actualité étudianteAssociationsUCPH : ces étudiants mobilisés

Ces étudiants prennent de leur temps chaque semaine pour venir en aide aux personnes sans-abri lors de maraudes. Ils étudient à Paris 1, Sorbonne Université, Nanterre, Sciences Po et, à côté de leurs études, parcourent la capitale à la rencontre de ces personnes trop souvent ignorées.

 

 

Découvrez notre reportage sur ces étudiants mobilisés pour les personnes sans-abri avec l’association UCPH

 

Une Couverture Pour l’Hiver, ou UCPH, est une association solidaire et humanitaire à majorité étudiante qui aide les personnes sans-abri à Paris. Présentation.

Pouvez-vous nous présenter Une Couverture Pour l’Hiver?

Désormais reconnue d’intérêt général, UCPH a été créée il y a 5 ans suite à une rencontre entre les fondateurs et une personne sans-abri avec laquelle ils se sont liés d’amitié. Notre aide, à la fois matérielle et morale, passe avant tout par des maraudes hebdomadaires. Les membres d’Une Couverture Pour l’Hiver parcourent les rues pour rencontrer des personnes sans-abri et leur distribuer des produits de première nécessité : sacs de couchage, couvertures de survie, produits d’hygiène variés, nourriture non-périssable, et en été bouteilles d’eau, casquettes… 

 

Loin d’être une simple distribution, chaque maraude est l’occasion de discuter et d’échanger autour d’une boissons chaude avec des personnes sans-abri pour qui, selon leurs propres témoignages, l’isolement constitue l’un des aspects les plus éprouvants de la vie à la rue.

 

Lien Facebook de l’association Une Couverture Pour l’Hiver ici.

 

Concrètement, quelles sont les missions d’UCPH ?

Lors de maraudes hebdomadaires, nous apportons aux personnes sans-abri une aide matérielle répondant à des besoins primaires : produits d’hygiène, sacs de couchage, couvertures, boissons… Cette aide est également morale et sociale, grâce à des discussions et de la bienveillance qui sont une première étape pour recréer du lien social et lutter contre l’isolement. 

 

La présence d’une majorité d’étudiants apporte un fort dynamisme à l’association. Les membres sont plein d’idées et de motivation pour aider cette cause à une échelle d’étudiant, et cela se reflète dans nos événements de levée de fond au sein des campus universitaires : concert annuel, course solidaire, petits déjeuners, récoltes de chaussettes célibataires…

 

De plus, nous essayons de remplir un rôle d’accompagnement, en redirigeant les personnes qui le souhaitent vers des structures susceptibles de remplir leurs besoins : accueil de jour, distribution de repas, hébergements d’urgence, comme le fameux “115” – le Samu Social. 

Enfin, nous prenons très à coeur notre mission de sensibilisation et organisons régulièrement des conférences, projections, et rencontres dans lycées ou écoles. Ces moments d’échange, particulièrement avec des publics plus jeunes, nous permettent de mieux mettre en lumière les parcours et les difficultés des personnes sans-abri, loin des clichés incorrects qui les entourent, et de transmettre à ces publics les gestes à adopter au quotidien.

 

UCPH

 

Au sein d’UCPH, avez-vous un volet « sensibilisation », notamment sur les campus d’université ?

La sensibilisation est centrale chez Une Couverture Pour l’Hiver. Si les personnes sans-abri sont visibles, leurs parcours et difficultés sont finalement peu et mal connus du grand public. Ainsi, les clichés persistent, à tort : par exemple, que les personnes sans-abri sont alcooliques, hostiles, violentes… En s’appuyant sur l’expérience des bénévoles et des statistiques, nous montrons que ce sont des préjugés sans rapport avec la réalité.

 

Tout en informant sur le monde de la rue, il est aussi important de montrer que chacun peut agir à son échelle. Bien sûr, donner de son temps ou de son argent permet de belles choses, mais aider les personnes sans-abri se fait aussi par une manière d’être : sourire et dire bonjour aux personnes que l’on croise, échanger quelques mots, leur demander leur avis si on leur propose à boire ou à manger… Ces petits gestes, qui peuvent paraître infimes, font une grande différence quand on ressent une exclusion et un isolement aussi éprouvant. 

 

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Nos actions de sensibilisation sont variées, et peuvent avoir lieu avec des personnes de tout âge, des écoles primaires jusqu’aux maisons de retraite. Sur les campus d’universités, nous organisons régulièrement expositions-photos, conférences, tables rondes et débats. Nous sommes actuellement implantés à la Sorbonne et dans les autres campus de l’Université Paris 1, à Sciences Po et à Nanterre. Nous cherchons à étendre ces actions sur toujours plus de campus.

 

En quoi le fait d’être composée en majorité d’étudiants est une force pour UCPH ?

La présence d’une majorité d’étudiants apporte un fort dynamisme à l’association. Les membres sont plein d’idées et de motivation pour aider cette cause à une échelle d’étudiant, et cela se reflète dans nos événements de levée de fond au sein des campus universitaires : concert annuel, course solidaire, petits déjeuners, récoltes de chaussettes célibataires… 

 

 

De plus, les membres d’Une Couverture Pour l’Hiver font preuve d’une grande ouverture d’esprit, une mentalité qui leur permet de rencontrer et accompagner les personnes sans-abri sans chercher à juger des parcours souvent difficiles. Enfin, cela entretient le partage de compétences et l’apprentissage au sein de l’association, que ce soit dans la communication, la gestion de projets, la recherche de partenariats. Grâce à cet état d’esprit, l’association grandit d’année en année.

 

Avez-vous des relations / partenariats avec des autres associations ?

Oui, nous sommes en relation avec d’autres associations : d’abord dans le cadre de nos évènements en milieu étudiant, que nous organisons régulièrement en partenariat avec des associations étudiantes, qu’elles soient actives dans le sport, le journalisme ou l’événementiel. 

Nous cherchons surtout à collaborer avec les autres associations solidaires qui agissent contre la précarité, le mal-logement et l’exclusion : le Carillon, Entourage, la Protection Civile et bien d’autres. Cette collaboration nous est précieuse car nos méthodes sont différentes mais surtout très complémentaires. Nous avons fait des maraudes communes, des réunions pour échanger sur nos méthodes, ou encore des évènements de sensibilisation en partenariat. Nous avons établi une collaboration durable avec Féminité-Sans-Abri, une association engagée qui récolte des produits d’hygiène en grande quantité et nous en fournit gratuitement sous forme de kits pour nos maraudes.

 

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Pourquoi vous est-il paru nécessaire de créer Une Couverture Pour l’Hiver en 2015 ? 

L’histoire d’UCPH remonte en réalité à octobre 2014, lorsque notre groupe d’étudiants fondateurs rencontre Chris, une personne sans-abri qui mendie dans le quartier des Gobelins. Après s’être cotisés pour lui acheter une couverture, ces étudiants se mobilisent en récoltant de l’argent dans leur entourage pour distribuer d’autres couvertures lors de premières maraudes.
Un an plus tard, l’association Une Couverture Pour l’Hiver – UCPH est officiellement créée en octobre 2015. Cette formalisation entend permettre de mieux structurer et d’accroître notre aide aux personnes sans-abri, mais aussi d’attirer d’autres jeunes désireux de s’investir à leur échelle, sans les contraintes que peuvent imposer certaines structures plus importantes. 

Les motivations de cette création ont été les mêmes pour les 300 membres qui ont rejoint l’association depuis. Le nombre de personnes sans-abri à Paris est désolant, et très rapidement, qu’on le veuille ou non, nos yeux s’habituent à leur présence. Créer Une Couverture Pour l’Hiver, c’était avant tout lutter contre cette indifférence quotidienne, c’était développer une entité capable de sensibiliser, notamment les jeunes, au « bon regard ».

 

Quels sont les constats que vous faites sur l’évolution de notre société ?

Depuis 5 ans, nous n’avons jamais cessé d’être surpris par la générosité de notre entourage et des publics rencontrés, qui ont toujours été très réceptifs à nos actions et ont montré une réelle volonté d’aider. Il n’est pas toujours facile de participer en temps ou en argent, et malgré tout on sent au quotidien qu’un large soutien entoure nos actions. 

A l’inverse, nous sommes préoccupés de constater – à la lecture du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, du recensement de la Nuit de la solidarité, ou en maraude – que le nombre de personnes sans-abri ne cesse d’augmenter. Cela nous renforce dans l’idée qu’il y a urgence à agir. Et bien que l’association n’ait jamais eu l’ambition de résoudre par elle-même un problème d’une telle ampleur, après 5 ans de maraudes et plus de 1000 personnes sans-abri rencontrées chaque année, l’association a développé ses capacités de plaidoyer, espérant infléchir certaines décisions publiques grâce à son expérience. En parallèle, nous poursuivons nos interventions pour sensibiliser tous types de publics à la dureté de la vie dans la rue et les inciter à aider à leur niveau. 

Notre idée de départ de pouvoir offrir à chacun la possibilité de s’engager en fonction de son emploi du temps est confortée par l’augmentation, en France, du bénévolat ponctuel. Les jeunes, qu’ils soient étudiants ou actifs, mais aussi des publics plus âgés, sont de plus en plus désireux de s’investir dans des actions de solidarité. Une Couverture Pour l’Hiver leur permet de s’engager directement auprès des personnes sans-abri.

 

n maraude avec "une couverture pour l'hiver"

 

A quelles difficultés êtes-vous confrontés au quotidien ?

Pour UCPH, le premier des défis est d’ordre logistique : stocker, réceptionner, et déplacer les nombreux dons matériels. En effet, nos investissements doivent se concentrer sur l’aide apportée aux personnes sans-abri, et ne nous permettent donc pas certaines dépenses importantes comme le loyer d’un local privé, ou la location de transports en cas de déménagement. Nous pouvons heureusement compter sur nos membres : certains réussissent à mobiliser leurs caves ou voitures, d’autres sont prêts à de longs trajets dans les transports en commun pour récupérer des dons de vêtements et des couvertures. 

D’autres obstacles existent lorsqu’il s’agit de concilier engagement associatif et études, d’abord car cela représente un investissement horaire important. Le rythme des maraudes est alors réduit en période d’examens pour permettre à chacun de concilier études et investissement associatif. Et lorsque nos compétences au niveau législatif ou administratif atteignent leurs limites, les membres du pôle accompagnement de l’association redirigent vers des structures spécialisées les personnes sans-abri qui en ont besoin, et constituent un soutien moral pour traverser des méandres administratifs souvent intimidants.
L’important dans l’engagement solidaire est finalement de faire attention à ne pas se laisser frustrer et décourager par ses propres limites face à un problème d’une telle ampleur, et au contraire de continuer d’apporter une aide à notre échelle, qui reste cruciale. 

 

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Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans cette cause, plus qu’une autre ?

Chaque membre a bien sûr sa raison personnelle, mais de nombreuses personnes, particulièrement à notre âge, ressentent le besoin de s’engager pour les autres. Bien que cette volonté puisse se réaliser dans de nombreux domaines, deux facteurs principaux expliquent pour nous ce choix d’aider les personnes sans-abri.

D’abord, ces dernières font partie intégrante de notre quotidien, surtout lorsque nous vivons à Paris. C’est une réalité insupportable qu’il nous est impossible d’ignorer ou d’oublier. 

Par ailleurs, l’action de proximité permet vraiment de mettre sa solidarité directement au service d’autrui. Face à des situations d’injustice d’ampleur nationale ou internationale, il est facile de se sentir désemparé, mais rejoindre une structure comme UCPH, c’est être sûr de pouvoir agir au service de la cause qui nous anime. C’est être en contact avec les personnes que l’on souhaite aider, les écouter et essayer de leur apporter soutien matériel et réconfort. C’est s’investir de la levée de fonds jusqu’à la distribution en maraude des produits de première nécessité qu’ils financent. C’est « rendre visible les invisibles », en sensibilisant dans des milieux variés mais toujours à l’écoute.

 

Les objectifs d’Une Couverture Pour l’Hiver (UCPH) en 2020 ?

Comme chaque année, au sein d’Une Couverture Pour l’Hiver, nous souhaitons aider toujours mieux et toujours plus de personnes, notamment en améliorant la quantité et la qualité de nos produits en maraude. Afin d’accompagner et de rediriger plus efficacement les personnes sans-abri sur le long terme, nous allons renforcer notre collaboration avec les autres associations solidaires. Enfin, nous voulons sensibiliser un public plus large, grâce à une campagne en partenariat avec la mairie de Paris et un cycle de conférences sur le sans-abrisme.

 

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