Eloquentia@HEC 2026 : retour sur la finale nationale au Bataclan - notre échange avec la lauréate

Eloquentia@HEC 2026 : retour sur la finale nationale au Bataclan – notre échange avec la lauréate

Zeïnabou Niaré, étudiante en première année de médecine et originaire de Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, a remporté, mardi 6 octobre, la finale du concours d’éloquence Eloquentia@HEC, devant 900 spectateurs réunis au Bataclan, à Paris. Dernière candidate à prendre la parole, elle a défendu la position négative sur le sujet : « Faut-il se dépêcher de grandir ? »

Comme chaque année, le concours, porté par Eloquentia et la Mission Égalité des Chances d’HEC Paris, a réuni sur scène six jeunes âgés de 15 à 18 ans, venus de toute la France. Tous avaient été sélectionnés à l’issue d’un Summer Camp organisé sur le campus de l’école. Thotis était présent au Bataclan et avait rencontré les six finalistes la veille de la finale. Après sa victoire, Zeïnabou Niaré nous a livré ses premières réactions.

Par Valentine Dunyach

 

 

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Il est 19 heures lorsque les portes du Bataclan s’ouvrent, boulevard Voltaire. Une heure plus tard, la soirée peut commencer. Les finalistes vont s’affronter sur scène sous la forme de duos, face à un jury et à une salle comble. Pendant plusieurs mois, ils ont appris à construire un argument, à tenir une scène, à faire entendre ce qu’ils avaient à dire. Ce soir, ils montent sur celle du Bataclan.

La veille encore, les six finalistes oscillaient entre impatience et trac. « Comme c’est une finale au Bataclan et qu’on attend beaucoup de monde, il y a forcément du stress, c’est naturel. Mais je pense qu’on est tous très impatients », confiait Lisa à Thotis.

Eloquentia@HEC 2026 : au Bataclan, six lycéens font de la parole un levier d'égalité des chances

National, gratuit et ouvert à tous les lycéens, Eloquentia@HEC revendique une ambition sociale avant d’être une compétition. Depuis 2012, l’association Eloquentia œuvre « pour que la prise de parole cesse d’être un privilège ». Le pari est le suivant : à compétences égales, savoir défendre son point de vue change une trajectoire, et cela s’apprend, à condition qu’on vous en donne l’occasion.

Ce sont 79 lycéens venus de toute la France qui ont participé à un Summer Camp intensif sur le campus d’HEC Paris, encadrés par les équipes pédagogiques d’Eloquentia pour travailler leur expression, leur argumentation et leur confiance en eux. Parmi eux, 57 % sont boursiers et/ou résident dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. À l’issue de cette immersion, six finalistes ont été retenus pour porter leur voix au Bataclan.

79 lycéens formés sur le campus d’HEC Paris, dont 57 % de boursiers ou de résidents d’un quartier prioritaire, et 900 spectateurs réunis au Bataclan pour la finale.

Sur scène, ils se sont affrontés en duel devant un jury de cinq personnalités spécialistes de l’art oratoire : le rappeur et artiste Kemmler ; Bertrand Perrier, avocat, auteur et formateur Eloquentia ; Inge Kerkloh-Devif, directrice exécutive senior à HEC Paris et experte en entrepreneuriat ; Juliette Tresanini, productrice et actrice et Marc-Aurèle Ravon, lauréat de l’édition 2025, revenu cette fois de l’autre côté de la table.

Six finalistes venus de toute la France : rencontre

Les six orateurs de la soirée ont entre 15 et 18 ans. Cinq viennent d’Île-de-France : Asma Fartas (Noisy-le-Grand, Seine-Saint-Denis), Zeïnabou Niaré (Jouy-le-Moutier, Val-d’Oise), Stéphane Bidounga (Moissy-Cramayel, Seine-et-Marne), Lisa Lounes (Orsay, Essonne) et Zoé Boussejean (Palaiseau, Essonne). Le sixième, Matys Hoareau, a fait le voyage depuis Saint-André, à La Réunion.

Leurs chemins vers le concours sont aussi variés que leurs profils : le bouche-à-oreille entre amis pour Lisa, les professeurs pour Matys, qui avait déjà disputé le concours d’éloquence de l’Océan Indien, une sélection organisée dans sa ville pour un autre finaliste, ou encore le slam pour Stéphane, « déjà à l’aise avec la scène » avant d’arriver à HEC.

Une semaine sur le campus d’HEC pour apprendre à s’exprimer sur scène

Le Summer Camp sur le campus d’HEC Paris a constitué le cœur de la préparation : expression scénique avec un comédien, écriture créative, rhétorique et argumentation, puis des temps d’écriture pour appliquer ce qui venait d’être appris. « Tout le monde était très doué, chacun à sa manière, et on a découvert plein d’autres manières de parler et d’écrire », résume Asma. Pour Zeïnabou Niaré, la future lauréate, cette semaine reste un souvenir « inoubliable, intense et enrichissant ». C’est là que s’est construit le discours qu’elle portera, quelques semaines plus tard, sur la scène du Bataclan.

L’immersion a aussi fait évoluer l’image de la business school auprès des candidats. « HEC est surtout connue comme une école qui fait du commerce. J’ai appris que c’est beaucoup plus large : on peut y apprendre à gérer les énergies renouvelables, ou tout le côté administratif. C’est quelque chose dans lequel je pourrais me projeter », reconnaît Asma.

Des sujets et des positions imposés

Pour ces duels, les finalistes n’ont pas choisi leur thème. « On nous a envoyé une liste de sujets et on pouvait indiquer quelle position on voulait défendre sur tel sujet. Ensuite, le sujet nous a été directement imposé, et on n’avait pas forcément celui qu’on voulait », explique une finaliste. Restaient donc trois thèmes, en résonance avec l’actualité et les grands enjeux de société, pour six finalistes : chacun défend soit la position positive, soit la position négative d’un sujet, en binôme avec un autre candidat, « mais pas les uns contre les autres ».

Cette année, les trois thèmes imposés sur lesquels les candidats ont composé étaient les suivants :

  • « Le bonheur, produit de l’année ? »
  • « C’est à moi que tu parles ? »
  • « Faut-il se dépêcher de grandir ? »

Pour certains, cette contrainte a pesé sur l’écriture. « Forcément, ça a parfois été compliqué, parce que ce n’était pas la position qu’on aurait voulu défendre. Il faut beaucoup réfléchir », admet Stéphane. Pour autant, aucun ne dit avoir dû trahir ses convictions : « Tout l’exercice de l’éloquence à HEC, c’est justement de l’introspection et de l’authenticité. Les coachs nous le répètent : ils veulent que l’on soit nous-mêmes, pas qu’on s’invente un personnage. »

Zeïnabou Niaré a hérité du troisième sujet, « Faut-il se dépêcher de grandir ? », et de la position négative. C’est elle qui a clôturé le bal, en dernière oratrice de la soirée. Elle revient sur son discours : « Ce que j’ai le plus apprécié dans mon texte, certainement l’une de mes forces, c’est que je me sentais moi-même, je ne jouais pas un rôle », confie-t-elle à Thotis après la finale.

« Ce que j’ai le plus apprécié dans mon texte, certainement l’une de mes forces, c’est que je me sentais moi-même, je ne jouais pas un rôle« 

Zeïnabou Niaré – Lauréate de l’édition 2026 – Eloquentia@HEC

Sélection et évaluation : l’authenticité avant tout

Comment passe-t-on de 79 participants à six finalistes ? Les intéressés eux-mêmes n’ont pas de réponse précise : des étapes éliminatoires, dont des quarts de finale, et un barème dont le détail ne leur a pas été communiqué. Un critère, en revanche, leur a été répété tout au long du programme. « Ce qui compte le plus, c’est l’authenticité. Je pense que chacun ici a mis sa part d’authenticité, et c’est peut-être pour ça qu’on nous a pris », avance Stéphane. La gestion du trac et la persévérance font, elles aussi, partie de l’apprentissage : « On est fiers de nos textes, je suis fière du mien, et il a fallu beaucoup de persévérance pour arriver jusqu’ici », ajoute Lisa.

Droit, médecine, diplomatie… À quelles carrières se destinent-ils ?

La promotion mélange des lycéens de première et de terminale et des étudiants fraîchement entrés dans le supérieur. Zeïnabou vient d’intégrer une première année de PASS, la voie d’accès aux études de médecine, de maïeutique, de pharmacie et d’odontologie.

Zoé est encore en première, Lisa débute une L1 de droit, Matys, en terminale, vise Sciences Po, à Paris ou à Bordeaux, avec l’Union européenne en ligne de mire. Stéphane veut quant à lui devenir avocat et Asma se projette dans la diplomatie, avec comme argument : « Je sais que je veux un métier que l’IA ne peut pas remplacer. C’est un milieu où la parole a une importance : sur la vie des gens, sur notre vie à nous, et même à l’échelle mondiale. »

Le verdict de la finale, au Bataclan

Après ces trois duels, le jury a tranché en faveur de Zeïnabou Niaré, qui succède à Marc-Aurèle Ravon au palmarès d’Eloquentia@HEC. « J’imaginais pourquoi pas être dans le top 3, mais pas première. » confie-t-elle, convaincue que chacun des six discours pouvait emporter l’adhésion du jury. Les félicitations sont d’ailleurs venues de la table des jurés : « Ils m’ont félicitée et m’ont dit qu’on avait tous été forts et authentiques. »

Le conseil de la lauréate aux lycéens intéressés : « Vous n’avez rien à perdre à essayer »

Pour Zeïnabou, cette finale vient couronner plusieurs semaines de travail et l’ensemble du parcours entamé lors du Summer Camp. Ce dont elle est surtout fière ? « D’avoir fait les choses à fond. » Désormais en première année de médecine, elle n’exclut pas pour autant de remonter un jour sur scène : « Il y a ce truc qui me dit que j’aimerais bien revivre ce genre d’expérience. »

Aux lycéens qui hésiteraient encore à se lancer, elle adresse un message simple : « Il n’y a rien à perdre à essayer. On fait plein de rencontres, que du positif, on s’améliore, on prend confiance en soi. Ce n’est pas tous les jours qu’on a cette chance, et il faut la saisir. »

« Il n’y a rien à perdre à essayer. On fait plein de rencontres, que du positif, on s’améliore, on prend confiance en soi. Ce n’est pas tous les jours qu’on a cette chance, et il faut la saisir.« 

Zeïnabou Niaré – Lauréate de l’édition 2026 – Eloquentia@HEC

Pour les cinq autres finalistes, la soirée n’avait pour autant rien d’une défaite. « Vous êtes les six finalistes, vous avez déjà un peu gagné », leur avait-on glissé la veille. Et à en juger par les projets qu’ils portent et les ambitions qu’ils racontent, le concours aura surtout rempli la promesse qu’il porte depuis 2012 : faire de la prise de parole un levier d’émancipation, accessible à tous.

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