Le parcours d’Alexia Simon constitue une belle leçon de vie. Sans exceller au lycée, elle a obtenu son bac, sans mention, avant de s’orienter vers un DUT. Petit à petit, Alexia s’est révélée, et, croyant en ses rêves, a fini par intégrer l’Université de Harvard pour son PhD.

Par Thibaud Arnoult
Temps de lecture : 7 min

 

Alexia, peux-tu revenir sur ton parcours depuis le bac ?

J’ai obtenu un bac S, sans mention. Ensuite, j’ai effectué un DUT de Chimie à l’IUT d’Orsay. À la suite de ces deux années, j’ai poursuivi avec une 3ème année de Licence en Chimie à l’Université Paris Saclay (ex Paris Sud).
Cherchant à me rapprocher du domaine de l’astronomie, j’ai décidé de poursuivre mon Master de Chimie à Sorbonne Université (ex Université Pierre et Marie Curie – Sorbonne).
Après toutes ces années d’études, je me suis octroyée une année sabbatique pendant laquelle j’ai travaillé 5 mois, puis consacré 5 à 6 mois pour postuler à l’Université de Harvard.

Université de Harvard

 

Quelle élève étais-tu au lycée ?

J’étais une bonne étudiante dans le sens ou j’étais impliquée dans mon travail. Je faisais tous mes devoirs, j’essayais de rédiger de bons rapports etc. À l’époque je pratiquais le patinage artistique 4-5 fois par semaine. J’ai dû trouver une organisation presque millimétrée pour les devoirs et les révisions du bac. Je me rappelle que j’avais commencé mes revisions de bac 3-4 mois avant la date.

 

C’est impressionnant de partir loin de chez soi pour une longue durée. On peut avoir des doutes, des questions, et surtout, la peur de ne pas réussir. Partir à l’Université de Harvard, ce n’est pas rien. Cela peut paraître terrifiant mais pour le moment c’est une magnifique expérience.

 

Les difficultés que tu as rencontrées au lycée ?

Je faisais passer le sport et ma vie sociale avant les cours, donc j’ai cumulé un peu de retard.Mes difficultés étaient l’histoire et la philosophie, des matières qui ne m’intéressaient pas et dans lesquelles je ne m’investissais pas.

 

Pourquoi as-tu choisi la chimie ? Ce que tu aimes depuis ta licence à Paris-Saclay ?

J’ai choisi la chimie car c’était la matière dans laquelle je me sentais le plus à l’aise et celle qui m’intéressait le plus pendant mon année de terminale. Il s’est avéré que mes deux années de DUT ont confirmé la pertinence de ce choix. C’est au cours de ma 3ème année de Licence et de ma première année de Master que je me suis dirigée plus particulièrement vers la chimie quantique. En Master, nous pouvions choisir les cours que nous voulions suivre et donc nous spécialiser.

 

Après une licence à Paris-Saclay (ex : Paris-Sud), tu as réalisé ton master à Sorbonne Université, en quoi ces années ont-elle été enrichissantes ?

Chaque diplôme a été enrichissant pour moi. Mes différentes années d’études m’ont aidée à savoir ce que j’avais vraiment envie de faire, d’étudier. De plus, elles m’ont énormément guidée dans le choix de mes spécialisations. Grâce au DUT, j’ai obtenu un niveau de technicienne. Cela m’a permis de me sentir plus à l’aise en laboratoire mais aussi d’apprendre à gérer des expériences.

J’ai effectué mon premier stage de recherche à la fin de ma 2ème année de DUT. J’ai eu l’opportunité de le réaliser en Espagne, à Valence. Par la suite, avec mon diplôme de Licence, j’ai pu acquérir les bases théoriques dans différents domaines de la chimie. Enfin, le Master m’a apporté ma spécialisation en chimie analytique et quantique. Il m’a aussi permis d’acquérir mes premières expériences professionnelles. C’est lors de ces derniers stages que j’ai décidé de partir aux USA effectuer de la recherche.

 

L’Université de Harvard, était-ce un rêve pour toi?

Absolument pas ! Je ne pensais pas avoir le niveau pour intégrer l’Université de Harvard. Personnellement, il y a encore 1 an, je pensais poursuivre ma thèse en France.

 

D’un bac sans mention à l’Université de Harvard, le contraste est-il si important ?

Malheureusement oui. Dans mon cas, c’est particulier puisque j’ai changé de dominante; je suis passée de la chimie à l’astronomie. Lorsque je faisais mes études de chimie en France, j’ai toujours mis de côté les maths et la physique. À l’époque, je me disais que cela ne me servirait pas. Or, lorsque je suis arrivée ici, dans le département d’astronomie, j’ai dû rattraper mon retard. C’est pour cette raison que cette année, je prends des cours niveau licence que l’on appelle « undergrads ». Et là, ce n’est pas évident tous les jours. Cela fait six ans que j’ai obtenu le bac. Six ans à rattraper dans une matière, ce n’est pas facile. Mais rien n’est impossible. L’Université de Harvard soutient tous ses étudiants et met en place des aides si besoin (les « Office Hours », avec des tuteurs et des professeurs).

 

Qu’y fais-tu? Un PhD, c’est quoi?

Un PhD … c’est un programme de minimum 5 ans, pendant lequel l’étudiant mène un projet de recherche (c’est une thèse). Cela inclut des cours sur les deux premières années, que l’on mène tout en travaillant sur  son projet de recherche. Ensuite, l’étudiant n’effectue plus que de la recherche à temps plein. Cela équivaut grossièrement à deux ans de Master plus 3 années de Thèse, sans les stages.

 

 

Pourquoi as-tu préféré l’astronomie à l’Université de Harvard?

L’astronomie est une passion depuis que je suis toute jeune. En seconde année de DUT, une professeure m’a affirmé lors d’un rendez-vous que le métier d’astrochimiste existait bien. Depuis ce jour, j’ai fait en sorte de faire les bons choix : choisir les bons cours, au bon endroit afin de réussir à me rapprocher le plus possible de ce domaine.

Malheureusement en France, il n’existe pas de cursus uniquement d’astronomie ou des spécialisations en astrochimie, du moins d’après mes recherches. En France, il est demandé d’étudier la physique puis de se spécialiser en astrophysique, puis, d’avoir des spécialisations en astrochimie.

Venant d’un parcours uniquement de chimie il a été très dur de se rapprocher du domaine de l’astronomie, du fait des connaissances en physique et maths que cela exige. Comme précisé plus haut, un PhD inclut un Master. Or, je ne voulais pas en recommencer un en chimie. Mon but est d’être astrochimiste. Il me faut donc les bases en astronomie. Pour cela, je réalise  une année de mise à niveau en maths, physique et astronomie en accord avec l’Université.

 

Quel est ton quotidien à l’Université de Harvard ?

C’est une excellente question car mon quotidien à l’Université de Harvard est totalement différent de celui que j’avais en France. D’ailleurs, je suis encore en période d’adaptation pour trouver mon rythme. Il faut savoir que pour presque toutes les universités américaines, les étudiants habitent sur le campus ou très proche de celui-ci.D’autre part, l’Université propose beaucoup de complexes d’activités sportives (stades, patinoire, piscine, cours collectifs etc.), la possibilité d’accéder à la plupart des musées gratuitement, l’accès aux salles de cinéma et à des restaurants affiliés à ces mêmes universités et proposant des tarifs plus avantageux pour les étudiants.

 

Elle permet aussi d’accéder à des événements, tels que des conférences sur nos domaines étudiés lors desquelles elle offre des buffets gratuitement (cela attire beaucoup de monde je vous l’assure !). Elle propose aussi des dîners accompagnés de chercheurs, des activités manuelles et même des cours de danse. Les étudiants se retrouvent ainsi dans une “bulle” au sein de l’université.Bref, tout cela pour dire qu’au final l’université en profite. J’ai déjà eu des cours de 19h à 21h, d’autres cours de 21h à minuit voir même parfois jusqu’à 2h du matin. Il m’est également arrivé d’avoir des cours durant le week-end. On fait principalement passer l’Université en premier puis on case notre vie comme on peut à côté.Mon semestre dernier se composait de 3 cours: maths, physique et astronomie.

 

Chaque cours comporte 3 classes de 1h30 ainsi qu’un labo chaque semaine (sauf maths qui était sous forme de projet). Ici nous n’avons pas de TD (travaux dirigés), juste des cours. Afin de vérifier nos connaissances et apprentissages nous avons des devoirs et des quizz en ligne à rendre chaque semaine.

 

Université de Harvard

 

En maths il y a un devoir à rendre pour chaque classe, donc 3 par semaine (chacun nécessite généralement 3-4h de travail), ainsi qu’un projet à effectuer toutes les trois semaines. En physique, c’est un devoir par semaine, celui-ci prend peut-être 8-9h de travail, ainsi qu’un rapport de labo toutes les deux semaines. Enfin, nous avons un devoir en astronomie par semaine, qui prend moins de temps, donc 6-7h, ainsi que deux articles à rédiger durant le semestre.
Chaque devoir est noté et compte pour une bonne partie de notre note finale. Pour cela l’université met en place des ‘Office Hour’, qui sont des sessions d’aide accompagnée de professeurs ou d’étudiants supérieurs.

 

Une journée type pour moi est:
– Réveil vers 6h30
– Devoirs ou occupations personnelles jusqu’à 10h
– Cours de 10h30 à 17h lundi mercredi – de 12h à 14h le mardi et jeudi – de 10h30 à 15h le vendredi – Salle de sport jusqu’à 19h
– Office hour de 19h à 21h, 22h,23h – tout dépend du devoir.

 

J’essaie de faire ma recherche les jours ou je ne vais avoir cours que 2h par exemple, ou le samedi.
Ici les cours sont légers, le plus important sont les offices hour afin de s’exercer.
Une journée type est donc difficile à vous expliquer puisque ici tout est disponible à toute heure et tous les jours.

As-tu eu des difficultés d’adaptation en arrivant à l’Université de Harvard ?

Énormément. Je ressens des difficultés avec la culture mais aussi socialement. Mon niveau d’anglais n’est pas parfait même si on peut parfois me considérer comme bilingue. Ici, mes petites lacunes peuvent faire la différence et m’écarter de temps en temps de certaines discussions.
Avant ma rentrée, j’ai eu la chance d’effectuer un mois de cours d’anglais intensifs offert par l’université. Nous étions une trentaine d’internationaux. Ces étudiants du monde entier sont pour moi de réels soutiens encore aujourd’hui car nous vivons exactement la même expérience.

Mais, heureusement, plus le temps passe et mieux je m’adapte. Il est difficile de s’adapter ici puisque qu’il faut s’organiser correctement afin de profiter de ces “Office Hour”. Mais lorsque c’est fait, c’est agréable de pouvoir gérer son emploi du temps comme on le désire.

 

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Comment s’est passée la procédure d’admission ? Quelles étaient les exigences ?

Chaque procédure est différente selon le département dans lequel on envoie notre candidature, même s’il y a des similitudes.
Dans mon cas, pour le département d’astronomie, j’ai préparé mon admission 5 mois en avance.

Le département me demandait :

–  Une lettre de motivation de 3 pages en anglais,

–  3 lettres de recommandation : ici les lettres de recommandation font à peu près 2-3 pages. La personne qui l’écrit doit nous connaître car il est demandé de citer nos défauts et nos qualités ainsi que les projets que nous avons menés, nos aptitude et des anecdotes sur nous.

–  J’ai dû passer un test d’anglais pour mon département : le TOEFL, avec un score minimum à atteindre pour être prise en considération. Dans certain département, il est demandé le GRE et GRE physique en plus. Ce sont des tests pénibles qui peuvent demander jusqu’à 1 an de préparation pour avoir le meilleur score possible.

L’exigence est très élevée. Je l’ai perçue dès l’admission. Les candidatures s’établissent via un portail en ligne. Le dossier en ligne devait contenir plus d’une trentaine de pages (sans les fichiers à joindre), dans lequel nous devions absolument nous dévoiler mais aussi nous vendre, exposer nos motivations, raconter notre vie, nos expériences. Il y avait aussi un point très important : nous devions expliquer ce que nous pourrions apporter à l’université.

La date limite de candidature était fixée à la mi-décembre pour une rentrée en début septembre de l’année suivante. Le processus est long et fastidieux. Je pense que c’est la même chose pour toutes les universités américaines. Il est donc nécessaire d’y consacrer beaucoup de son temps pour bien le constituer.

 

On reproche parfois à la France le manque d’excellence de ses universités, serais-tu une preuve de l’inverse?

Cette question n’est pas évidente. J’ai du mal à y répondre car je ne considère pas avoir un niveau excellent en termes de scolarité. Je le remarque car lorsque je compare l’enseignement que j’ai reçu à celui des étudiants d’ici, il y a plein de notions que j’ai vues mais jamais approfondies. Après, j’ai fait des études en chimie donc forcément les maths et physique abordés ne sont que superficiels. Malheureusement je n’ai pas de comparaison avec l’enseignement en chimie. Je ne critique pas notre système car je pense que nous sommes chanceux d’avoir un enseignement gratuit (un semestre en tant que undergraduate coûte entre 20 000$ et 50 000$, UN semestre sauf si les étudiants ont une bourse), de bonne qualité et complet. En aucun cas je ne regrette mes études françaises et je pense posséder un savoir plutôt solide dans le domaine de la chimie.

Ici les étudiants undergrads n’ont pas de spécialisation, c’est-à-dire que pendant 4 ans ils peuvent prendre les cours qu’ils veulent et avoir leurs parcours qui est unique. Par exemple, je connais une jeune fille qui est en dernière année et qui a pris des cours pour avoir une majeure en ingénierie électrique mais qui, ce semestre, va prendre des cours sur le droit des femmes, apprendre à s’exprimer lors de séminaires (c’est un cours d’expression) et suivre un enseignement sur l’histoire des noirs américains.

 

Et les frais de scolarité, comment les finances-tu ?

Comme je le disais précédemment, j’ai postulé pour un programme de 5 ans dit “PhD” qui est grossièrement l’équivalent de 2 ans de Master et 3 ans de Thèse.

Je fais donc de la recherche depuis que je suis arrivée. Comme en France, un thésard touche un salaire tous les mois. Sauf que, comme j’ai 2 année de cours, mon département m’offre une bourse pour régler les frais de scolarité de mes deux premières années. En contrepartie, j’enseignerai pendant 2 ans à des étudiants qui seront au niveau de licence.

Entre Boston et Paris, entre Sorbonne et Harvard, où balance ton coeur ?

Même si Paris est une ville que j’adore, l’Université de Harvard offre une multitude de divertissements : différents complexes mais aussi une multitude d’opportunités. Je ressens qu’ici aux Etats-Unis on nous accepte tels que nous sommes, ce qui n’était pas forcément le cas en France.

 

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Un moment que tu as particulièrement aimé depuis ton arrivée à l’Université de Harvard ?

Je n’ai pas de moment précis puisque tout est nouveau, mais j’aime vraiment l’esprit d’ici. Que ce soit au niveau culturel, linguistique, ou social, j’apprécie mon quotidien à l’Université de Harvard.

C’est impressionnant de partir loin de chez soi pour une longue durée. On peut avoir des doutes, des questions, et surtout, la peur de ne pas réussir. Partir à l’Université de Harvard, ce n’est pas rien. Cela peut paraître terrifiant mais pour le moment c’est une magnifique expérience.

 

Restes-tu en contact avec des professeurs français ?

Très peu. Ils ne m’ont jamais vraiment porté beaucoup d’intérêt puisque je n’ai jamais été la première de la classe. J’ai cependant gardé contact avec mes maitres de stages, stages effectués à l’étranger principalement. J’ai également gardé contact avec un professeur de lycée qui me donnait des cours particuliers de physique en première et terminale.

 

Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux qui seraient intéressés par l’Université de Harvard ?

Honnêtement ? D’essayer ! L’Université de Harvard ne cherche pas à recruter le premier de promotion. Elle cherche des jeunes passionnés par leur domaine. Elle souhaite accueillir des étudiants différents avec de bonnes idées. Certes, les notes sont tout de même importantes mais elles ne font pas tout. Ici, il nous est demandé d’avoir une moyenne de 16 sur 20 dans chaque matière (moyenne que je n’ai jamais eue de toute ma scolarité, sauf peut-être en primaire). C’est assez éprouvant mais l’université nous donne toutes les ressources nécessaires pour y arriver.

 

Quels sont tes projets désormais ?

Pour le moment, j’aimerais terminer cette première année de cours à l’Université de Harvard. Cette année est très dure moralement et physiquement, notamment à cause de la charge de travail. Ensuite, je souhaite retourner à ma recherche pendant l’été. Mon but est de soumettre au moins un article par an.

J’ai étendu ma thèse à 6 ans. Je dirais donc, dans un premier temps, m’installer correctement et profiter de l’université de Harvard et de ses avantages. Aussi, je souhaite apprécier Boston et les États-Unis de manière générale. Après ces 6 années, j’aimerais voir si j’arrive à faire des collaborations. En effet, j’aimerais travailler pour des organisations telles que la NASA, aux USA ou le CEA/CNES en France ou encore l’ESA en Europe (Pays-bas).

Enfin, je ne sais pas encore si je veux rester dans le milieu universitaire. Je pense que j’aurai ma réponse après avoir donné mes premiers cours.

 

Un dernier mot ?

Oui ! Tout d’abord un grand merci pour cet interview et l’intérêt que vous me portez. Cela me tient vraiment à cœur car je pense être un bon exemple d’une étudiante moyenne, qui a fait ses études à l’université publique, qui a vraiment persisté pour en arriver là et qui maintenant s’accomplit et fait ce qu’elle aime.

 

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