À Montréal, l’ÉTS lance son année préparatoire pour les lycéennes et lycéens français

Devenir ingénieur ou ingénieure au Canada après le bac : à Montréal, l’ÉTS lance son année préparatoire pour les lycéennes et lycéens français

Aéronautique bas carbone, infrastructures durables, transition énergétique, conception mécanique : jamais les métiers de l’ingénierie n’ont couvert un spectre aussi large. Des défis qui se jouent désormais à l’échelle des continents, et singulièrement en Amérique du Nord. Depuis la rentrée 2026, l’École de technologie supérieure (ÉTS), à Montréal, propose à son tour une passerelle directe aux titulaires d’un baccalauréat général français ayant suivi les spécialités mathématiques et physique-chimie, avec trois programmes à la clé : génie mécanique, génie de la construction et génie aérospatial.

Par Thibaud Arnoult

L’ingénierie face aux enjeux contemporains

Concevoir un avion moins gourmand en carburant, dimensionner un pont capable d’encaisser les dérèglements du climat, rénover un hôpital, mettre au point une prothèse ou une chaîne de production plus sobre en énergie : derrière un titre unique, celui d’ingénieur, se cache aujourd’hui une mosaïque de métiers. Transports, construction, énergie, aérospatiale, santé, industrie : peu de formations ouvrent autant de portes, dans autant de secteurs, avec autant de manières différentes d’exercer, du bureau d’études au chantier, de la start-up au grand groupe industriel.

Cette diversité répond à une accumulation inédite de défis techniques. La transition énergétique, la décarbonation des transports, la rénovation des infrastructures et la réindustrialisation réclament des compétences que les systèmes éducatifs peinent à produire en quantité suffisante. En France, l’Institut Montaigne évalue à près de 100 000 le nombre d’ingénieurs et de techniciens nets à recruter chaque année d’ici à 2035, quand les écoles délivrent un volume de diplômes à peu près stable, autour de 46 000 à 48 000 par an. Les conditions d’insertion font figure d’exception dans le paysage de l’enseignement supérieur : taux de chômage très faible et salaire d’embauche autour de 36 000 euros bruts annuels en sortie d’école, selon les enquêtes d’Ingénieurs et scientifiques de France. Rarement un choix d’orientation aura offert un horizon professionnel aussi dégagé.

Or ces chantiers ignorent les frontières. Ils se déploient avec une intensité particulière sur le continent nord-américain, qui concentre une part massive des investissements dans l’aéronautique, le spatial, l’énergie ou les infrastructures, et qui recrute en conséquence. Pour une lycéenne ou un lycéen en France, l’Amérique du Nord n’est plus seulement une destination de carrière lointaine : elle devient, par la porte canadienne, un terrain de formation accessible dès la sortie de terminale.

Le Québec, un terrain d’expansion pour l’ingénierie

Cette tension sur les talents n’est pas une singularité française. De l’autre côté de l’Atlantique, le Québec affiche des projections comparables. L’Ordre des ingénieurs du Québec estime que 52 000 nouveaux professionnels et professionnelles en génie seront nécessaires d’ici à 2033 pour répondre aux besoins de la province, avec un équilibre jugé précaire et des domaines déjà déficitaires. Trois filières illustrent particulièrement bien ces besoins : l’aérospatiale, la construction et la mécanique.

Le génie aérospatial arrive en tête des domaines en tension, porté par une reprise post-pandémie plus rapide que prévu. La filière aéronautique, historiquement puissante dans la région de Montréal autour d’acteurs comme Airbus, Bombardier, Pratt & Whitney, MDA Space, l’Agence spatiale canadienne ou CAE, concentre une partie de ces tensions : le comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale chiffre à 65 000 les postes à combler d’ici à 2035, tandis que l’Ordre anticipe une hausse de 30 % des besoins en ingénieurs aérospatiaux d’ici à 2033. Montréal est d’ailleurs régulièrement présentée comme l’un des trois grands pôles aéronautiques mondiaux, aux côtés de Seattle et de Toulouse.

Le génie de la construction, l’équivalent québécois du génie civil, répond à un autre chantier, au sens propre. Le gouvernement du Québec a inscrit un montant record de 164 milliards de dollars dans son Plan québécois des infrastructures 2025-2035, dont une large part est consacrée à la remise en état de routes, de ponts, d’écoles et d’hôpitaux vieillissants. Hydro-Québec prévoit de son côté plus de 100 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2035 pour augmenter sa production d’électricité et moderniser son réseau. Logements, transport collectif, barrages, lignes électriques : autant de projets qui mobiliseront des ingénieures et ingénieurs de la construction pendant des années.

Le génie mécanique, enfin, irrigue presque tous les secteurs : conception de pièces et de machines, fabrication assistée par ordinateur, automatisation, développement de produits, efficacité énergétique. C’est sans doute la plus polyvalente des trois formations, celle qui mène aussi bien à l’industrie manufacturière qu’aux transports, à l’énergie ou aux technologies médicales.

Pour les étudiantes et étudiants, le cadre compte autant que le marché. Le classement QS Best Student Cities 2027 maintient Montréal au premier rang des villes universitaires canadiennes, saluant la diversité de sa communauté étudiante, son dynamisme culturel, son environnement sécuritaire et son réseau de transport collectif. Les frais de scolarité y demeurent parmi les plus bas d’Amérique du Nord, et le coût du logement reste sans commune mesure avec celui de Paris, Toronto ou des grandes villes américaines. Le tout dans une métropole francophone, ce qui simplifie considérablement la première année d’expatriation.

Une année préparatoire pensée pour les titulaires du bac français

Reste une question d’architecture des études : le système québécois repose sur le cégep, un cycle intermédiaire de deux ans qui n’a pas d’équivalent en France. Pour combler cet écart, plusieurs universités québécoises proposent depuis longtemps une année préparatoire aux bachelières et bacheliers français. L’École de technologie supérieure (ÉTS), établissement public du réseau de l’Université du Québec situé au centre de Montréal, offre à son tour cette passerelle depuis l’automne 2026. Elle est conçue pour les titulaires d’un bac général français souhaitant intégrer une formation d’ingénieur au Québec, le temps de s’adapter au système universitaire canadien.

Le dispositif s’adresse à des profils scientifiques : il vise les lycéennes et lycéens ayant suivi la spécialité physique-chimie en terminale et la spécialité mathématiques, au moins en première, et la sélection prend en compte les résultats scolaires, la motivation et la cohérence du projet d’études. À l’issue de cette année, les étudiantes et étudiants deviennent admissibles à trois programmes de baccalauréat en génie, des cursus de quatre ans équivalant à une formation d’ingénieur : le génie de la construction, le génie mécanique et le génie aérospatial, avec des spécialisations possibles en technologies de la santé, environnement ou projets internationaux, par exemple. Les autres programmes de l’école, comme le génie logiciel ou le génie électrique, ne sont pas accessibles par cette voie : mieux vaut donc s’assurer, avant de candidater, que l’une de ces trois filières correspond bien à son projet.

L’établissement n’est pas un acteur marginal du paysage québécois : il forme plus de 25 % des ingénieures et ingénieurs de la province et accueille environ 11 000 étudiantes et étudiants, dont près de 3 000 internationaux, ce qui le place en tête des écoles d’ingénieurs québécoises et au deuxième rang des écoles de génie au Canada. Un détail a son importance pour les familles qui envisagent un retour en France : les programmes d’ingénierie de l’école sont accrédités par Ingénieurs Canada, ce qui garantit la reconnaissance des diplômes en France en vertu des accords entre organismes d’accréditation, avec une équivalence délivrée par la Commission des titres d’ingénieur. Des étudiants et étudiantes français déjà installés comparent d’ailleurs volontiers l’établissement aux Arts et Métiers.

Un modèle adossé à l’entreprise

La marque de fabrique de l’école tient à son modèle coopératif, un fonctionnement proche de ce que l’on appelle l’alternance en France, hérité de sa vocation initiale et résumé par sa devise, « le génie pour l’industrie ». Un baccalauréat en génie s’y déroule en quatre années d’études en continu, où les sessions de cours alternent avec au moins trois stages rémunérés de quatre mois en entreprise. Plus de 1 200 entreprises offrent chaque année des stages à la communauté étudiante, tandis que 60 % des activités de recherche sont menées en collaboration avec des organisations au Québec, au Canada et à l’international.

Ce fonctionnement pèse aussi sur l’équation financière, souvent dissuasive pour les études nord-américaines. Grâce aux ententes entre la France et le Québec, les étudiants français acquittent des droits réduits : entre 10 300 et 11 200 dollars canadiens pour l’année préparatoire, puis environ 12 000 dollars canadiens par an pour le baccalauréat en génie. Les trois stages obligatoires, rémunérés en moyenne 4 100 dollars canadiens par mois, peuvent représenter jusqu’à 50 000 dollars cumulés sur quatre ans, de quoi amortir une partie substantielle des frais tout en construisant un début de curriculum. À titre de comparaison, ces montants restent inférieurs aux frais de nombreuses écoles d’ingénieurs privées françaises, sans commune mesure avec ceux des universités anglo-saxonnes.

Les débouchés suivent. Selon les chiffres communiqués par l’établissement, 60 % des diplômés décrochent un emploi avant même la fin de leur cursus et plus de 75 % trouvent leur premier poste moins de trois mois après la diplomation ; parmi les Français formés sur place, 70 % choisissent de rester travailler au Canada, les autres faisant valoir leur diplôme sur le marché européen.

Partir, à quelles conditions

Le tableau appelle toutefois quelques prudences. L’éloignement familial, la rigueur de l’hiver montréalais et les démarches d’immigration (permis d’études, assurance, éventuel permis de travail post-diplôme) demandent une préparation sérieuse, en amont des échéances d’admission fixées au printemps pour une rentrée en septembre. Le marché de l’emploi, de part et d’autre de l’Atlantique, a par ailleurs montré ces dernières années qu’il pouvait connaître des ralentissements : les entreprises, plus sélectives, recentrent leurs recrutements sur les compétences jugées stratégiques, ce qui plaide pour des formations solides sur les fondamentaux plutôt que pour des cursus opportunistes.

Il n’en demeure pas moins que, pour une génération de lycéennes et de lycéens formés aux spécialités mathématiques et physique-chimie, les chiffres racontent une histoire simple : des deux côtés de l’Atlantique, les économies auront besoin de dizaines de milliers d’ingénieures et d’ingénieurs supplémentaires chaque année pendant au moins une décennie. Pour celles et ceux qu’attirent l’aéronautique, les infrastructures ou la conception mécanique, l’année préparatoire de l’ÉTS offre une voie concrète pour inscrire ce projet, dès la sortie du lycée, dans un cadre nord-américain francophone. Une option de plus sur la carte des possibles, à instruire avec la même exigence que n’importe quel vœu Parcoursup.