350 étudiants simultanément. IP Paris prépare enfin, avec le CEA et IFP Énergies nouvelles, un Institut des technologies de l’électrification dont l’ENPC piloterait les projets partenariaux.

De nouveaux lieux pour la recherche fondamentale

Rendu possible par l’engagement de Bernard Arnault, l’Institut de mathématiques et de sciences fondamentales annoncé cet été par l’École polytechnique doit ouvrir vers 2030 au cœur du campus, avec l’ambition d’en faire un lieu d’accueil et de dialogue pour la communauté scientifique internationale. Un nouveau bâtiment de physique, dont la livraison est prévue début 2028, réunira par ailleurs deux unités mixtes de l’X et du CNRS, le Laboratoire de physique des interfaces et des couches minces (LPICM) et le Laboratoire Leprince-Ringuet (LLR).

Recherche à risque, startups, Europe et Asie : comment IP Paris veut-il peser à l'international ?

FRONTIERS, un pari sur la recherche à risque

Pour sa première édition, l’appel à projets FRONTIERS, lancé en 2026, a engagé 2,25 millions d’euros : 15 projets ont été retenus parmi 72 candidatures, avec 150 000 euros chacun sur une durée pouvant atteindre 48 mois. Les lauréats couvrent un large spectre, du refroidissement laser de matériaux 2D aux nouveaux systèmes quantiques, en passant par les matériaux architecturés extrêmes, l’IA appliquée à la géofinance ou la biologie cellulaire. L’Institut veut en faire un tremplin vers des financements de plus grande ampleur, France 2030 ou Conseil européen de la recherche (ERC), un exercice dans lequel les équipes françaises doivent encore progresser.

Des laboratoires aux startups

L’Institut consolide aussi la chaîne qui mène de ses 45 laboratoires à la création d’entreprises. Créé en 2025, son Innovation Lab a fait progresser de 40 % la détection de projets à fort potentiel, et près d’un million d’euros par an financent la prématuration de 10 à 15 projets deeptech, une enveloppe appelée à croître grâce au projet A2-Line, mené avec la SATT et l’Université Paris-Saclay et soutenu par la Région. Un nouvel appel à projets vise par ailleurs les doctorants, afin de les sensibiliser plus tôt au potentiel de valorisation de leurs travaux.

Avec cinq incubateurs et des fonds d’amorçage comme Polytechnique Ventures, IP Paris accompagne plus de 120 startups chaque année. Parmi les exemples mis en avant figurent Plasana Medical, qui exploite les plasmas froids pour traiter les plaies complexes, une application précieuse pour les militaires, Allivia, qui conçoit des capteurs pour les prothèses d’athlètes handisport afin de mesurer la pression et de limiter la douleur, ou ShiftElec, fondée par une étudiante pour optimiser grâce à l’IA la consommation électrique des usines.

L’Europe en priorité

La présidence de l’alliance EuroTech, assurée par IP Paris en 2026, sert de point d’appui à la stratégie européenne de l’Institut. Composée de six universités technologiques fondatrices, l’alliance s’élargira cette année au CTU de Prague et à TalTech (Tallinn), autour de quatre domaines jugés stratégiques : l’IA pour la robotique, les systèmes énergétiques, les semi-conducteurs, la photonique et le quantique, enfin les biotechnologies. Présentée en mars puis défendue à Bruxelles, la stratégie EuroTech 2030 entend rendre la coopération plus opérationnelle, par exemple grâce à des séjours de recherche d’une à deux semaines dans une université membre ou à un accompagnement des chercheurs dans le montage de projets Horizon Europe.

S’y ajoutent un partenariat avec le KTH suédois, engagé en 2025, l’AI Corridor conçu avec HEC Paris, l’université Paris-Saclay, Oxford et Cambridge autour d’une IA « performante, frugale et de confiance », ainsi que la participation de l’ENPC à l’alliance EELISA. Pour Thierry Coulhon, l’enjeu est aussi de « préserver la capacité de l’Europe à maîtriser ses choix technologiques ».

« Face à la compétition technologique mondiale, l’échelle européenne est indispensable pour atteindre une masse critique.« 

Thierry Coulhon – Président du directoire – Institut Polytechnique de Paris

La recherche duale se pense désormais entre Européens

Ce recentrage touche jusqu’à la recherche duale, à la fois civile et militaire. Interrogé sur les relations avec Israël, et notamment sur le cas du Technion, Thierry Coulhon a été clair : « Nous ne faisons pas de recherche duale avec Israël. Nous n’en faisons d’ailleurs pas tellement en dehors d’un cercle européen assez restreint. » Il observe un changement d’état d’esprit chez ses partenaires : « Au sein d’EuroTech, les collègues de la DTU, d’Eindhoven et de la TUM m’ont proposé d’ouvrir un échange dans un cadre purement européen. C’est une question de recherche duale. Il y a quelques années, ils ne voulaient pas en parler, en particulier les Allemands. » Il y voit à la fois l’effet du contexte géopolitique et celui de nouvelles opportunités de financement.

L’Asie comme nouveau front de coopération

Hors d’Europe, l’effort se porte sur l’Asie. L’Inde est devenue un partenaire important, notamment en intelligence artificielle : IP Paris a joué un rôle de premier plan lors des rencontres universitaires et scientifiques de l’India AI Impact Summit 2026, et l’École polytechnique comme Télécom Paris développent des coopérations avec l’IIT Delhi. Des accords avec l’Université de Tokyo, l’Institute of Science Tokyo et le RIKEN-AIP doivent être signés en octobre, avant ceux prévus cet automne avec la Seoul National University et l’université Yonsei. À Singapour, un double diplôme est développé avec la NUS, et l’Institut étudie l’ouverture d’un bureau en Asie, dont la localisation reste à arrêter. Quinze projets scientifiques communs ont par ailleurs bénéficié cette année de financements d’amorçage.

Talents : l’international progresse

Avec 43 % d’étudiants internationaux, et une proportion identique parmi ses enseignants-chercheurs, IP Paris revendique une attractivité en hausse. Ses Masters et PhD Tracks comptent 1 280 étudiants à la rentrée, soit 15,5 % de plus qu’il y a un an et 68 % de plus qu’en 2021. Interrogé sur l’harmonisation progressive des exonérations de frais d’inscription pour les étudiants étrangers, Thierry Coulhon a assuré que la question se posait peu pour l’Institut, qui exonère peu, pratique des frais « tout à fait modérés » au regard de ses concurrents internationaux et accorde des bourses aux profils les plus brillants.

L’IA partout dans les cursus

L’intelligence artificielle tire cette dynamique. Grâce aux financements obtenus dans le cadre d’IA Cluster (France 2030), l’Institut propose 24 programmes de formation en IA, dont 10 créés depuis 2023 au sein du centre Hi! PARIS, cofondé avec HEC Paris, et plus de 1 300 étudiants seront diplômés d’un programme en IA en 2026, 40 % de plus qu’en 2023. Tous les élèves suivent désormais au moins un enseignement d’IA appliquée, Télécom SudParis intègre un certificat en IA à son cursus ingénieur, et de nouveaux MSc&T, comme Large Language Models, Graphs and Applications à l’X ou AI for Markets and Quantitative Investment avec l’ENSAE Paris, croisent l’IA avec ses disciplines d’application.

Indicateur Valeur Précision
Programmes de formation en IA
24
dont 10 créés depuis 2023 au sein de Hi! PARIS
Diplômés d'un programme en IA en 2026
1 300+
40 % de plus qu'en 2023
Étudiants en Masters et PhD Tracks
1 280
+15,5 % en un an, +68 % depuis 2021
Étudiants internationaux
43 %
même proportion parmi les enseignants-chercheurs
Part des femmes en Masters et PhD Tracks
29,5 %
contre 26,6 % un an plus tôt

Invité à dire si l’Institut réserve une place à une forme de « décélération », Thierry Coulhon s’en tient au rôle d’éclaireur : « Ce n’est pas à nous de proposer les grands choix de société. En revanche, nous pouvons les éclairer. Notre travail, c’est de mettre de la rationalité dans ces débats et de proposer des technologies qui permettent, par exemple, d’opérer correctement la transition écologique. » Sur l’IA, il reconnaît « une tension, face à laquelle nous sommes tous », entre ses promesses, en matière de santé comme de transition écologique, et sa forte consommation d’énergie. Faute d’accès aux modèles à plusieurs milliards de paramètres, « nos chercheurs doivent travailler sur des modèles plus frugaux », relève-t-il, ce qui place selon lui l’Institut « plutôt du bon côté du débat ».

Retenir les chercheurs

Pour attirer et fidéliser les chercheurs, IP Paris combine plusieurs leviers : le programme Gaspard Monge Visiting Professor de l’X, qui accueille chaque année pour quatre à douze mois des chercheurs de très haut niveau, les recrutements de Hi! PARIS, qui a permis depuis 2024 de recruter 11 titulaires de chaires externes et 11 enseignants-chercheurs et de financer 50 doctorants et 75 postdoctorants, ou encore la création de 21 chaires internes. Jérôme Lesueur, directeur adjoint de l’ENPC, a reçu une mission pour bâtir une politique d’attractivité à l’échelle de l’Institut. En 2025, les chercheurs d’IP Paris ont obtenu 10 % des ERC Starting Grants attribuées en France.

Féminisation : « On n’est pas résignés du tout »

Sur la diversité sociale et la parité, la part des femmes progresse légèrement dans les Masters et PhD Tracks, à 29,5 % contre 26,6 % un an plus tôt. Interpellé sur une forme de résignation, alors que CentraleSupélec et l’Institut Mines-Télécom affichent des objectifs chiffrés autour de 30 %, Thierry Coulhon s’en défend : « Nous ne sommes pas résignés du tout. C’est une question qui nous turlupine, sur laquelle on réfléchit sans avoir les solutions, et ce n’est pas un problème propre à la France. » Il fait sien l’objectif de 30 %, « le moment où vous créez un univers dans lequel les femmes se sentent accueillies ».

« Nous ne sommes pas résignés du tout. C’est une question qui nous turlupine, sur laquelle on réfléchit sans avoir les solutions, et ce n’est pas un problème propre à la France.« 

Thierry Coulhon – Président du directoire – Institut Polytechnique de Paris

Directeur de Télécom SudParis, François Dellacherie situe la part des femmes dans son école entre 25 et 26 %, un niveau très proche de celui du vivier des classes préparatoires scientifiques, où la filière MP reste moins féminisée que les filières orientées vers la physique-chimie. « Une vraie question pour la nation, c’est de savoir comment améliorer en amont le vivier des jeunes filles dans les classes préparatoires, et encore plus en amont dans les lycées, dès le choix des spécialités scientifiques », estime-t-il. Patrick Olivier, Directeur de Télécom Paris, a souligné l’enjeu du sens, en citant le nouveau diplôme ouvert avec AgroParisTech sur le numérique au service des transitions agroécologiques : les jeunes femmes se tournant davantage vers la santé, la biologie ou l’environnement, les écoles doivent montrer « en quoi [leurs] métiers répondent aux grands enjeux de la société ».

Nouveau Directeur général de l’École polytechnique depuis le 1er septembre, Bruno Bellier a tenu à réaffirmer l’engagement de l’école en faveur de l’égalité des chances et de la féminisation. L’X finance des recherches sur la formation des biais de genre dans la représentation des études et des métiers scientifiques, et travaille avec des proviseurs de classes préparatoires sur les conditions susceptibles de favoriser l’accès des filles.

L’Observatoire de l’égalité des chances, lancé en décembre avec les ENS, consacrera l’un de ses premiers travaux à la place des femmes dans les sciences, tandis que le projet OrienteXpress, porté par l’économiste Guillaume Hollard (CNRS, X, CREST), exploite les données de Pronote pour comprendre ce qui freine l’orientation des jeunes vers les filières scientifiques. Le CPES Paris-Saclay, auquel contribue l’institut, illustre enfin la diversification des voies d’accès : sa première promotion, diplômée cet été, a décroché 33 intégrations dans des formations de très haut niveau, dont Polytechnique, Télécom Paris, HEC Paris, CentraleSupélec ou le KTH.

2026-2027, une séquence institutionnelle décisive

Trois échéances rythmeront l’année : la nomination, cet automne, d’un président du conseil d’administration commun à IP Paris et à l’École polytechnique, la signature en décembre du contrat d’objectifs et de performance (COP) 2027-2031, puis la transformation de l’Institut en grand établissement début 2027, à l’issue de la période d’expérimentation. Le comité d’évaluation du Hcéres a rendu sur ce point un avis favorable le 7 septembre.

Un président commun pour l’X et IP Paris

La nomination d’un président du conseil d’administration commun doit clore le chapitre ouvert en septembre 2023 sur l’évolution de la gouvernance. Ce cumul n’est pas imposé par les textes, a précisé Thierry Coulhon, même si l’intention prêtée au gouvernement est bien de nommer une seule et même personnalité. Il a comparé ce schéma à celui des universités australiennes, où un chancellor, ancien ministre ou capitaine d’industrie, préside l’institution tandis qu’un vice-chancellor en assure au quotidien la direction exécutive.

Retraçant l’histoire de l’Institut, il estime qu’un président commun permettrait de « rétablir symboliquement une conjonction ». Bruno Bellier a abondé dans ce sens : le président du conseil d’administration exerce un rôle d’orientation stratégique, les fonctions exécutives restant entre les mains des directeurs généraux, et « un alignement stratégique entre IP Paris et l’École polytechnique est hautement souhaitable », car « essentiel à la performance globale » de l’Institut.

Avec l’Institut Mines-Télécom, dont relèvent Télécom Paris et Télécom SudParis, Thierry Coulhon décrit « une époque de pragmatisme » et de relations fonctionnelles entre deux projets de nature différente, qui doivent s’articuler : un acteur de rang international d’un côté, un réseau plus proche des entreprises et des territoires de l’autre.

HEC Paris, « l’un des premiers sujets »

Avec HEC Paris, partenaire historique avec lequel IP Paris a cofondé le centre Hi! PARIS, Thierry Coulhon esquisse un rapprochement plus ambitieux, sans en dévoiler le contenu. Il annonce que le sujet figurera parmi les premiers dossiers du futur président ou de la future présidente du conseil d’administration. Pressé de préciser ce que recouvre la « dimension nouvelle » promise au partenariat, il reconnaît faire « du teasing » : « Il va y avoir du nouveau. »

« HEC, c’est une marque superbe. Polytechnique, au sens large comme au sens restreint, c’est une marque superbe. Il ne faut ni les abandonner, ni les confondre, ni les mélanger. Il faut les allier.« 

Thierry Coulhon – Président du directoire – Institut Polytechnique de Paris

Un COP signé avec deux ministères de tutelle

Le COP liera l’Institut à ses deux ministères de tutelle, les Armées et l’Économie et les Finances, en associant ceux de l’Enseignement supérieur et de la Transition écologique, représentés au conseil d’administration. Le ministère de l’Enseignement supérieur n’exerçant pas de tutelle formelle, ni sur IP Paris ni sur ses écoles, même s’il porte le processus de sortie de l’expérimentation, a précisé Thierry Coulhon. Le contrat s’articulera autour de trois enjeux transversaux, la responsabilité sociétale (climat et diversité compris), la souveraineté et la défense, l’IA et le numérique, déclinés dans la consolidation du modèle économique et institutionnel, la recherche d’excellence, la formation, les partenariats internationaux et industriels, ainsi que l’agilité de l’organisation au service des écoles. Les écoles qui négocient leur propre contrat avec leur tutelle, comme l’ENSTA, veillent à ce que leurs objectifs et indicateurs s’articulent avec ceux de l’Institut.

La question des moyens

Reste la question des financements, soulevée par le rapport du Hcéres, qui pointe la nécessité de trouver de nouvelles ressources avec la fin de France 2030. La « falaise » de France 2030 paraît « relativement préoccupante », mais le problème concerne l’ensemble de la recherche française : « Je ne sais pas qui gouvernera le pays à partir de 2027, mais ceux qui gouverneront seront face à cette question. »

Plus problématique à ses yeux, IP Paris ne bénéficie pas, pour des raisons historiques, d’un financement d’excellence pérenne de type Idex. « Ce ne serait peut-être pas complètement indécent qu’on nous donne un financement de cette nature. Si nous pouvions avoir quinze millions d’euros, nous saurions quoi en faire », glisse-t-il, sans préciser s’il s’agirait d’un montant annuel, plusieurs hypothèses étant à l’étude. « Cela peut s’appeler Idex, cela peut s’appeler comme on veut », ajoute-t-il, en plaidant pour « une certaine visibilité dans le temps », à défaut de pérennité.

Six ans après sa création, l’Institut estime que son modèle, ses capacités scientifiques et ses alliances peuvent désormais produire pleinement leurs effets. Il lui reste à en convaincre l’État, dans un contexte budgétaire et politique que Thierry Coulhon lui-même qualifie d’incertain.