Entretien avec Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche

Découvrez notre entretien exclusif avec Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Rentrée, nouveautés, bourses, lutte contre la précarité étudiante : à quoi peut-on s’attendre pour l’année 2022-2023 ?

 

En vidéo : Entretien exclusif avec Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : 

 

 

Temps de lecture : 8 min

Par Laura Balogh

 

Bonjour Madame la ministre. Tout d’abord, en ce début d’année universitaire, quel message adressez-vous aux étudiants qui préparent leur rentrée ou qui viennent de la faire ?

Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : J’aimerais avant toute chose vous souhaiter une bonne et belle rentrée. J’aimerais vous dire que je suis très consciente des difficultés de cette rentrée 2022, et que mon intention est de vous accompagner tout le long de l’année : nous ne laisserons personne sur le bord du chemin, j’insiste sur ce point. Ayant été enseignante-chercheuse pendant plus de 30 ans, et étant maman de deux étudiantes, je compte profiter de ce regard multiple sur les études supérieures pour vous accompagner au mieux.

 

Quels sont les projets pour l’année universitaire 2022-2023 ?

Nous envisageons de travailler sur trois aspects principaux.

Premièrement, au niveau de la formation, nous souhaitons mettre l’accent sur l’accès et l’égalité des chances. Lorsqu’un élève devient étudiant, son statut change et son monde aussi. Nous aimerions mettre en avant une normalisation des parcours non linéaires : les réorientations, les années de césure ne devraient pas être le point noir d’un CV. Nous voulons donc travailler sur la mise en valeur des passerelles entre les différentes formations, ainsi que la reconnaissance de ces formations multiples.

Deuxièmement, la vie étudiante devrait être la période la plus heureuse possible d’une vie. Pourtant, c’est souvent difficile, entre les nouveautés de la formation, le nouveau rythme de vie… Envisager la vie étudiante comme une priorité est fondamental pour nous. Nous aimerions donc mettre en place des mesures sur les questions de logement, de travail, de santé car c’est très important, mais aussi les sports, la culture.

Enfin, un projet transversal cette année : la transition écologique. Nous avons conscience des problématiques environnementales dans le monde actuel, et nous savons que de plus en plus, les jeunes sont en attente de réponses et de solutions. Nous avons donc une responsabilité envers eux, et le ministère souhaite être un acteur majeur dans l’accompagnement des jeunes vers un avenir durable.

 

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Madame la ministre, quelles sont les mesures prises pour tous les étudiants, et quelles mesures pour les boursiers ?

Nous avons voulu mettre en place dès la rentrée un certain nombre de mesures d’urgence.

Pour les boursiers, une augmentation de 4% des bourses, qui vient compléter la revalorisation de 3,3% depuis 2019. Pour les boursiers mais aussi les non-boursiers en difficulté, les repas à 1€ seront maintenus tout le long de l’année universitaire : j’invite les étudiants, même non-boursiers, à se rapprocher des CROUS pour y avoir accès. Cette mesure représente jusqu’à une centaine d’euros d’économies sur un mois, elle est donc essentielle.

Ensuite, pour tous les étudiants boursiers, mais aussi les étudiants bénéficiant des APL (Aide Personnalisée au Logement), une aide exceptionnelle d’un montant de 100€ sera attribuée courant septembre. Cette mesure concerne près de la moitié de tous les étudiants en France.

Enfin, tous les étudiants sont concernés par le gel des droits d’inscription, ainsi que du gel des loyers des logements CROUS.

J’invite fortement les étudiants à se tourner vers les CROUS pour s’informer et bénéficier de ces aides.

 

Justement, il existe beaucoup d’aides, mais certains étudiants trouvent qu’il y a un manque de lisibilité, et ont du mal à s’y retrouver.

Sylvie Retailleau : Il existe en effet des aides peu connues : c’est pour cela que j’invite les étudiants à se renseigner auprès des CROUS, ainsi qu’aux établissements, qui sauront les orienter. Je les invite également à consulter le Guide de la rentrée sur le site du ministère. Nous avons également envoyé le Guide à tous les établissements pour que les élèves puissent y avoir plus facilement accès. On y trouve des informations concernant un grand nombre d’aides, comme par exemple la garantie Visale, qui permet à un étudiant d’avoir une garantie pour son logement, qu’il s’agisse du secteur public ou privé, et ce gratuitement.

 

De nombreux syndicats et associations vous alertent sur la question du bien-être et de la santé mentale à l’université. Dans le contexte actuel, quels sont vos objectifs sur ce plan ?

Avec le passage de la crise sanitaire et le contexte actuel, nous avons conscience de deux problématiques majeures de la vie étudiante : la précarité et une éco-anxiété.

Concernant la précarité, une réforme des bourses a été annoncée, nous devrions en apprendre plus au cours du mois d’octobre de cette année. Il y aura également des annonces à venir concernant les questions de logement. À côté de cela, nous avons annoncé en juillet un projet de recherche autour de la santé psychologique des étudiants, qui se voit attribuer un budget de 80 millions d’euros, et qui a un objectif de recherche mais qui doit aussi servir à apporter des solutions concrètes aux jeunes en difficulté.

Concernant l’éco-anxiété, nous entendons profiter de l’expertise de nos chercheurs qui est un grand atout. Nous aimerions que nos formations prennent en compte les enjeux de durabilité, et nous voulons développer plus de métiers et formations autour de ce thème, et l’incorporer davantage à la vie de campus.

 

Le dernier mot de Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Cela peut paraître paradoxal, mais l’idée clé de cette rentrée universitaire pour moi, c’est d’être optimiste. Je pense qu’il est important de croire à la création de solutions collectives pour répondre aux problématiques actuelles, à travers les sciences, l’innovation mais aussi l’humain.

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