Classement de Shanghai : quel impact sur la concurrence internationale ? Avec PSL

Classement de Shanghai : quel impact sur la concurrence internationale ? Avec PSL

Vous avez certainement entendu parler du classement de Shanghai cet été, au cœur du mois d’août. Depuis maintenant deux décennies, les universités sont classées, à l’échelle mondiale, ce qui est devenu un enjeu fort pour elles. Nous en avons discuté avec PSL.

Par Laura Makary

 

 

Dans un contexte de concurrence accrue, un bon rang, et la visibilité qui l’accompagne, est devenu essentiel. Afin d’en comprendre les ressorts, et l’impact pour les établissements concernés, nous avons sollicité PSL, grand établissement d’enseignement supérieur créé en 2010, qui regroupe 13 composantes. On y retrouve par exemple l’Université Paris Dauphine, Chimie ParisTech, les Mines de Paris, l’ESPCI, l’École nationale des chartes ou encore l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.

Parmi les 17 universités françaises présentes en 2026 dans le top 500 du classement de Shanghai, PSL arrive 33e, en compagnie de Paris-Saclay (13e), Sorbonne Université (55e), Paris Cité (57e)… Nous avons sollicité Lauranne Chaignon, ingénieure-bibliomètre de l’Université PSL et doctorante au Centre de sociologie de l’innovation des Mines de Paris, qui travaille justement sur les grands rankings internationaux.

Quelle importance revêt la présence dans les classements internationaux, pour un établissement comme PSL ?

Les trois principaux sont Shanghai, le plus connu, THE et QS. Il existe aussi le classement de Leiden, mais qui est plus technique, complexe et moins regardé par le grand public. L’enjeu est clé pour toutes les universités : être classée, et surtout être bien classée, a un impact sur sa visibilité et son attractivité. À l’origine, le classement de Shanghai a été créé à la demande du gouvernement chinois, afin de tenter de situer ses universités par rapport à la concurrence mondiale. Ce n’était pas du tout destiné à devenir un classement scruté par le monde entier, mais un simple outil de pilotage interne. Il s’avère qu’il a rempli un besoin, celui de cartographier les universités, partagé par les gouvernements, les entreprises, mais aussi les parents et les étudiants. C’est ainsi que le classement de Shanghai a pris de l’ampleur : il a permis d’identifier là où se situe l’enseignement supérieur et la recherche dans le monde. Il est donc important de rendre visible notre université, afin d’attirer des étudiants du monde entier et de tisser les collaborations de demain.

La présence dans les classements faisait partie des objectifs du gouvernement français, en lançant les rapprochements et fusions qui ont notamment mené à la création de PSL. Cela a-t-il fonctionné ?

Oui, car techniquement, il était auparavant compliqué pour les établissements français d’être bien représentés dans ces classements, pour des raisons de volume. Les méthodologies comportent des critères en valeur absolue, les écoles petites en taille n’ont donc aucune chance d’y apparaître. Seules quelques universités, plus vastes, y figuraient. Or, l’enseignement supérieur français travaillait à ce moment à se réorganiser. Est-ce la volonté d’être classé qui a mené aux fusions, ou les fusions qui ont permis d’être plus visibles ? En tout cas, les deux enjeux ont été conjoints à cette période. Aujourd’hui, 27 universités françaises figurent dans l’ensemble du classement de Shanghai.

Existe-t-il un impact direct sur l’attractivité auprès des étudiants ?

Principalement sur les élèves à l’international, car cela leur permet de cibler un pays, puis une université. Schématiquement : ils décident de venir en France, ils veulent étudier dans un domaine précis, la chimie, l’archéologie, la biologie… Ils regardent alors les universités les mieux classées, et cela leur permet de repérer des établissements et d’aller se renseigner sur les formations, les villes. Les classements ne représentent pas l’entièreté de leur décision, mais ils leur permettent une première orientation. Pour les étudiants français, nous avons moins d’éléments, mais j’imagine que cela leur permet de même d’identifier les universités.

Et auprès de vos partenaires ? Entreprises, universités étrangères, gouvernement ?

Il y a en effet un enjeu en termes d’insertion sur le marché du travail. Les diplômés auront d’autant plus de facilité à faire valoir leur formation si leur université est bien classée. Le monde de l’entreprise, lui aussi, regarde tout cela de près. Côté universités internationales, cela génère évidemment des collaborations : vous avez tout intérêt à travailler avec un établissement lui aussi bien classé, cela facilite les échanges. Et d’ailleurs, ces collaborations font partie des critères dans les méthodologies. Pour nous, c’est une porte d’entrée pour des prises de contact et pour identifier des établissements de rangs similaires. Finalement, c’est la même chose que pour les étudiants : un rang ne va pas tout faire, mais permet de prendre connaissance d’une université. Enfin, les politiques scrutent ces données. Certains gouvernements mettent même en place des dispositifs, comme le Royaume-Uni, qui avait ouvert il y a quelques années des visas spécifiques aux établissements du top 50 des principaux rankings. L’Université PSL en faisait partie.

Pour le grand public, faut-il conserver une vigilance et une distance, face aux classements ?

En effet. La première chose à savoir est qu’il n’existe pas d’indicateur parfait ou magique. Tous les critères peuvent être discutés et remis en question. Il est souvent reproché aux classements d’être trop orientés vers la recherche, alors que la mission de l’université est aussi tournée vers l’enseignement. Une raison à cela est que les indicateurs liés à la pédagogie sont beaucoup plus difficiles à quantifier, surtout à une échelle internationale. Là où le fait de compter des prix ou des publications scientifiques est plus facilement mesurable. L’autre grande limite porte sur les thématiques. Les classements internationaux s’appuient essentiellement sur les publications scientifiques, dans certaines bases de données. Or, celles-ci ont tendance à valoriser les sciences dites « dures ». À l’inverse, les sciences humaines et sociales sont moins visibles. Pour nous, cela est dommage, car nous comptons dans l’Université PSL plusieurs établissements prestigieux dans ces univers, qui sont ainsi moins bien représentés. Ce qu’il faut garder en tête, c’est que les classements proposent une image, une facette, un ordre de grandeur des universités à l’international, pas une vision complète de celles-ci.

« Les classements proposent une image, une facette, un ordre de grandeur des universités à l’international, pas une vision complète de celles-ci.« 

Lauranne Chaignon – Ingénieure-bibliomètre – Université PSL

Vous disiez au départ de notre échange que le classement de Shanghai a été créé pour suivre les performances des universités chinoises. Comment s’en sortent-elles désormais ? Quelles sont les grandes tendances ces dernières années ?

Jusqu’à récemment, les universités américaines et britanniques réussissaient particulièrement bien dans les classements. Le top 10 de Shanghai reste d’ailleurs 100% anglo-saxon en 2026. Cependant, nous assistons à une évolution notable : les établissements asiatiques, notamment chinois, progressent rapidement. Cela s’explique par le fait que ces pays ont massivement investi dans la recherche et gagnent ainsi des points sur le nombre de publications, de citations, de prix scientifiques… Ce qui vient bouleverser les équilibres auparavant établis.

Et l’Europe ?

Nous avons toujours des universités réputées dans le monde entier, reconnues pour leur excellence en termes d’enseignement et de recherche. Malgré tout, nous avons du mal à faire le poids, face à des pays qui comme je le disais investissent d’un point de vue financier dans l’enseignement supérieur et la recherche. Cela commence à se ressentir dans les classements.

Une dernière question pour nos jeunes lecteurs envisageant de partir étudier à l’international. Pour eux aussi, regarder les classements peut-il être intéressant ?

Je le pense, oui. Tant que l’on reste dans cette logique que je décrivais : cela peut donner une première idée, mais ne doit pas définir la totalité du choix. D’autres critères entrent en compte : le pays, le programme, le visa, les frais de scolarité, le campus, tout ce qui fait la vie étudiante ! Le classement reste malgré tout une bonne façon pour un étudiant de découvrir des universités, dont il n’avait jamais entendu parler.