Chômage : chez les moins de 25 ans, près d’un jeune sur quatre est sans emploi en France
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 21,1 % en France, contre 14,7 % en moyenne dans l’Union européenne, selon Challenges. Les dernières données mensuelles d’Eurostat confirment ce retard. Plus d’un jeune sur cinq est ainsi à la recherche d’un emploi, dans un contexte marqué par l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur le recrutement des profils juniors et par des interrogations persistantes sur l’adéquation entre les formations et les besoins des entreprises.
Par Valentine Dunyach
Dans quelle mesure le développement de l’intelligence artificielle transforme-t-il les perspectives d’emploi des jeunes diplômés ? Les premiers signaux viennent d’outre-Atlantique. Selon une étude de l’université Stanford, l’emploi des 22-25 ans aux États-Unis est inférieur de 19 % à ce qui était prévu.
Ce chiffre inquiète d’autant plus en France que la situation des jeunes y est déjà fragile. Les tâches confiées aux nouveaux entrants sur le marché du travail sont souvent celles que les outils d’IA prennent en charge le plus facilement. Si cette tendance se confirme de ce côté de l’Atlantique, les moins de 25 ans pourraient être les premiers à en subir les effets.
Avec 20,6 % de chômeurs parmi les actifs de moins de 25 ans en août 2026, la France dépasse de 5,2 points la moyenne de l’Union européenne, établie à 15,4 %. Dans l’ensemble des Vingt-Sept, environ 2,97 millions de jeunes sont concernés. Ils sont bien plus exposés que le reste des actifs, puisque le taux de chômage de l’ensemble de la population active s’établit à 6,1 %.
La tendance est à la dégradation. En un an, le taux français a augmenté de 1,2 point, passant de 19,4 % en août 2025 à 20,6 % en août 2026. Dans le même temps, la moyenne européenne n’a presque pas bougé (15,3 % un an plus tôt).
À l’échelle de l’Union, la France affiche le septième taux le plus élevé. Seuls six États membres font moins bien : la Roumanie (30,8 %, données de juin 2026), l’Estonie (28,4 %), la Suède (23,0 %), la Finlande (22,8 %), l’Espagne (22,7 %) et le Luxembourg (20,8 %). L’Italie (20,3 %), le Portugal (19,8 %) et la Belgique (19,1 %, données de juin 2026) se situent juste en dessous.
| Pays | Taux de chômage des moins de 25 ans | Évolution sur un an |
|---|---|---|
|
Roumanie
|
30,8 %
données de juin 2026
|
+6,2 points |
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Estonie
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28,4 % | +6,7 points |
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Suède
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23,0 % | -1,9 point |
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Finlande
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22,8 % |
Non précisée
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Espagne
|
22,7 % | -2,3 points |
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Luxembourg
|
20,8 % |
Non précisée
|
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France
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20,6 % | +1,2 point |
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Italie
|
20,3 % |
Non précisée
|
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Portugal
|
19,8 % |
Non précisée
|
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Belgique
|
19,1 %
données de juin 2026
|
+3,5 points |
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Moyenne de l'UE
|
15,4 % | 15,3 % un an plus tôt |
Les évolutions sur un an montrent pourtant que rien n’est figé. La Grèce (-6,2 points), l’Espagne (-2,3 points), la Suède (-1,9 point) et la Pologne (-1,1 point) ont réduit le chômage de leurs jeunes. À l’inverse, il a progressé en Estonie (+6,7 points), en Roumanie (+6,2 points), en Lettonie (+4,1 points), en Belgique (+3,5 points) et en Slovénie (+3,2 points).
La massification de l’enseignement supérieur, et notamment l’augmentation du nombre de diplômés à bac+5, crée-t-elle un décalage avec les besoins des entreprises ? Un indicateur alimente le débat : l’âge auquel les jeunes décrochent un emploi stable, en CDI ou dans la fonction publique.
D’après le Conseil économique, social et environnemental (Cese), cet âge est passé de 20 ans en 1975 à 27 ans aujourd’hui. Les études se sont allongées, mais la stabilité professionnelle arrive aussi plus tard. Au total, un jeune Français attend désormais sept ans de plus qu’il y a un demi-siècle pour s’installer durablement dans l’emploi.
Certaines formations sont-elles encore trop théoriques ou insuffisamment adaptées aux réalités du monde du travail ? Pour le patronat, le diagnostic est clair. Patrick Martin, président du Medef, expliquait dans les colonnes de La Tribune, le 14 septembre 2026, que les entreprises devaient intervenir beaucoup plus en amont, dès la conception des cursus, et ne plus se contenter d’attendre les jeunes à la sortie : « L’entreprise doit être plus impliquée dans la formation, la définition de la carte des formations, l’accueil des stagiaires, le rapprochement avec les lycées professionnels et l’accentuation de l’apprentissage » – Patrick Martin – président du Medef – La Tribune, 14 septembre 2026
Le décalage ne se joue pas seulement dans le supérieur. Les résultats de l’enquête Pisa 2024 de l’OCDE montrent que les fragilités apparaissent dès la scolarité obligatoire. La France ne figure dans le top 20 pour aucune des trois disciplines évaluées : 23e en mathématiques, 26e en sciences et 28e en lecture. C’est donc en lecture que le retard est le plus marqué. Ces difficultés précoces pèsent ensuite sur l’ensemble du parcours, jusqu’à l’entrée dans la vie active.
La comparaison avec les voisins européens montre l’ampleur du retard français. En août 2026, l’Allemagne (7,4 %) et les Pays-Bas (8,8 %) affichent les taux de chômage des jeunes les plus bas de l’Union, devant Malte (9,7 %) et la Pologne (11,3 %). En France, le chômage des moins de 25 ans est près de trois fois plus élevé qu’en Allemagne.
Pour Patrick Martin, ce retard n’a rien d’une fatalité. Le président du Medef expliquait dans les colonnes de La Tribune que la jeunesse devait devenir l’axe central de l’action des entreprises, tant l’écart avec les voisins européens est devenu difficile à justifier : « C’est un sujet prioritaire et d’intérêt général, et il faut faire de ce thème la colonne vertébrale de nos actions car c’est une anomalie et même un scandale français. »
Patrick Martin a d’ailleurs fait de la jeunesse le sujet de son livre, Génération empêchée, paru le 17 septembre 2026.
Enfin, quels leviers les jeunes peuvent-ils mobiliser pour se démarquer sur le marché de l’emploi ? Patrick Martin, président du Medef, mise notamment sur l’apprentissage, les stages et le rapprochement avec les lycées professionnels. Selon France Travail, sept apprentis sur dix trouvent rapidement un emploi, dont six sur dix dans leur entreprise d’accueil. Il plaide ainsi pour « l’accentuation de l’apprentissage » et encourage les entreprises à s’impliquer davantage dans l’accueil des stagiaires.
Avec plus d’un jeune actif sur cinq au chômage et un taux en hausse sur un an, la France aborde l’ère de l’intelligence artificielle en position de faiblesse. Les prochaines publications d’Eurostat diront si l’écart avec la moyenne européenne commence enfin à se réduire.
Source : Eurostat, taux de chômage mensuel
