Vingt ans du programme Égalité des chances mené avec la Fondation Culture & Diversité, renouvellement du bail de la Maison des élèves, chaire UNESCO dédiée à la recherche de provenance : pour la rentrée 2026-2027, l’École du Louvre multiplie les annonces. Sa directrice, Claire Barbillon, en a détaillé les enjeux devant la presse, avec le témoignage d’une étudiante à l’appui. Fil rouge de cette rentrée : l’ouverture sociale et la volonté d’une institution en évolution avec son temps de faire évoluer les regards sur l’établissement.
Par Valentine Dunyach
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Fondée en 1882 et installée au sein du Palais du Louvre, l’École du Louvre est un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche du ministère de la Culture. Elle compte aujourd’hui 2 000 élèves inscrits, 1 200 intervenants, 32 spécialités et environ 15 000 auditeurs libres, répartis entre Paris, les régions et les cours en ligne.
Sa singularité réside, comme le résume Claire Barbillon, directrice de l’établissement depuis 2017, dans son lien « indéfectible, organique, fondamental avec les musées ». Les élèves suivent la moitié de leurs cours dans les salles des musées de Paris et d’Île-de-France, par groupes de quinze, au contact direct des œuvres.
« À l’ère de l’intelligence artificielle en particulier, ce contact physique, très sensible avec l’objet, est très important à mes yeux », insiste la directrice, revendiquant le double héritage d’une « école du regard » et d’une « école de l’approche sensible de l’objet ».
Cette pédagogie professionnalisante paie, puisque 90 % des diplômés du master s’insèrent professionnellement dans le domaine culturel dans l’année qui suit leur diplôme. Quant au profil des élèves, il ne « correspond plus au cliché », comme l’indique Claire Barbillon : 70 % des jeunes ne sont pas originaires d’Île-de-France et 30 % sont boursiers sur critères sociaux. « L’école n’est plus, comme il y a cinquante ans, une école réservée aux jeunes de bonne famille », affirme la directrice, qui note en revanche un déséquilibre persistant entre les genres : 80 % de filles pour 20 % de garçons.
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Grande nouveauté en 2026 : l’obtention d’une chaire UNESCO consacrée à l’enseignement et à la recherche sur la provenance, un champ d’études en plein essor. Il s’agit de former les futurs professionnels à sécuriser les acquisitions dans les musées et sur le marché de l’art, de lutter contre le trafic illicite des biens culturels, alimenté notamment par les situations de guerre au Moyen-Orient, et de réfléchir aux politiques de restitution.
La directrice cite un chiffre marquant : plus de cent mille restes humains sont encore conservés dans les musées français, des reliquaires aux momies égyptiennes, mais aussi des têtes maories ou des corps de suppliciés, dont la présence dans les collections soulève des questions éthiques croissantes. L’Assemblée nationale a d’ailleurs voté à l’unanimité les dispositions législatives encadrant la restitution des restes humains. Autre dossier « toujours brûlant » : les spoliations d’œuvres subies par les familles juives entre 1933 et 1945, pour lesquelles des recherches de descendants se poursuivent. Autant de sujets qui, selon la directrice, ouvrent dès maintenant des postes, dans le public comme dans le privé.
Depuis 2018, une dizaine d’élèves de Master 2, issus de parcours différents (conservation préventive, régie, médiation), conçoivent et réalisent chaque année une exposition « grandeur nature », accompagnés de professionnels. Après Chartres, Saint-Denis et Rouen, la prochaine édition sera inaugurée en janvier 2027 au sein même de l’École, en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine (CAPA).
En 2026, l’École du Louvre et la Fondation Culture & Diversité célèbrent vingt ans de partenariat autour du programme « Égalité des chances ». Première institution d’enseignement supérieur engagée dans ce dispositif auprès de la Fondation, l’École a accompagné depuis 2006 plus de 3 500 lycéens dans ses actions de sensibilisation, accueilli près de 700 élèves en stage et contribué à l’admission de plus de 160 lycéens.
La philosophie du programme est résumée ainsi par Claire Barbillon : « Beaucoup de jeunes issus de milieux éloignés de la culture ne savent même pas que l’École du Louvre existe », qui revendique un principe : « Avant la formation, l’information. ».
La Fondation prépare en amont des lycéens de terminale, majoritairement boursiers, au concours d’entrée, via un stage intensif d’une semaine à Paris, entièrement gratuit (transport, hébergement, repas et encadrement sont ainsi pris en charge), puis les accompagne financièrement, culturellement et jusqu’à leur première recherche d’emploi. Les résultats sont probants : en 2025, le taux de réussite au concours des élèves du programme a atteint 40 %, soit quinze points de plus que l’ensemble des candidats.
Fanette Dugay, aujourd’hui en deuxième année à l’École du Louvre, en est l’illustration. Originaire d’un petit village du Puy-de-Dôme, à une heure de Clermont-Ferrand, elle découvre l’École grâce à ses professeurs de la spécialité Histoire des arts de son lycée, à Thiers. Poussée à s’inscrire au stage Égalité des chances, elle rejoint une promotion de trente-cinq lycéens au Louvre. « Dès ce moment-là, nous avons commencé à nous serrer les coudes, à nous entraider », raconte-t-elle.
« Cela faisait du bien d’être avec des gens qui s’intéressent à l’histoire de l’art, parce que ce n’était pas forcément courant dans le milieu d’où je viens. »
Reçue au concours d’entrée, Fanette a ensuite bénéficié du second pilier de la politique d’ouverture sociale de l’École ; la Maison des élèves. Située au 10 rue de Condé, dans le 6e arrondissement, à proximité de l’Odéon et à une quinzaine de minutes à pied du Palais du Louvre, cette résidence de 1 500 m² accueille chaque année cinquante élèves de première année, primo-bacheliers, en priorité boursiers, issus de milieux modestes et éloignés de leur famille.
L’École a signé un bail, renouvelé cette année pour six ans, avec la Congrégation romaine de Saint-Dominique, dont les sœurs, vieillissantes, ne parvenaient plus à entretenir leur ancien foyer. Le loyer consenti, « très raisonnable », a rendu le projet viable, mais sans le moindre soutien public. Ce sont les équipes de l’École qui ont porté le dispositif. Grâce aux mécènes, la Maison a bénéficié de près de 230 000 euros de travaux depuis son ouverture à la rentrée 2021.
Victime de son succès, elle reçoit chaque année environ une centaine de candidatures pour cinquante places. La sélection combine trois critères : l’éloignement géographique de la famille, l’âge (priorité aux plus jeunes) et les revenus du foyer. Surtout, le pari initial, « transformer l’égalité des chances en égalité devant la réussite », est tenu. Ainsi, en 2024-2025, le taux de réussite en première année des résidents s’est élevé à 88 %, contre 75,82 % pour l’ensemble de la promotion.
Fanette confirme, de l’intérieur, la recette de ce succès : deux bibliothèques aménagées sur place, un « climat studieux » entretenu par des règles assumées (pas de sorties le soir en semaine), le travail en groupe et la vie en communauté. « Il y a toujours ce préjugé sur l’École du Louvre, qui serait une école très bourgeoise. Là, j’ai pu me rendre compte que oui, j’avais ma place ici », témoigne l’étudiante, qui vit désormais en colocation avec deux anciennes résidentes de la Maison des Élèves. Elle souligne aussi l’atout de la localisation, en plein cœur de la capitale : « Nous avons vu presque toutes les expositions de Paris dans l’année. C’est assez fou pour quelqu’un qui vient de province. »
Fidèle à la vocation de ses fondateurs, former des professionnels comme des visiteurs de musée, l’École innove pour ses 15 000 auditeurs. Nouveauté de la rentrée : un « study day » avec le Victoria and Albert Museum de Londres, « Un âge d’or : Bijoux et accessoires de la Renaissance européenne », le jeudi 8 octobre 2026, avec Julie Rohou (musée national de la Renaissance, château d’Écouen) et Alice Minter (Gilbert Collection, V&A). Une rentrée dense, à l’image d’une institution presque cent cinquantenaire qui, entre concours démocratique, logement étudiant et chaire UNESCO, entend prouver que l’histoire de l’art n’est pas réservée à une élite.
