« Parlez de votre idée à tout le monde » : le cofondateur d'Ornikar livre ses secrets aux futurs entrepreneurs

Entrepreneuriat : « Parlez de votre idée à tout le monde » : le cofondateur d’Ornikar livre ses secrets aux futurs entrepreneurs

Diplômé de KEDGE Business School en 2011, Benjamin Gaignault a cofondé l’auto-école en ligne Ornikar, puis le courtier en ligne Skarlett. Quinze ans après sa sortie d’école, il revient sur le campus marseillais de KEDGE Business School avec un projet inédit : lancer un parcours entrepreneurial dans lequel 40 étudiants créeront une véritable entreprise en un semestre. Pour Thotis, il revient sans détour sur son parcours, son rapport à l’argent, la part de chance dans la réussite et les échecs qui jalonnent une aventure entrepreneuriale.

Par Valentine Dunyach

En première année d’école de commerce, il cherchait, selon ses propres mots, à « en faire le moins possible, profiter et avoir son diplôme ». Aujourd’hui, il partage avec les étudiants son expérience de terrain pour compléter et enrichir les enseignements théoriques dispensés en cours : comment créer concrètement une entreprise. Le cofondateur d’Ornikar, pionnier de l’apprentissage de la conduite en ligne en France, partage des conseils à rebours des discours classiques sur l’entrepreneuriat. Rencontre.

Un parcours singulier

Le véritable tournant de son parcours intervient avec l’alternance, En effet, encouragé par l’école il termine son cursus en apprentissage : « Le fait de pouvoir combiner les études et un début dans le monde du travail m’a permis de comprendre pas mal de choses avant les autres », explique-t-il. Au-delà de l’expérience professionnelle, cette immersion lui permet aussi de constituer un capital précieux pour se lancer dans l’entrepreneuriat dès la sortie de l’école.

Une motivation financière et une aspiration pour la liberté

Chez Benjamin Gaignault, pas de grand discours sur la vocation ou les modèles qui inspirent. Lorsqu’on l’interroge sur ce qui le pousse à entreprendre, il répond sans détour : « Je savais exactement ce que je voulais et quel était mon “driver”. Et mon driver, c’est l’argent. ». Une réponse en apparence provocatrice, qui traduit surtout une conscience claire de ses propres motivations.

Issu d’une « bourgeoisie agricole », il explique n’avoir « manqué de rien ». Mais il réalise aussi que la vie qu’il souhaite mener lui semble difficilement accessible par la voie salariale. « Je n’avais pas les capacités, et je ne les ai toujours pas, d’être un top manager dans une boîte. Il fallait donc trouver comment hacker ma carrière. »

Plutôt que de gravir les échelons d’une entreprise, Benjamin Gaignault choisit une autre voie. Impatient de nature, il voit dans l’entrepreneuriat un pari risqué, mais potentiellement très rémunérateur.

Derrière cette motivation financière assumée se dessine pourtant une aspiration plus profonde : la liberté. Issu d’une famille d’indépendants, il a grandi auprès de parents qui n’avaient « pas de comptes à rendre à des supérieurs ». Un modèle qui a nourri son envie de tracer sa propre voie. « Mon vrai driver est probablement la liberté. Mais la liberté, ça se finance. », confie-t-il.

Ornikar, un pari qui avait « 50% de chance » d’aboutir

L’histoire d’Ornikar commence en avril 2013, lorsqu’un associé lui propose de concevoir des outils pour les auto-écoles. Le projet n’aboutit pas, et les deux hommes décident de devenir eux-mêmes une auto-école. « Si on m’avait proposé de monter une boîte pour ramasser les crottes de chien en papier recyclé, j’y serais allé », plaisante-t-il. À l’entourage qui juge le secteur « pas très glamour », il oppose un marché « de dingue ».

Benjamin Gaignault insiste pourtant sur la part d’aléa. « La réussite d’une boîte, c’est 50% de chance. Ceux qui réussissent ne sont pas d’accord, ceux qui échouent le sont assez. » Son modèle, au lancement, n’était pas légal. L’arrivée d’Emmanuel Macron au ministère de l’Économie et l’ouverture des professions réglementées changent la donne. « Il nous a ouvert un boulevard. C’est un coup de chance. Sans ça, il n’y aurait pas eu d’Ornikar. »

Le contre-exemple viendra en 2023avec Skarlett, courtier en ligne destiné aux plus de 60 ans, lancé pour éviter tout chevauchement avec Ornikar, dont il préside toujours le conseil d’administration. « Le marché de l’immobilier était en plein boom. Huit mois plus tard, crise de l’immobilier. Ce sont des choses qu’on ne maîtrise pas. »

Deux erreurs qui tuent une entreprise : Benjamin Gaignault partage ses leçons d’entrepreneuriat

Depuis son départ d’Ornikar, l’entrepreneur a monté quatre sociétés ; trois continuent aujourd’hui d’exister tandis que l’une n’est plus. De cette expérience, il tire deux pièges majeurs.

Le premier est ce qu’il nomme le « défocus » : « Quand on commence à monter une boîte, on voit plein de choses qu’on pourrait lancer, qui paraissent toujours de très bonnes idées sur le papier, mais qui vous éloignent de votre idée principale. »

Il se décrit comme « le gardien du temple du focus » auprès des équipes qu’il conseille, tout en admettant se battre pour le rester.

Le second concerne les erreurs de recrutement « Il faut recruter quand ça fait vraiment mal, quand vous n’arrivez plus du tout à gérer sans. » Et ne pas hésiter à trancher : « Une mauvaise recrue, une personne qui n’est pas au bon endroit au bon moment, c’est destructeur pour une boîte. »

« L’idée, c’est 5 % d’une boîte »

À ceux qui protègent jalousement leur concept, Benjamin Gaignault adresse un conseil contre-intuitif : « Parlez de votre idée à tout le monde. Croire qu’on va se la faire voler, c’est penser qu’elle est tellement révolutionnaire que sur plusieurs milliards d’êtres humains, personne d’autre ne l’a eue ». Les critiques, inévitables en France selon lui, sont « de l’audit gratuit ». Ornikar comme Skarlett, sont d’ailleurs nées de discussions avec des personnes « qui auraient pu lui piquer l’idée ».

Sa conviction tient en une formule : « L’idée, c’est 5 % d’une boîte. L’exécution, c’est 95 % de la réussite. » Il rappelle que des dizaines de réseaux sociaux ont précédé Facebook, des dizaines de sociétés de VTC ont précédé Uber. Au début d’Ornikar, il détaillait même son business model dans chaque interview : « Je veux gagner parce que je suis le meilleur, pas parce que je suis le seul. »

Construire et entretenir son réseau : ce qu’il aurait aimé comprendre plus tôt

Avec le recul, Benjamin Gaignault tire une leçon majeure de ses années en école de commerce : « Ce qui fait une école, ce ne sont pas seulement les professeurs ni les cours, mais surtout le réseau. » Une conviction qu’il forge au contact de ses associés successifs, l’un diplômé de l’ESSCA, l’autre d’HEC. Il découvre alors la force de ces communautés d’anciens élèves, capables de mobiliser rapidement des milliers de contacts. « Quand un membre du réseau d’une business school a besoin de quelque chose, il envoie un mail dans une boucle de quatre ou cinq mille personnes et reçoit trente réponses dans la minute. »

Avec KEDGE, les retrouvailles se révèlent positives. Deux ou trois ans après le lancement d’Ornikar, l’école le recontacte pour le mettre à l’honneur. Depuis, l’ancien élève s’investit notamment dans les oraux d’admission, avec une mission qu’il s’est lui-même fixée : « éduquer » les candidats à l’importance du réseau. Car celui-ci ne se décrète pas et ne s’acquiert pas avec un diplôme. « Un réseau, ça se construit, ça s’entretient. C’est à chaque élève de se faire le sien. »

Un semestre pour créer une vraie entreprise : le pari du programme de KEDGE co imaginé avec le cofondateur d’Ornikar

Le parcours lancé avec KEDGE est né d’un constat. Installé à Marseille depuis 2024, Benjamin Gaignault cherchait des jeunes diplômés pour porter ses idées.

« S’il y a bien quelque chose qui n’est pas compliqué, c’est de monter une boîte. Ce qui est compliqué, c’est qu’elle fonctionne.« 

Benjamin Gaignault – cofondateur – Ornikar

Intégré au Programme Grande École, le dispositif réunira 40 étudiants sélectionnés sur le campus marseillais pour un semestre intensif de 180 heures. Ici, pas de projets individuels : toute la promotion travaillera à faire émerger une idée commune, puis à la concrétiser de bout en bout. Au programme : étude de marché, développement d’un produit minimum viable, stratégie de lancement, acquisition des premiers clients et structuration financière et juridique de l’entreprise.

Le programme débutera en janvier. À l’issue des 16 semaines, deux ou trois étudiants volontaires pourront reprendre le projet et en assurer la suite. « On leur donne 70 % de la boîte, ça devient leur entreprise. Je peux être là pour les coacher, mais c’est à eux de gérer la suite », explique Benjamin Gaignault.

Pour le mentor, l’enjeu est avant tout de confronter les étudiants à la réalité entrepreneuriale : une manière de tester leur capacité à transformer une idée en entreprise, puis à la faire vivre.

Au programme figure aussi une question rarement enseignée : le choix de l’associé. « Si votre motivation est l’argent et celui de votre associé est l’impact, cela ne fonctionnera jamais », prévient celui qui a vécu cette divergence avec son premier associé chez Ornikar. « Prenez quelqu’un qui a les mêmes ambitions que vous, vous enlevez probablement 80 % des risques de conflit. »

Lancé à la rentrée 2026, avec 162 étudiants candidats pour seulement 60 places, le programme suscite déjà un fort engouement.

Le parcours entrepreneurial de KEDGEEn pratique
Cadre
Programme Grande ÉcoleCampus de Marseille
Promotion
40 étudiantsSélectionnés, une idée commune pour toute la promotion
Volume
180 heuresSemestre intensif de 16 semaines
Contenu
Étude de marché, produit minimum viable, stratégie de lancement, premiers clients, structuration financière et juridique
À l’issue du semestre
70 % de la boîteCédés aux deux ou trois étudiants volontaires qui reprennent le projet

L’IA, « un formidable outil » pour entreprendre

Face aux inquiétudes des étudiants quant à l’essor de l’intelligence artificielle, Benjamin Gaignault affiche un certain optimisme. Selon lui, l’IA « ne montera jamais des boîtes toute seule », mais elle permet « de faire plus avec moins d’argent et d’aller plus vite ». Il réserve son scepticisme à l’emploi salarié et comprend l’inquiétude des juniors sur leur employabilité, tout en voyant dans l’entrepreneuriat « une super réponse ».

« La France est un paradis pour les entrepreneurs »

Benjamin Gaignault défend une vision optimiste de l’entrepreneuriat en France et balaie les critiques habituelles : « La France est un paradis pour les entrepreneurs. Cela ne coûte rien de monter une boîte et tout est digitalisé. » Il salue notamment le rôle de Bpifrance, « un formidable outil d’accès au financement pour passer de l’idée au projet ». Il souligne également la souplesse de la période d’essai, qui laisse, selon lui, le temps nécessaire pour savoir si le salarié correspond aux besoins de l’entreprise.

Aujourd’hui, Benjamin Gaignault ne se fixe aucun nouvel objectif entrepreneurial : il estime avoir acquis la liberté qu’il recherchait et a trouvé son équilibre. Son expérience, estime-t-il, lui a aussi appris l’importance de bien s’entourer.