Raoult

Depuis le début de la crise sanitaire, le Professeur Didier Raoult déchaîne les passions. Alors que certains sont idolâtres, d’autres expriment des réserves quant à ses déclarations. Nous sommes allés à la rencontre des étudiants en médecine et pharmacie pour savoir ce qu’ils pensaient du professeur infectiologue de l’IHU Méditerranée Infection. Et, la plupart des futurs médecins apprécient le Professeur Raoult pour ses recherches et son abnégation, là où les étudiants en pharmacie sont plus mitigés.

 

Par Thibaud Arnoult
Temps de lecture : 5 min

ThotisCertains prénoms ont dû être changés pour conserver l’anonymat des étudiants. Cet article se base sur une quinzaine de témoignages et ne représente en aucun cas l’ensemble des étudiants en santé.

 

Pour les étudiants en santé, la situation n’est pas des plus simples. Il faut rester mobilisé au quotidien pour faire face à la crise sanitaire, tout en étant confronté à de grandes divergences entre les plus grands professeurs. Pour beaucoup d’entre eux, ces débats poussent à l’introspection et à la prudence. Parmi tous les étudiants de médecine que nous avons interviewés, les avis sont bienveillants sur le Professeur Raoult. Plusieurs nous ont aussi rappelé ses trouvailles sur le traitement de la fièvre Q et la maladie de Whipple.

 

Le Professeur Raoult : un chercheur reconnu et salué par de nombreux étudiants en médecine

Hier, dans une vidéo publiée sur sa chaîne Youtube, le professeur Raoult a annoncé que l’épidémie était en voie de disparition : “Ici à Marseille, l’épidémie est en train de disparaître avec un seul cas détecté“. Si ses dernières apparitions publiques agacent certains de ses confrères, Martin, étudiant en 4ème année de médecine à Brest, est respectueux à son égard :”Je ne veux pas commenter toutes ses déclarations, mais je respecte et j’admire l’homme, car c’est un grand virologue. Il a un style atypique, cela change du médecin des plateaux télévisés. Personnellement, j’aime l’écouter, tout en gardant un esprit critique“.

 

 

Sacha, étudiant en 5ème année à l’Université Paris Diderot, considère le Professeur Raoult comme l’un des plus grands chercheurs français. Mais, il regrette que les conflits entre certains médecins prennent de plus en plus de place dans la sphère publique. “En tant qu’étudiant, je n’ai pas la légitimité pour juger son travail. En revanche, on sait tous qu’il a découvert le traitement de la fièvre Q et de la maladie de Whipple. C’est un grand chercheur, il sait ce qu’il fait. Il n’est pas né de la dernière pluie. À titre personnel, je regrette toutes les spéculations et les conflits en interne entre chercheurs et laboratoires”.

 

Les étudiants en médecine de la cité phocéenne apprécient avant tout l’homme

À Marseille, plusieurs étudiants en médecine dont Mehdi, nous l’assurent : le professeur infectiologue de l’IHU Méditerranée Infection est très aimé des étudiants. “Il incarne l’espoir et sa présence nous rassure. Puis, ce qu’il a entrepris depuis des semaines, à savoir un dépistage en grande quantité, est désormais suivi partout en France.

 

Certains étudiants gênés par la “starification” des médecins

Charlotte, étudiante en 3ème année de médecine à Sorbonne Paris Nord (Bobigny), reconnait un professeur incontournable dans sa profession. En revanche, elle est un peu gênée par ses prises de position très médiatiques. “Il est charismatique et c’est un excellent chercheur. Ce qui me dérange, mais c’est un avis qui est personnel, c’est que je le trouve un peu trop présent dans les médias. Je trouve dommage cette starification des médecins, que ce soit pour les médecins comme Michel Cymes, ou Didier Raoult. Pourquoi ? Parce que derrière les possibles divergences ou les prises de position, les Français peuvent se perdre et ne pas comprendre. Même moi, en tant qu’étudiante en médecine, je ne sais plus où donner de la tête sur les dangers ou non de la Chloroquine !“.

 

Les étudiants en pharmacie mesurés et attentifs aux déclarations du Professeur Raoult

Thomas est étudiant en pharmacie à l’Université Paris Descartes. Contacté par Thotis, il nous a détaillé son avis sur les déclarations du Professeur : “Le Dr Raoult a permis de grandes réflexions quant à la place d’un nouveau traitement possible contre le COVID-19. Une association d’hydroxychloroquine (traitement connu contre des maladies inflammatoires) et d’azithromycine (un antibiotique utilisé contre les affections respiratoires généralement) permettrait une diminution de la dégradation de l’état des malades gravement atteints. On peut remercier le professeur Raoult pour ses travaux, cependant sa communication et son manque de respect pour les protocoles de recherche ont été mal reçus par les instances de santé”. 

 

Même son de cloche pour Julie, étudiante en pharmacie à Aix-Marseille Université. “J’habite à côté de l’IHU, je voyais la queue s’étendre chaque jour pendant le confinement. Concrètement, je n’ai pas d’avis scientifique notamment sur les associations de médicaments. Ce que je reproche un peu au Professeur Raoult, c’est la communication hasardeuse. Cela a engendré une confusion et a notamment divisé les Français. On s’est retrouvé avec des sondages “êtes vous pour ou contre ce traitement ?”. Sincèrement, tout cela n’est pas digne de la rigueur scientifique et de la recherche. Derrière, les gens, notamment les Marseillais, ont vu dans le professeur un grand espoir. Mais cette conception de la recherche ne rentre pas dans l’enseignement pharmaceutique.”

 

Thomas, à son tour, a tenu à nous rappeler : “L’hydroxychloroquine est en effet connue pour ses effets cardiotoxiques et mérite une grande surveillance ; le professeur Raoult a surtout été critiqué pour avoir déclaré que sa deuxième étude était observationnelle alors que l’ANSM la définit comme interventionnelle. Quoiqu’il en soit, sans retirer la moindre valeur à son étude, le professeur Raoult, spécialisé en infectiologie, n’en est pas pour autant exempté de respecter les règles. L’hydroxychloroquine étant une molécule connue par les pharmacologues comme méritant une particulière attention sur ses effets cardiaques (stabilisant de membrane), il aurait peut-être été préférable de ne pas relayer des informations qui ne sont pas les plus représentatives possibles. 

 

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