Erasmus Days 2026 : une dixième édition consacrée aux compétences et à l’insertion professionnelle
Lors d’une conférence de presse organisée le 8 octobre 2026 au ministère du Travail, Nelly Fesseau, directrice de l’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation, a présenté la 10e édition des Erasmus Days, qui se tient du 12 au 17 octobre. Placée sous le thème des compétences, elle entend rappeler que la mobilité européenne concerne aussi les lycéens professionnels, les apprentis et les jeunes sans diplôme, et qu’elle pèse sur l’accès à l’emploi.
Par Aymeric Cadoret
Le thème retenu cette année, « Apprendre et s’épanouir : des talents pour demain », vise d’abord à corriger une idée reçue. « Erasmus+ ne s’adresse pas uniquement aux étudiants, rappelle Nelly Fesseau. Il concerne également les publics scolaires, la voie professionnelle et l’éducation des adultes. » Elle ajoute : « La mobilité n’est pas une activité annexe. Elle a trouvé sa place dans les parcours des lycéens, des apprentis et des étudiants. »
Nés en France en 2017 à l’initiative de l’agence, les Erasmus Days réunissaient lors de leur première édition 625 établissements ou événements dans onze pays. L’an dernier, plus de 10 000 événements ont été organisés dans 59 pays, dont plus de 2 000 en France. « Initiative française à l’origine, la manifestation est devenue un rendez-vous européen et international », résume Nelly Fesseau. Cette édition anniversaire est placée sous le haut patronage du président de la République et du Parlement européen. Plus de 18 millions d’Européens ont bénéficié du programme depuis sa création, dont plus de deux millions de Français. Autant de parcours que les Erasmus Days invitent à partager, afin d’« expliquer en quoi Erasmus a été une expérience majeure » dans une vie, selon la directrice. Erasmus+ fêtera ses 40 ans le 15 juin 2027.
Selon l’agence, 84 % des participants déclarent avoir renforcé leurs compétences transversales, 90 % estiment avoir amélioré leurs compétences linguistiques et 89 % disent ressentir des effets positifs sur leur vie professionnelle cinq ans après leur mobilité.
D’après des travaux menés avec le Céreq, un étudiant passé par une mobilité Erasmus+ perçoit en moyenne 500 euros brut mensuels de plus sur son premier salaire qu’un étudiant qui n’en a pas bénéficié. Il accède aussi plus vite à l’emploi : quatre mois en moyenne, contre cinq mois et demi. Nelly Fesseau y voit « un réel accélérateur de compétences et d’insertion professionnelle ». Entre 2021 et 2026, la part des stages professionnalisants est passée de 50 % à 60 % des mobilités des apprenants du supérieur et de la voie professionnelle. Au titre de l’appel à projets 2026, l’agence financera plus de 200 000 mobilités, y compris pour des demandeurs d’emploi, des enseignants et des formateurs.
La directrice revient aussi sur la proposition de loi portée par Sylvain Maillard, qui a permis de lever plusieurs freins à la mobilité longue des apprentis : droit du travail, statut différent d’un pays à l’autre, responsabilité des employeurs et des maîtres d’apprentissage. « Nous construisons aujourd’hui une véritable culture professionnelle européenne », estime-t-elle.
Nadia Bellaoui, présidente de l’Agence du service civique, a présenté le volet jeunesse et engagement du programme. « L’apprentissage ne se limite pas aux bancs de l’école », souligne-t-elle. Elle juge décisives les compétences psychosociales acquises dans l’engagement : « Nous savons peu de choses des métiers de demain. Une certitude demeure : les professionnels devront faire preuve d’autonomie, d’esprit critique, peut-être même d’empathie, ainsi que d’une capacité à travailler en collectif. »
Pour faire reconnaître ces acquis, elle cite le Youthpass, outil européen d’autoévaluation qui « devient un sésame » pour les jeunes. Selon elle, 83 % des jeunes sortant d’une expérience d’engagement la jugent décisive pour leur développement personnel et 75 % utile à leur parcours scolaire ou éducatif. Elle insiste sur l’absence de prérequis de diplôme : « Si les jeunes sont attachés à ces programmes, c’est parce qu’ils sont ouverts à tous. » Alors que la programmation 2028-2034 est en cours de négociation, elle souhaite qu’Erasmus+ reste « un programme fortement porté budgétairement ».
Elsa Furtado, responsable des échanges et de la coopération chez WorldSkills France, a présenté l’action de l’organisme, porteur de projets auprès de l’agence depuis 2020. Sa compétition nationale, organisée tous les deux ans, réunit plus de 800 jeunes dans plus de 60 métiers. Les compétitions européennes rassemblent 36 pays et entre 600 et 800 jeunes. Il s’agit de valoriser une filière professionnelle encore souvent « choisie par défaut », explique-t-elle.
« Ces compétitions constituent un accélérateur de compétences et un véritable levier de carrière », affirme Elsa Furtado. Elle cite l’exemple de Guerlain, qui recrute systématiquement des compétitrices et compétiteurs en soins esthétiques à l’issue des épreuves européennes. Le seul critère de sélection est l’âge, 23 ans au plus pour les compétitions européennes, 25 ans pour certains métiers de l’industrie. « Ni la qualification, ni le diplôme, ni le parcours ne sont pris en compte », précise-t-elle.
Leïa Couvé, élève du lycée professionnel Antoine-Lavoisier, dans l’Oise, a effectué à 17 ans un stage d’un mois dans une école maternelle Montessori à Vicence, en Italie. « Au bout d’une semaine, j’ai pris conscience que j’étais capable d’agir par moi-même, sans avoir besoin d’être guidée », raconte-t-elle.
Lazhar Benchelloug, médaillé d’excellence à la finale WorldSkills 2025, a passé deux semaines dans un laboratoire d’informatique et de robotique à Zagreb, dans le cadre de ses études à Perpignan. Il y a découvert une pédagogie plus pratique qu’en France, mais aussi des points communs : « On prend conscience que nos parcours et ceux des autres Européens sont très proches, malgré nos différences. »
Ahmet Yildrim a voyagé seul à 19 ans grâce à DiscoverEU. « J’étais très replié sur moi-même. Ce voyage m’a permis de gagner en autonomie, de prendre confiance en moi et de me projeter au-delà de mes compétences », confie celui qui effectue aujourd’hui un master de finance.
Sophie Lixon, ancienne volontaire européenne également passée par le programme DiscoverEU, invite les hésitants à « saisir cette opportunité », ouverte de 18 à 30 ans pour le volontariat européen.
Mathilde Michon, qui accompagne cinq jeunes bénéficiaires du programme DiscoverEU dans leurs démarches administratives au cours de leur voyage, évoque les blocages linguistiques : « En France, l’apprentissage des langues reste très normé : la moindre faute de grammaire est vécue comme un échec. » À l’étranger, constate-t-elle, les jeunes découvrent qu’on les comprend et prennent confiance, un déclic qui leur profite dans la sphère professionnelle comme dans la sphère personnelle.
Interrogée sur la voie professionnelle, Nelly Fesseau a décrit le travail mené pendant la programmation 2021-2027 (référents mobilité dans les CFA, travail avec les rectorats) pour qu’un élève de lycée professionnel puisse se dire « moi aussi, je peux effectuer une mobilité ». En 2022, l’agence satisfaisait toutes les demandes. Dès 2023, la demande des secteurs scolaire et professionnel progressait de 300 à 400 % par an, au-delà de ce que permettait la hausse du budget.
Selon les éléments présentés, le budget d’Erasmus+ est en hausse de 50 %, le programme étant préservé en tant que tel. Le Royaume-Uni réintègre le programme pour une année test en 2027, afin d’évaluer son éventuelle participation à la programmation 2028-2034. Le British Council sera chargé de sa mise en œuvre.
Jusqu’au 17 octobre, des milliers d’événements seront organisés dans les six secteurs du programme. Le 12 octobre, à l’université de Lille, la Croix-Rouge interrogera les liens entre engagement et résilience. Le lendemain, à Nantes, Nadia Bellaoui ira à la rencontre des 16-18 ans des clubs ados et espaces jeunes, un public qu’elle reconnaît difficile à mobiliser. Le 15 octobre, la Sorbonne accueillera une rencontre organisée par Euroapp Mobility et Jean Arthuis sur la mobilité européenne des apprentis. Viendront ensuite le retour du Royaume-Uni en 2027, les quarante ans du programme le 15 juin de la même année et, surtout, la négociation de la programmation 2028-2034, dont dépendra le nombre de jeunes qui pourront partir.
