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Au sein de l’Université Paris Nanterre, une association, Nanterre Hangagée, prend de plus en plus d’ampleur. Rima revient sur son engagement et la genèse du projet.

Par Thibaud Arnoult
Temps de lecture : 9 min 

Au cœur de l’Université Paris Nanterre

 

Université Paris Nanterre

Nanterre Hangagée, c’est quoi ?

Nanterre Hangagée était un projet, notre projet qui avait pour but de sensibiliser la communauté universitaire à la question du handicap. Nous avons concrétisé ce projet en créant notre association cette année. Domiciliée à l’université Paris Nanterre, qui compte aujourd’hui 30000 étudiants, sans distinction de filière, de condition physique et d’idées, l’association a pour objectif de devenir un point d’ancrage, un lieu incontournable pour toutes les personnes souhaitant faire évoluer les choses et faire connaître aux étudiants et aux entreprises les talents que renferme l’université. Cela commence par le bien-être des personnes en situation de handicap dans leur quotidien à la faculté.

Pour vous raconter sa petite histoire, c’est une idée qui a germé dans l’esprit de la Présidente, qui a partagé cela avec ses amis de longue date qui voyaient le projet de la même manière qu’elle. 

Après un message à un avocat fiscaliste de chez EY, avocat qui s’engage dans l’insertion professionnelle des jeunes dans le secteur du droit par le biais du collectif “Droit comme un H”, un rendez-vous le lendemain matin à 8h30, et l’aventure avait débuté. 

Il nous a proposé de venir pitcher notre projet, avec une deadline de 5 jours, ce qui est relativement court pour préparer un projet du début jusqu’à la fin. Nous l’avons fait, même si le challenge semblait impossible à relever. Nous avons voulu tenter notre chance car il n’y a rien de plus stimulant qu’une deadline. Les examens arrivant à grands pas, nous savions pertinemment que le temps nous manquerait pour bien y réfléchir avant les vacances. 

Nanterre Hangagée était donc née. Projet porté par 1, puis 4 personnes à l’origine, nous sommes aujourd’hui 12 dessus, avant même d’avoir pu le présenter à l’université. C’est un projet à fort potentiel humain, et nous y croyons dur comme fer.

 

Vidéo : Comment réussir son intégration à l’université ?

 

Quelles sont vos missions au sein de l’Université Paris Nanterre ?

Nos missions sont diverses et variées. Tout d’abord, première mission et bien évidemment la plus importante, nous souhaitons sensibiliser les étudiants sur le handicap au sein de l’université, apporter une visibilité supplémentaire, casser certains tabous ou clichés qui n’ont pas lieu d’être.

Ce premier travail de fond effectué tout au long de l’année nous permettrait de créer un véritable réseau d’entraide étudiant. Un lien se créerait entre eux.

Puis, dans un deuxième temps, mettre en place des ateliers dans les différents UFR (PHILLIA, STAPS, DSP, etc.), atelier ou projet à développer sur toute une année universitaire, afin de rendre accessible certaines activités aux étudiants en situation de handicap qui ne l’étaient pas avant. 

Pour finir, toutes les missions déjà citées ramènent à l’idée originelle d’améliorer le quotidien des étudiants en situation de handicap. Mais nous avons une dernière mission : créer une plateforme numérique. Nous ne pouvons pas vous en dire plus pour le moment, mais vous en entendrez sûrement parler dans le futur, nous en sommes persuadés.

 

Comptez-vous devenir une association incontournable de l’Université Paris Nanterre ?

Notre association ne concerne pas qu’une seule partie des étudiants, nous avons besoin de tous les profils, toutes les spécialités, tous les horizons. Des personnes en situation de handicap et d’autres qui ne le sont pas, des étudiants en droit, d’autres en lettres, en langues, en arts du spectacle, en STAPS, en philosophie et aussi en ingénierie. C’est à travers cette variété de profils que nous pourrons prétendre à devenir incontournable.

La mission principale quant à elle ne possède absolument aucune restriction. 

Notre université est un immense terrain de jeu. Pour pouvoir entamer la partie de manière intelligente, il nous faut des représentants par UFR, qui nous informeront sur les problématiques qu’ils rencontrent au quotidien au sein de leur formation. Il nous faut aussi amener un plus grand nombre d’étudiants à s’intéresser à des projets à plus grande échelle tels que le prix Sopra Steria, ou tous Han’scene, etc. Avoir des partenariats avec d’autres associations est aussi une nécessité pour bien se développer. Nous avons pour but de former les plus jeunes afin qu’ils reprennent notre action quand nous ne serons plus à l’université.

En réalité, qu’est ce que l’université ? A part un terrain de jeu. L’université est un lieu où nous évoluons, où nous murissons, c’est un lieu de partage, d’inclusion, de valeurs, d’engagement et de formation. L’université forme les acteurs de demain ; nous sommes les acteurs de demain, les futurs politiques, juristes, ingénieurs, chefs d’entreprises et enseignants. Plus nous agirons tôt, plus nous ancrerons ces valeurs dans notre écosystème.

 

Quelles sont, selon vous, les grands chantiers de l’université de Nanterre sur la question du Handicap ?

Il nous faut rappeler que la mission handicap de l’université oeuvre déjà pour cette cause et ce de manière formidable. Elle accompagne les élèves en situation de handicap tout au long de leur cursus, elle aménage leurs emplois du temps et les suit. Pour autant, nous souhaitons apporter quelque chose de complémentaire. Une mobilisation étudiante, un partage et une proximité. La mission handicap reste un espace de professionnels, l’association permet de faire participer les étudiants à cette cause. Tous les étudiants. Avec cette collaboration nous pourrons réaliser deux fois plus et de manière plus percutante. Le but n’est pas de tomber dans le pathos mais bien de mettre en commun nos deux visions. 

Le RER A s’est rendu accessible et ceci est une merveilleuse nouvelle, l’université l’est beaucoup plus que certaines autres, pourtant, il reste encore beaucoup à accomplir. 

Tous les lieux de la faculté ne sont pas encore pleinement accessibles et c’est est tout à fait normal car cela nécessite du temps et surtout de l’argent. 

Notre mission ? Répertorier ce qui est accessible et ce qui ne l’est pas afin de le faire remonter à la Présidence. 

Au-delà de l’accessibilité, il y a aussi la représentation des étudiants en situation de handicap qui est absolument inexistante. 

Leurs conditions d’examens est le chantier sur lequel nous allons fonder la majorité de nos efforts. 

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Avez-vous des relations / partenariats avec des autres associations de Paris 10 ?

La rentrée de septembre nous permettra de réellement commencer les différents partenariats que nous envisageons. Pour l’année 2019-2020, nous avons pour objectif de développer des partenariats avec 3 associations différentes au sein de l’université. 

Le premier sera avec l’association de débat et d’éloquence de l’université. Vous demandez pourquoi cela ? Eh bien tout simplement pour préparer un atelier de prise de parole avec des élèves en situation de handicap, qui ont souvent l’impression que ce n’est pas fait pour eux, ce qui est une grossière erreur.

Nous aimerions, avec ce partenariat, définir une date afin d’organiser une soirée débat sur le handicap, la société et l’université. 

Le second est celui avec l’association de sport de l’université. Le projet à présenter et à défendre sera le suivant : réfléchir et organiser par la suite des ateliers handisports ponctuellement tout au long de l’année, afin de préparer le terrain pour pouvoir les mettre en place couramment les années suivantes.

Le dernier est celui avec l’association d’arts dramatiques. Nous avons remarqué que le théâtre était un lieu d’expression privilégié, connaissant des personnes en situation de handicap. Nous voulons monter une pièce comme projet annuel ; cela serait un merveilleux moyen de mêler l’utile à l’agréable.

Quant aux relations que nous avons déjà nouées, il y a celles avec la FEDEEH, fédération nationale qui vise à conforter le parcours de formation et d’insertion professionnelle des jeunes handicapés. Notre présidente ayant déjà travaillé avec eux à de multiples reprises, plus spécifiquement dans le cadre du tutorat PHARES, les relations sont donc plus simples.

 

Pourquoi vous est-il paru nécessaire de créer cette association en 2019 ?

Une enquête menée par le ministère de l’enseignement supérieur sortie le 19 septembre 2018 montre que près de 26 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur étaient en situation de handicap en 2017. Ce chiffre est en constante augmentation depuis la loi de 2005 et c’est une bonne chose (pas le nombre de personnes handicapées, mais le nombres de personnes en situation de handicap qui s’inscrivent en études supérieures). En 3 ans de formation à l’université Paris X, nous avons noté plusieurs faits marquants tels que le manque de mobilisation étudiante et le peu d’accessibilité. Pour donner des exemples un peu plus concrets, il n’y a pas de rampe dans les amphithéâtres, donc un besoin constant d’accompagnement pour avoir accès aux différents espaces de l’université, ce qui est un frein à leur autonomie.

Par ailleurs une association du même type que la nôtre avait déjà vu le jour à Nanterre, mais elle a dû être dissoute car personne ne voulait, ou plutôt personne ne pouvait reprendre le flambeau. Cette association était principalement composée, voire intégralement d’étudiants en situation de handicap. 

Nous avons trouvé cela fort dommage, d’où notre idée de reprendre le combat à notre manière en insistant sur l’idée de mixité. 

 

Quels sont les constats que vous faites sur l’évolution de notre société ?

La société a beaucoup évolué depuis quelques années, c’est indéniable. 

Le gouvernement par exemple prend de plus en plus de mesures significatives dans l’intérêt des personnes en situation de handicap. Il faut cependant se poser les questions suivantes pour mettre en relief ces mesures : sont-elles toutes utiles et bien pensées ?

Le problème que l’on constate assez facilement et rapidement est le suivant : plusieurs structures ou mêmes personnes individuellement vont chercher à améliorer les conditions de certains, mais sans demander préalablement l’avis des personnes concernées, sans connaitre leurs besoins, ce qui amène à une incompréhension, une incompatibilité entre le besoin et la solution proposée.

 

A quelles difficultés êtes-vous confrontés au quotidien, notamment à l’Université Paris Nanterre ?

Les difficultés que l’Association rencontre sont nombreuses et malheureusement variées. 

Tout d’abord, nous sommes une toute jeune association, ce qui fait qu’il y a une certaine méconnaissance de la structure qui nous fait défaut lorsque nous parlons de choses sérieuses. 

La première idée que l’on se fait de nous est l’inexpérience et la bonne volonté un peu naïve. 

Il faut aussi rappeler que notre envie de changer la configuration de la faculté est bien présente. Cependant, au-delà du fait que nous aurons beaucoup de mal à discuter avec le président de l’université, nous ne possédons pas encore de ressources suffisantes pour concrétiser tous nos projets.

Comme on le dit souvent, l’argent est le nerf de la guerre. Nous en avons grandement besoin pour certains de nos projets, mais nous restons confiants et plein d’espoir. 

La dernière difficulté que nous rencontrons, et pas des moindres, est de faire changer le regard des gens sur le handicap.

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans cette cause, plus qu’une autre ?

Doit-il toujours y avoir une raison ? Vous nous direz sûrement “pas forcément”, mais sans grande conviction. La réponse peut être décevante, car on s’attend souvent à une histoire émouvante qui expliquerait cet engagement. Il n’y en a pas. Il y a plutôt des constats, des observations qui ont permis d’en arriver à la simple idée qu’il fallait changer les choses. 

Des amitiés qui se nouent, des idées qui affluent et nous voilà à défendre une noble cause, par le biais d’un merveilleux projet qui nous apprend bien plus que nous apportons aux autres.

 

Quels sont vos objectifs pour la rentrée 2019 à l’université Paris Nanterre ?

Nos objectifs pour cette rentrée sont au nombre de 3. Nous privilégions la qualité à la quantité, et sommes désireux de nous fixer des objectifs que nous savons atteignables, peu importe le travail que nous devons fournir pour y arriver. 

Rentrée rime avec nouveauté ; nouveaux étudiants, nouveaux programmes et nouveaux désirs. L’association devra commencer à démarcher les élèves afin de leur présenter le projet et leur donner envie d’y adhérer. 

Nous sommes loin d’être naïfs, et nous savons que l’équipe dirigeante n’a plus que 2 ans à l’université, alors nous devons accélérer les processus,. Nous devons transmettre dès maintenant nos valeurs et nos actions à des étudiants en première année, afin qu’ils reprennent la main lorsque nous ne serons diplômés.

Mettre en place les différents partenariats que nous avons évoqués en amont, contacter les différents présidents d’associations, présenter nos idées, débattre ensemble et voir ce que nous pouvons mettre en place conjointement : voilà nos objectifs. 

Pour finir, nous souhaitons obtenir des fonds pour notre plateforme numérique que nous voulons mettre en place. Il nous faudra intégrer des élèves ingénieurs en stage dans notre structure, afin de commencer à travailler sur le sujet de manière concrète.

Les objectifs ne manquent pas, le travail non plus, mais nous sommes déterminés à réussir dans nos différents projets.

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